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Accuser est facile, réparer l’est moins!

 

 Article paru dans Filiatio n°3 (décembre 2011)

15 août 1996, la Belgique plonge dans l’horreur de l’affaire Dutroux, où chaque nouvelle révélation nous enfonce un peu plus chaque jour dans la stupéfaction la plus complète. La Justice est pointée du doigt, voire co-accusée, pour son dysfonctionnement évident et fera l’objet d’une réforme en profondeur.

Quinze ans plus tard, tout le monde se souvient de cette affaire mais elle n’est plus aussi souvent à la Une de notre actualité. Dutroux n’est malheureusement pas le seul pédophile connu. Dans les faits, prévoir et se protéger de tous les pédophiles paraît être insurmontable. La maltraitance sexuelle d’enfants demeure une réalité encore bien trop présente, et l’on ignore toujours aujourd’hui comment la traiter efficacement !

A un autre niveau, l’affaire Dutroux a fortement modifié la vie de nombreuses familles qui n’avaient pourtant rien à se reprocher. Combien de parents se sont retrouvés injustement accusés de violence (sexuelle, physique ou verbale) sur leurs enfants, parce que la Justice appliquait trop mécaniquement un principe de précaution mal compris.

C’est ainsi qu’elle a souvent suspendu les relations père-enfant : combien de ces pères ont dû se battre pendant des mois – voire des années – pour rétablir leur honneur, démontrer qu’ils n’avaient rien fait d’honteux, d’amoral ? Or souvent, quand ils y arrivent, le mal est fait car les enfants n’ayant plus entretenu de contacts avec l’autre parent pendant de nombreux mois, le lien s’est distendu et est souvent plus compliqué – voire impossible – à rétablir…

Heureusement, les magistrats des tribunaux de la Jeunesse parviennent de plus en plus souvent à éviter la manipulation, à contourner la tromperie, et à ne pas tomber dans l’écueil trop facile que constituerait la rupture immédiate du lien « parent accusé – enfant ». Le prix à payer est cependant encore fort élevé. Il existe des institutions telles que les espaces rencontre ou des centres spécialisés comme SOS Enfants pour débroussailler la problématique et permettre aux magistrats d’obtenir un regard de professionnel sur le meilleur acte à poser face à de telles accusations. Mais ce travail indispensable prend du temps et nécessite une mise entre parenthèse partielle des relations « parent accusé-enfant ». Car, très souvent, même si la relation n’est pas complètement détruite, le fait de passer quelques heures par semaine avec son enfant dans un espace rencontre laisse des traces indélébiles, tant au niveau du parent accusé que de l’enfant.

Il est essentiel qu’en temps que praticiens du droit, nous soyons attentifs à ne pas donner de crédit à des accusations fantaisistes, même s’il faut bien avouer qu’il n’est pas toujours facile de discerner le vrai du faux. Il est fondamental de tout mettre en oeuvre pour y arriver : cela passera par une meilleure formation des tous les acteurs et par une législation plus dure à l’égard des faux accusateurs.

Isabelle Scrève, avocate au Barreau de Bruxelles

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Un commentaire à “Accuser est facile, réparer l’est moins!”

  1. Allégations : Accuser est facile, réparer l’est moins !Interet superieur de l'enfant | 9/02/2014 à 11 h 25 min

    […] Source :  Article paru dans Filiatio n°3 (décembre 2011) […]

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