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Des spécialistes répondent à nos questions

filiatio_10-023Le « filet de sécurité »

F. : Lorsque l’hébergement égalitaire n’est pas possible, par exemple lorsque les deux parents habitent loin l’un de l’autre, ou lorsque les parents ne sont pas demandeurs, peut-on imaginer de leur proposer un système de type « 5/9 » à adapter ou à découper pour les plus jeunes, et dont les conditions, notamment de distance géographique, seraient assouplies par rapport à un hébergement égalitaire ? Les parents, accompagnés par les professionnels, pourraient être informés et évaluer si ce système serait préférable pour eux plutôt que de passer directement à un hébergement de type « un week-end sur deux », que beaucoup s’accordent à trouver insuffisant pour nourrir une relation épanouissante et éducative.

Diane Drory : je serais à 100% pour une telle proposition. 5/9, ou 4/10, selon les cas. Le pire, c’est le week-end sur deux – chez le père, la plupart du temps. Dans ce cas-là, le père n’est pas confronté au devoir, et la relation avec l’enfant est déréalisée. Parfois, je suis sidérée par certains jugements. Je me demande en fonction de quoi les décisions sont prises, et à quel point la religion des juges ou leur propre expérience entrent en ligne de compte. Je crois qu’il faudrait leur proposer davantage de formation, et revaloriser la profession de juge. Cette solution de 5/9 ou 4/10 pourrait aussi être valable pour certains couples qui s’entre-déchirent. Dans leur cas, on peut parfois questionner la garde égalitaire, lorsque l’enfant devient un enfant-valise, et que la moindre chose provoque une bagarre. La baromètre doit toutefois rester l’enfant, son équilibre mental, ses liens avec ses parents.

Édith Goldbeter-Merinfeld : le 5/9 me paraît pas mal. A condition qu’il y ait du 5 et du 9 des deux côtés ! C’est bien de vivre un long weekend avec chacun des parents. Dans le 5/9, le 5 me paraît trop court ! Idéalement, l’alternance devrait se faire tous les 7-8 jours, avec une semaine d’école et un week-end avec chacun des deux parents à tour de rôle. Mais lorsque l’enfant est plus petit, le temps est plus long : alors, au milieu de la semaine, ce serait bien d’avoir un moment où l’enfant voit son autre parent. On peut lui téléphoner. Encore une fois, l’idéal est d’arriver à des échanges lorsqu’il y a des choix à faire pour l’enfant.

La souplesse et les jugements évolutifs

F. : Seriez-vous favorable à des jugements évolutifs, c’est-à-dire prévoyant une évolution directement plutôt que forçant les parents à retourner systématiquement devant la justice, ce qui est source de conflit ?

je trouve que c’est une idée géniale !

Diane Drory : « Je trouve que c’est une idée géniale ! Il faudrait avoir la possibilité de prévoir le déroulé d’une histoire. Il faudrait mettre en place un projet, et non une dispute. Quand on repasse devant le juge, on remet de la bagarre en route et l’enfant est à nouveau un ballon de football. C’est ce que j’essaie de faire dans mes consultations : prévenir, préparer, planifier, faire un projet – quitte à le réviser ! Je crois aussi que cela rassurerait beaucoup de pères. C’est d’ailleurs intéressant de constater que parfois, les séparations « donnent » des pères : là où il y avait un père « castré », ou « absent » psychiquement, en se séparant, il peut devenir père : il n’a pas le choix. Les jugements évolutifs calmeraient beaucoup d’esprits et mettraient de l’huile dans l’engrenage de la vie de l’enfant. Jusqu’à présent, en passant à chaque étape devant la justice, on a l’impression qu’il faut à chaque fois casser quelque chose et se disputer – et tout cela retombe sur la tête de l’enfant, qui sait très bien ce qui se passe. »

❱❱ Diane Drory est psychologue, psychanalyste, spécialiste des troubles de la petite enfance, Diane Drory a publié de nombreux livres et articles et collabore à plusieurs média pour nous livrer de précieuses analyses sur la famille dans tous ses états. Vous pouvez lire son interview dans Filiatio#8 : « Il faut du lien, et le lien prend du temps » www.drory.be

❱❱ Édith Goldbeter-Merinfeld est docteure en psychologie et en psychothérapie familiale, notamment professeur à l’Université Libre de Bruxelles. Elle est également membre fondatrice de l’Association Européenne de Thérapie Familiale. Vous pouvez lire son interview dans Filiatio#9 : « Des nouvelles configurations familiales »

Lire la suite du dossier: Hébergement des enfants après la séparation : les alternatives

Article paru dans Filiatio #10 – mai / juin 2013, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro

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