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Autisme(s): Tous les petits princes sont-ils cannibales ?

Filiatio#22-015« J’ai quatre ans et je ne sais toujours pas ce qu’il y a au centre de la terre. »
– Hugo Horiot (1) –

Dossier réalisé par David Besschops
Illustrations : C. Nenuch

« Tout paysage… »

« Autisme », un mot qui inspire des représentations souvent très éloignées des nombreuses manifestations du trouble auquel elles se réfèrent. En réunissant les regards de personnes directement concernées par l’autisme et par ses conséquences relationnelles et sociales et en adjoignant à leurs propos des analyses plus professionnelles ou littéraires, nous avons voulu élargir la palette des idées reçues et comprendre autrement une pathologie qui met à mal bien des espérances, des croyances et des certitudes.

Filiatio#22-017Introduction

En intitulant son ouvrage « Le Petit Prince Cannibale », Françoise Lefèvre se réfère à cette particularité des personnes autistes – comme toutes les personnes dépendantes des autres – d’être puissamment énergivores. Bien sûr, de même qu’il existe de nombreuses formes d’autisme, on compte de multiples façons d’aborder la chose. Si les démarches scientifiques s’attachant à l’autisme ne manquent pas, Filiatio a voulu approcher ce trouble relationnel par le biais des témoignages humains, de l’aspect relationnel, des faits qui démontrent que l’autisme n’est pas une condamnation ni une entrave à la vie des proches quand il survient dans un tissu social riche.

Rappelons ici l’importance d’entretenir et de faire évoluer ce tissu social au regard des exigences et du contexte contemporains. Nous faisons ici allusion, entre autres, à l’importance que revêt pour un enfant la conservation du contact avec ses deux parents après une séparation. C’est en effet ce contact qui permettra aux mères et aux pères de s’investir pleinement dans la relation qu’ils entretiennent avec leur enfant, quel que soit le trouble de celui-ci, et même s’il n’en a pas…

Une définition « officielle »

L’autisme, le trouble autistique ou plus généralement les troubles du spectre autistique (TSA) sont des troubles du déve- loppement humain caractérisés par une interaction sociale et une communication anormales, avec des comportements restreints et répétitifs. Les symptômes sont généralement détectés par les parents dès les deux premières années de la vie de l’enfant. L’autisme semble associé à des différences de développement du cerveau, observable par la nature des réseaux de neurones et le fonctionnement de leurs interconnexions (ou synapses). On les explique en distinguant une part génétique complexe et des influences environnementales encore mal comprises, mais les recherches se poursuivent, en neurophysiologie,psychologie cognitive, épigénétique, etc. L’histoire de la notion d’autisme est complexe, avec une évolution des critères de définition. (2)

« Pour parler de Paul, vous devez oublier vos certitudes et venir voir le monstre, l’homme.»(3)

Les personnes sollicitées à ce sujet nous ont démontré que l’autisme n’est pas une fatalité, pas plus que l’enfance d’ailleurs. Et s’il induit des circonstances relationnelles et comportementales particulières, il demande en retour des qualités d’adaptation spécifiques. En effet, ce qui a longtemps été présenté comme un handicap l’était surtout par rapport à des critères rigides de norma- lité. Lorsque que, comme le fait Chloé Bauraind, de l’ASBL Fun-en-Bulle, on approche chaque enfant au travers de sa singularité, on décrispe considérablement son rapport à la norme et on fait avec elle la découverte d’êtres tous différents. Chaque enfant mérite d’être appréhendé dans toute sa singularité. D’ailleurs, en se penchant sur le cas des enfants autistes, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit avant tout d’enfants… Et en assouplissant et élargissant ses représentations de ce qu’est un enfant, l’autisme diminue grandement. Imaginons qu’à la naissance d’un bébé, durant ces quelques minutes ou heures extraordinaires où il est pratiquement impossible de se rapporter à des références connues, ce moment de basculement où un être humain jaillit d’un autre être humain, cet instant où l’enfant naît, nous le percevions comme un être neuf et vierge de toute détermination, ce qu’il est à cette heure-là. Sachant que l’incommunicabilité avec un enfant atypique réside surtout dans l’écart qui existe entre « ce qu’il devrait être » selon des normes préétablies et « ce qu’il est » en réalité, si nous envisagions la personne autiste comme le bébé qu’il était à sa naissance, cette incommunicabilité diminuerait sans doute.

« Tout paysage se présente d’abord comme un immense désordre qui laisse libre de choisir le sens qu’on préfère lui donner. » (4)

Surtout ne me dessine pas un mouton (5)

