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De l’usage modéré des espaces-rencontres

Comme nul ne l’ignore plus, les espaces-rencontres ont en commun de « contribuer à créer ou à restaurer la relation entre l’enfant et le parent avec lequel il ne vit pas ». Ainsi, le juge saisi d’un litige familial pourra confier à une telle institution l’organisation des contacts entre un enfant et l’un de ses parents (ou de ses grands-parents), dans des hypothèses assez variées : qu’il s’agisse d’organiser une reprise de contacts progressive, d’encadrer une relation difficile (en cas de maltraitances par exemple), de soutenir un parent en difficulté (sujet à des problèmes d’alcoolisme, de santé mentale ou autres), d’offrir un lieu adapté, voire de mettre à l’épreuve la bonne volonté du parent « gardien » dans les contacts qu’il permet avec le parent « visiteur ».

Le service qu’offrent ces espaces-rencontres aux familles déchirées est particulièrement précieux. Dans le temps, l’espace-rencontre permet souvent une reprise de confiance progressive et peut aider à reconstruire une relation qui s’était détricotée. Dans l’espace, il offre un lieu neutre, véritable sas extérieur à la vie familiale. Par ailleurs, lorsqu’il est mandaté par un juge, l’espace-rencontre installe le respect d’un cadre défini, et permet l’objectivation de la régularité des contacts, voire de leur qualité. Vu la multitude des modes de fonctionnement de ces institutions, il importera cependant que le juge soit attentif aux caractéristiques de celui qu’il désigne.

Ainsi, et sous peine de faire plus de tort que de bien, il lui faudra veiller à connaître les délais dans lesquels tel espace-rencontre peut intervenir, les horaires qui sont les siens, son coût éventuel pour les parties (et la faculté pour celles-ci d’y faire face), la possibilité ou non d’obtenir un rapport sur la qualité des rencontres, etc. De même, le magistrat restera attentif au mandat qu’il lui donne, en définissant le cadre des rencontres de manière stricte (ce qui permettra à l’espace-rencontre de garder toute sa neutralité) ou relativement souple (ce qui favorisera une évolution adaptée à la situation).

Dans la pratique, les demandes de recours à ces espaces-rencontres se multiplient, ce qui n’est pas sans poser question. Ainsi, le fameux « principe de précaution » estil régulièrement avancé pour convaincre un juge de mandater un espace-rencontre, lorsque des maltraitances sont alléguées mais non démontrées, lorsqu’un parent se trouve en difficulté, ou lorsque le contact entre l’enfant et l’un de ses parents a été simplement rompu ? Dans ce contexte, la prudence peut s’avérer nécessaire …ou parfaitement contreproductive si elle ne fait que renforcer les mécanismes de méfiance réciproques. Sans parler du risque, évident, de faire le jeu du parent le moins constructif.

En tout état de cause, le recours à un espace-rencontre n’est pas neutre et les questions qu’il pose sont multiples : quelle image un enfant aura-t-il de ce parent qu’il ne peut rencontrer qu’entre les murs d’une institution ? Quelle conception de la liberté et de la responsabilité de chacun des parents le juge promeut- il, lorsqu’il soumet les relations intrafamiliales au regard de professionnels ? Quel équilibre permetil encore lorsqu’il autorise, à la demande de l’un des parents, la mise en observation des relations de l’autre parent avec l’enfant commun ?

Si, répétons-le, l’espace-rencontre peut offrir un service particulièrement précieux dans de nombreuses situations, ces questions méritent assurément d’être posées face à la multiplication des demandes de recours à ces institutions.

Xavier Rolin, avocat

Paru dans le magazine Filiatio n°7

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3 commentaires à “De l’usage modéré des espaces-rencontres”

  1. Galerne | 30/10/2015 à 13 h 58 min

    Bonjour, je propose a Monsieur Xavier Rolin de rencontrer ses enfants… dans une intitution et non pas chez lui ca a tellement l air de lui plaire!

  2. gery le grelle | 3/11/2015 à 11 h 29 min

    Je pense que les juges ne sont pas les bonnes personnes pour prendre ce genre de décisions .
    qu’il n’ont aucunes formations en psychologie enfantine .
    un peu comme si mon plombier voulaient faire de l’electricité.
    Toutes les questions que vous posées sont excellentes mais ce dialogue devrait etre echangé avec les personnes ad hoc. Les avocats ne cherchent pas l’interet des enfants mais l’interet de leur client.
    Si vous faites votre metier correctement vous ne gagnerez jamais votre vie ..dixit un grand avocat familial de bruxelles

  3. Rozet | 28/10/2018 à 12 h 02 min

    Mon fils a demandé ses droits de garde en justice qu’ il a obtenu a la mi janvier avec passage de bras dans 1espace rencontre.A ce jour cela fait9,5 mois que jamais la mère n’a obtempéré au jugement.Cet espace a mis en place des visites parentales au lieu de faire le passage de bras et cela sans informer le juge de la situation malgré l’insistance de mon fils.C’EST 1HONTE DE LA PART D 1 ORGANISME SUBVENTIONNÉ PAR LA RW!!!Le jugement en appel introduit par la mère passé en novembre.Je précise que le 1er jugement qui est directement exécutoire n’a jamais été appliqué+ou-19h par semaine et pas dans l’espace rencontre.celle ci ne veut que 2×2h semaine et dans l’espace! !!Le petit est ne le 5/4/2017.Et mon fils s’en occupe parfaitement que se soit au niveau alimentaire ou du change ou au niveau affectif.Lors d1réunion parents-espace il lui a été dit que rien ne s’opposait a ce que le papa puisse sortir avec son enfant et pour réponse a la question sur ses craintes elle a répondu….n’importe quoi…le père va frapperson fils…la grand mere (moi)va empoisonné. …cela relève de la psychiatrie…Et l’espace n informe pas le juge!! Où sommes nous.nous apprenons qùlle possède 1american staf (chien)et la semaine dernière elle même s’est fait mordre gravement au sein et a la jambe!!Nous attendons avec impatience.

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