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D’être à habiter – un mouvement perpétuel

filiatio20-def-033Au sortir de ce dossier et des nombreuses rencontres et recherches qu’il aoccasionnées, nous constatons que l’impact des nouvelles moutures familiales sur l’habitat n’est pas aussi perceptible que ce qu’on aurait pu supputer. Changer l’habitat pour l’adapter aux familles d’aujourd’hui demeure un concept qui n’a affleuré la pensée que de quelques professionnels directement liés par des métiers ayant trait soit à l’habitat soit à la famille. Et encore, dans aucun de ces deux secteurs n’ont été conçus des prototypes de réponses qui conviendraient exactement à la situation toujours changeante des familles actuelles. Il s’agit plutôt de réflexions. Comme l’ont souligné les architectes interviewés, les titulaires de ce titre n’ont pas à fournir des réponses clef sur porte (!) mais à avoir suffisamment de disponibilité et plasticité intellectuelle pour s’adapter aux mieux aux besoins de leurs clients. Comme dans d’autres domaines, entre le moment où ont lieu des changements dans les structures humaines de la société et le moment où celle-ci prend date et s’y adapte de façon concrète, il existe une période d’inertie ou de décalage plus ou moins longue. On le remarque notamment dans le secteur public – rappelons nous la pesanteur des administrations face à l’éta- blissement du double nom de famille (1) – ou ailleurs, le fonctionnement des allocations sociales et familiales restant profondément ancré au schéma d’une époque partiellement révolue – celle où seul l’homme gagnait de l’argent dans une famille.

D’après les professionnels consultés pour réaliser ce dossier, l’habitat évoluerait plus en adéquation avec les progrès techniques qu’avec les transformations des moeurs – qui eux-mêmes subissent les conséquences directes ou indirectes de notre façon d’habiter – même si techniquement, tout existe pour y répondre. D’autre part, si l’on poursuit l’analogie avec les administrations communales ou citadines qui ont montré – et montrent peut-être encore – des difficultés à se mettre à l’heure du double nom, celles-ci étaient toutes équipées d’une technologie informatique suffisante pour permettre de traiter ce nouvel « étiquetage familial » comme tout autre problème d’ordre journa- lier. Cependant, l’entérinement ou l’officialisation d’un changement humain dresse très souvent des obstacles qui, d’imaginaires, deviennent réels à force de les considérer comme tels. Dans le domaine des relations familiales, on touche à des mythologies fondatrices – au liant de nos sociétés. Il est donc malaisé d’admettre que ces relations ne sont plus ce qu’elles ont été – ou ce qu’elles n’ont jamais été mais dont le schéma nous avait été transmis comme un précieux héritage psychologique et émotionnel par nos parents, nos grands-parents et nos aïeux.

Quant à la construction identitaire des enfants au sujet de laquelle nous nous interrogions, plusieurs éléments sont à retenir. D’abord, cette construction identitaire se fait autant à travers le temps que dans l’espace ou au contact des autres. Or aujourd’hui la mobilité spatio-temporelle et relationnelle n’est pas l’apanage des familles décomposées/recomposées mais surtout un phénomène d’époque. Ensuite, pour ce qui est de l’habitat à proprement parler, on ne peut écarter la possibilité que les enfants vivent sa démultiplication plus comme la matérialisation de l’altérité de leurs parents que comme une alternance d’absences, de manques ou de vide.

Pour ne pas gâcher votre plaisir, nous terminerons sur ces mots de Jean-Louis Le Run qui à la fois apaisent d’éventuelles angoisses parentales et rebattent les cartes de l’éternel indéfini : « La maison familiale, c’est d’abord l’espace des parents, choisi et aménagé par eux dans les limites autorisées par leur statut social. La façon d’habiter cet espace est d’abord donnée par eux. Tout comme les us, coutumes et règles qui y prévalent et font aussi de la maison un terrain d’éducation. Ce sont donc les parents qui assurent le portage, le holding de l’habitat dont bénéficie l’enfant. C’est cet « habiter » qui a une fonction contenante pour l’enfant, plus que les murs de la maison».

(1) Voir Filiatio #19

Dossier préparé par David Besschops et Céline Lambeau
Illustrations de Pauline Marmilloud

Lire la suite du dossier: « Que sont nos maisons devenues ? » paru dans Filiatio #20 – septembre/octobre 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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