Il fut une époque, pas si lointaine, où les écrivain(e)s avaient pour caractéristique d’être doté(e)s d’une personnalité hors-normes qui les plaçait au-delà du plus petit commun multiple des mortels. Ils vivaient des vies individuelles et traversaient des joies et des adversités qui ne devaient leur singularité qu’à leur tempérament ou à leur manière unique de les appréhender. La situation est aujourd’hui inverse : les auteur(e)s se précipitent comme des nuées de moustiques autour de la lampe sur un même sujet qu’ils entendent bien modéliser (construire ou déconstruire, c’est tou-jours travailler…), car tout drame est collectif et culpabilise qui en serait exclu. Françoise Lefèvre, écrivaine, appartient à la première catégorie citée ici. Elle nous offre l’enrichissement d’une écriture qui a su accueillir en son lit les alluvions d’une existence aux crues nombreuses et douloureuses. Dans Surtout ne me dessine pas un mouton, on retrouve une femme, son enfant, le difficile lien entre ce petit être silencieux et cette mère qui écrit et met à profit ce silence qu’un jour elle devra impérieusement rompre pour la survie de l’enfant. Ce fils est autiste. Taisant ses propres mots, elle aura à devenir la sentinelle guettant ceux qui remontent des profondeurs de son fils. C’est ce guet qu’elle nous raconte ici. L’histoire de son renoncement à être afin que son fils soit. Bien sûr, depuis l’écriture de cet ouvrage, l’approche de l’autisme a évolué. Ce qui prime ici, c’est la manière dont une femme, mère et romancière, traverse et se transforme au contact d’un évènement qui bouleverse intégralement son rapport au monde.

L’empereur c’est moi

« Quand je rêve, je vois une image, je bloque cette image et j’entre dans mon rêve. Ces images s’entrechoquent, disparaissent et reviennent. J’ai peur qu’elles ne s’échappent. Alors je les dessine. Et elles existent. À l’école, on me regarde en souriant et on me dit que je suis un « cerveau lent ». Ils ne savent pas comme les images défilent vite dans ma tête. Je leur réponds intérieurement, puisque « répondre » au professeur est interdit, que si je suis un « cerf-volant », qu’attendent-ils pour me lâcher ? Dans ma tête, je tâche d’y passer le plus de temps possible, et ça ne plaît pas vraiment aux autres. Je rêve endormi, je rêve éveillé. Je suis un rêveur, comme ils disent. » (6)

Hugo Horiot est né en 1982. A l’âge de 11 ans, il signe un texte intitulé « Mon Cerveau », publié dans Surtout ne me dessine pas un mouton (de Françoise Lefèvre, paru chez Stock). Il suit une scolarité chaotique, puis, à l’âge de 15 ans, il découvre le théâtre. Ce chemin le conduira à Agen (Théâtre du Jour, Pierre Debauche) où il reste pendant quatre ans. Il s’en va ensuite à Paris où il exerce ses activités de comédien, réalisateur et écrivain. Publié en 2012 aux Éditions L’iconoclaste, L’Empereur c’est moi est aujourd’hui traduit en 4 langues (anglais, italien, espagnol, allemand) et s’est vendu à plus de 30000 exemplaires en France.

(1) La question du titre est inspirée de l’ouvrage de Françoise Lefèvre, Le Petit Prince Cannibale, Éditions Actes Sud, Prix Goncourt des lycéens 1990. Hugo Horiot est le fils de Françoise Lefèvre (et le Petit Prince Cannibale qu’elle décrit dans son ouvrage). Il est l’auteur de « L’empereur, c’est moi », aux Éditions L’iconoclaste.

(2) WIKIPEDIA

(3) Paul Melki – Journal de bord d’un détraqué moteur, Éditions Livre de Poche

(4) Claude Lévi-Strauss – Tristes tropiques.

(5) Françoise Lefèvre, Éditions STOCK

(6) Hugo Horiot, Éditions L’iconoclaste

Dossier paru dans Filiatio #22 – Janvier/février 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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Filiatio#22-000Un nouveau monde et pas la fin du monde !

Christelle Faïk était déjà mère de trois enfants lorsqu’elle a eu un enfant atteint d’un trouble du spectre autistique. Plutôt que de prendre peur en vertu du monde extérieur qui lui indiquait que tous les signaux d’alarme étaient au rouge et qu’il fallait prendre des mesures drastiques, avec la complicité de ses trois aînés, elle s’est penchée sur ce fils comme sur un être unique doté de qualités irrépétibles. Il n’était pas le duplicata des trois autres ! Une aventure interpersonnelle sans précédent s’amorçait…

 

 


 

Filiatio#22-025Une mine extraordinaire !

Chloé Bauraind est psychologue au sein de l’ASBL Fun-en-Bulle, dont les principaux objectifs consistent à promouvoir et à organiser une aide éducative et thérapeutique aux enfants et adolescents atteints de troubles du spectre autistique, de retards de développement et de troubles psycho-affectifs tout en apportant un soutien à leur famille.

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 Filiatio#22-029Autiste ? Asperger, dites-vous ?

Muriel Bergoens Lafontaine était journaliste avant la naissance de son enfant, à qui elle a consacré une partie de son existence. À travers son témoignage, on peut découvrir tout ce que des comportements autistiques, hermétiques pour qui ne s’y intéresserait qu’en se référant à la normalité, recèlent de capacités enfouies qui, lorsqu’elles sont développées, permettent à la personne atteinte de trouble du spectre autistique de s’épanouir.

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Filiatio#22-031Qui dit compétences inconnues ne dit pas symptômes…

Outre le travail d’Hugo Horiot, il est heureux de constater que les récits de personnes autistes se sont multipliés depuis le milieu des années 90. Néanmoins, bien qu’une place grandissante soit accordée au compte-rendu de l’expérience subjective de l’autisme, à travers l’analyse d’autobiographies, de divers écrits et témoignages de personnes autistes, il reste nécessaire de préciser que seul un infime pourcentage de celles-ci parvient à s’exprimer.

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