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Détermination n’est pas fatalité !

filiatio-15-037Force est de constater que des filiations douloureuses ou inacceptables peuvent se trouver à la source de comportements résilients et être un tremplin essentiel pour ceux qui, en s’échinant à s’en dégager, se construisent une identité hors du commun. Dans le domaine artistique, cela produit des travaux impactants difficiles à ignorer, et notamment en littérature où les cas d’écrivains en prise avec leur filiation (entrave ou moteur, rejet ou honneur) sont légion. Néanmoins, quelle que soit la façon dont elle est vécue, la filiation est souvent à l’origine d’oeuvres monumentales. De Corine Hoex (voir Filiatio #11) à André Bazin en passant par François Augiéras ou tant d’autres, la prise de conscience, joyeuse ou douloureuse, de ce que d’aucuns ont déposé en eux, et le débat existentiel que cela entraîne, sont la plupart du temps à la source de leur singularité.

Nathalie Dalain – 1 père = Chloé Delaume

Nathalie Dalain, pour couper le lien filial avec un père homicide qui a assassiné sa mère sous ses yeux, se créera une identité neuve, Chloé Delaume (1), avec laquelle elle revisitera et refaçonnera inlassablement sa vie au fil de ses romans. Jusqu’au jour où elle apprendra que cet être dont elle s’efforçait de s’éloigner symboliquement n’était en réalité pas son géniteur. Un nouveau coup de tonnerre identitaire dans une existence déjà lézardée par le geste de celui qu’elle a cru être son père pendant plus de trente ans.

« Que vais-je faire de ce qu’on a fait de moi ? (2) »

Romain Gary (3), pour réussir à se déprendre des injonctions maternelles, cultivera une « prétendue » filiation paternelle, (également définie par sa mère, parachevant ainsi l’ironie d’un sort dont il ne délivrera peut-être que lors du suicide qui sera sa porte de sortie) pour justifier extravagances et loufoqueries et investir ce qui lui paraissait être la liberté sous le couvert du pseudonyme d’Émile Ajar.

(In)conclusion

Impossible de terminer un dossier de la sorte par un énoncé ou une phrase qui en ourlerait l’ensemble tant le sujet traité est composite, fait d’épars et de morceaux qui flottent encore et flotteront peut-être toujours à la périphérie de nos êtres. Ces filiations renouvelées, « décrochées » (comme des prix) au cours de l’existence s’ajoutent au puzzle toujours plus hybride de nos identités.

S’en approcher équivaut à pénétrer par des entrées multiples une maison dont chaque pièce découverte recèle elle-même une multitude d’accès à d’autres salles et ainsi de suite dans des déambulations sans fin. Des déambulations qui produisent la sensation de ne réellement arpenter qu’une succession de couloirs… C’est que les filiations, à la fois matériaux et édifice, se révèlent être en définitive des constructions de soi qui échappent, au moins partiellement, à notre entendement.

S’interroger à leur propos amorce ou réamorce une perpétuelle (re)mise en chantier de soimême et de son avenir.

POUR ALLER PLUS LOIN.

❱ Christian Ghasarian, Introduction à l’étude de la parenté, Col. Points Essais, Seuil, 1996.

❱ L’argument de la filiation – Aux fondements des sociétés européennes et méditerranéennes, sous la direction de Pierre Bonte, Enric Porqueres i Gené, Éditions de la maison des sciences de l’homme.

❱ Le cri du sablier, Chloé Delaume, Col Folio, Éditions Gallimard.

❱ La Promesse de l’aube, Romain Gary, Col. Folio, Éditions Gallimard. ©

(1) Écrivaine française
(2) À partir d’une phrase de Jean-Paul Sartre
(3) Écrivain français

Lire la suite du dossier réalisé par David Besschops: Les filiations – des liens à suivre (qui nous devancent !)

Article paru dans Filiatio #15 / septembre – octobre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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