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Armand Lequeux : « la gestation pour autrui peut être acceptable si elle est altruiste »

filiatio_9-045Armand Lequeux est Docteur en médecine et gynécologue, professeur émérite de sexologie à l’Université catholique de Louvain et ancien président de l’Institut d’Études de la Famille et de la Sexualité de cette même université. Il est contre une interdiction absolue de la gestation pour autrui, mais pense qu’elle doit rester « altruiste » et non rémunérée, dans le cadre de balises strictes que devrait poser une future législation.

Filiatio : Faut-il ou non un encadrement légal à la pratique des mères porteuses en Belgique ?

Armand Lequeux : C’est un sujet… en gestation. Il est complexe, et on en discute dans de multiples instances. L’avantage que nous avons en Belgique, c’est que nous avons l’habitude de bricoler – au sens inventif du terme. Concernant les mères porteuses, des hôpitaux et des services universitaires entourés de comités d’éthique accompagnent déjà des « prêts d’utérus ». Ils vont être amenés à se rassembler avec des juristes, des moralistes et de nombreux autres spécialistes pour légiférer : car, à mon sens, il faut légiférer autour de ce vide juridique. Cette période de « bricolage » aura permis d’expérimenter dans un contexte sérieux, hors de tout contexte lucratif : ainsi, aux commissions parlementaires, seront auditionnés des personnes qui ne parleront pas en théorie, mais en pratique.

F. : Dans quel sens faut-il légiférer, à votre avis ?

A. L. : Ce serait prétentieux de ma part de dire ce qu’il faut faire ! Je n’ai pas la solution, mais je crois que tout d’abord, il faut absolument éviter le contexte lucratif. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas compenser les femmes qui prêtent leur utérus. Mais il faut éviter les dérives inacceptables comme ce à quoi nous assistons en Ukraine. On peut aussi imaginer, ici, que des femmes carriéristes fassent porter leur enfant par d’autres femmes… La gestation pour autrui n’est pas un job ou une activité lucrative ! Mais elle peut être acceptable si elle est altruiste. De la même manière, on peut donner un rein à son frère et on n’est pas rémunéré pour cela. Ici, les hôpitaux n’accepteraient pas de pratiquer un don d’organe vivant pour lequel le receveur aurait payé. On doit espérer qu’il se passe la même chose pour les mères porteuses. S’opposer par principe à l’encadrement légal de la gestation pour autrui ne me paraît pas raisonnable. Il faut mettre des barrières sérieuses, mais ce n’est pas parce qu’il y a des abus qu’il ne faut pas penser, concevoir et encadrer.

En tant que gynécologue, j’ai rencontré des femmes nées sans utérus. La possibilité pour ces femmes d’être mères et de vivre leur grossesse par procuration, grâce à une soeur, une cousine, une amie, doit être envisagée. Pourquoi fermer tout à fait cette possibilité ? Je pense que nous ne devons pas refuser au nom des principes et des dérives, mais plutôt écouter avec soin ceux qui ont vécu et accompagné ces situations dans de bonnes conditions dans des cliniques universitaires en Belgique.

Lisez la suite du dossier de Sabine Panet: Mères porteuses : progrès social ou ventres à louer ?

Dossier paru dans Filiatio n°9 – mars / avril 2013, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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