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Chassez le culturel…

filiatio18-006Elle a trois noms différents, elle a 94 ans en Europe et 105 ans aux USA, elle donne lieu à des actions par centaines : c’est la Journée (internationale (des droits)) de la femme. Reconnue par l’ONU depuis 1977, elle a rejoint les calendriers collectifs de 87 nations dans le monde. Désormais, le 8 mars, on parle des femmes, on montre les femmes, on défend les femmes, bref : on pense femme. Ou bien, pour les plus critiques, on débat de l’opportunité et du sens d’une journée qui pour mieux lutter contre la discrimination hommes-femmes accentue la singularisation, renforce la différenciation et perpétue la pensée binaire dont découlent précisément les discriminations dénoncées…

«Ne pourrait-on pas – ne devrait-on pas – imaginer, en lieu et place de cette ‘journée de la femme’, une journée plus dissidente, plus irrécupérable, qui porterait le nom – impensable par l’homme – de ‘journée du refus d’être une femme’ ? » s’interroge par exemple Claro, sur son blog “Le Clavier Cannibale”. Quant à Béatrice Vallaeys, Directrice-adjointe de la rédaction de Libération, elle décrivait en 2012 cette journée comme «un insupportable moment de bons sentiments et de démagogie dégradante ».

S’interroger sur le sens à donner à cette journée plus que centenaire n’est effectivement pas dénué d’intérêt, au vu des initiatives commerciales et managériales discutables – pour ne pas dire douteuses – qui fleurissent ça et là ça et là à chaque 8 mars sous couvert de célébration de “la femme”. De la distribution de petits présents réputés “féminins” (fleurs, coffrets beauté, livres de cuisine et autres sextoys) aux documentaires sur les femmes meurtrières et les épouses de dictateurs (RTBF 2011) en passant par un coffret cadeau de Procter et Gamble contenant lessive, plumeau, serviettes hygiéniques et rasoir, c’est le sens même de cette journée qui menace de s’inverser purement et simplement, au profit de la réaffirmation insidieuse d’un destin féminin réduit à cinq injonctions : sois belle, gentille, serviable, fertile et sexuellement disponible.

Subvertir des traditions millénaires est décidément un travail ardu. Alors, comme y invitait Boileau dès 1674 : Hâtez-vous lentement et, sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.

Article paru dans Filiatio #18 – mars/avril 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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