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Des évidences aux questions

filiatio19-032À travers les pages qui précèdent, quelques évidences s’imposent. Par exemple : toute naissance est une histoire en soi, avec un début, et une fin. Une histoire qui progresse, évolue, surprend, déroute… Mais aussi : toute naissance n’est qu’un moment dans une autre histoire : celle de l’enfant imaginé, conçu, porté, accueilli, celle du couple et du foyer qui l’imaginent, le conçoivent, le portent, l’accueillent. Et encore : toute naissance est une affaire collective. Outre le bébé, sa maman et son papa, le temps de la naissance implique des sages-femmes, des gynécologues, des infirmières, des pédiatres, et jusqu’à des agents administratifs… Des personnages secondaires ? Des humains, en tout cas, qui participent à cette naissance, du bout des doigts ou à plein coeur. De manière certaine, l’histoire de ce bébé garde la trace de leur contribution, qu’ils aient été présents ou absents, empathiques ou distants, méprisants ou respectueux, touchés ou indifférents. De quoi se rappeler que dès le premier souffle, le nouveau-né est reçu par une multitude d’individus : sitôt né, le voilà citoyen du monde, et non possession de sa mère, de son père, ou du couple que forment (ou non…) ses parents. Le voilà lié aux autres – tant d’autres ! Le voilà, somme toute, membre d’une société, qui a son mot à dire sur son devenir. Tiens, encore une évidence : il est révolu, le temps où le droit de vivre était laissé à la seule discrétion d’un pater familias !

Si bien révolu qu’entendre aujourd’hui un père dire qu’il « accepte » ou « refuse » un accouchement à domicile peut heurter : une femme doit-elle accepter de dépendre d’une « autorisation » de son partenaire pour choisir la façon dont elle accouchera ? C’est son corps qui traverse cette l’épreuve très intense, pour ne pas dire violente, de l’accouchement, c’est son ventre et ses organes qui en subissent les conséquences. Dès lors, sa volonté ne doit-elle par primer sur toute autre, en ce qui concerne les modalités de la naissance ?

Cette question soulève des débats très vifs sur les forums « accouchement à domicile » (fréquentés presqu’exclusivement par des femmes). Certaines (futures) mères affirment que le (futur) père n’a pas voix au chapitre quant au mode d’accouchement, puisque ce n’est pas son corps qui est mis en jeu. D’autres soulignent que l’enfant est autant celui du père que celui de la mère, et qu’il ne peut y avoir primauté des désirs maternels sur les attentes paternelles. Derrière ces débats, une difficulté théorique majeure : le souci de la santé de l’enfant autorise-t-il à traiter la mère comme une sorte de « véhicule », sacrifiable si nécessaire ? Une mère a-t-elle le droit de mettre son foetus en « danger » pour préserver sa propre santé mentale et/ou physique ? Entre les droits de l’enfant à naître/naissant et les droits de la femme à disposer de son corps, qui l’emporte ? D’aucuns y verront un débat éminemment moderne. En réalité, la question est vieille comme le monde : combien de pères, de médecins et de sages-femmes confrontés dans l’urgence aux besoins incompatibles d’une parturiente et de son foetus n’ont-ils pas été un jour soumis à ce dilemme abominable : « faut-il préférer la mère ou l’enfant » ?

Dernière évidence, donc : la co-parentalité peut devenir un défi avant même que l’enfant paraisse au grand jour… Mais peut-être, après tout, est-il salutaire d’en prendre conscience aussitôt que surgit le désir d’enfant, dans un corps, un coeur ou un couple ?

Céline Lambeau

Lire la suite du dossier: Autour des maisons de naissance

Textes: Annabelle Georgen, Céline Lambeau

Illustrations : Mathilde Manka

Dossier paru dans Filiatio #19 – mai/juin 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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