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Drôles de genres

Dossier paru dans Filiatio n°1 (octobre 2011)

Une nouvelle approche des différences hommes-femmes?

Des femmes incapables de lire une carte routière, qui maîtrisent de naissance la technique des couches-culottes. Des hommes qui ignorent le mot rangement, qui ne savent pas communiquer. Des clichés, vraiment ? Filiatio revient sur les différences entre les sexes pour parler du « genre », cette nouvelle façon d’envisager les rôles hommes-femmes et les pouvoirs dans la société. Et en parle lors d’une rencontre avec Nadine Plateau, présidente de la Commission Enseignement du Conseil des Femmes Francophones de Belgique.

Par Sabine Panet

Lors des repas de famille, mon père, qui a un solide sens de l’humour, prend un malin plaisir à me citer à tout bout de champ des extraits de traités grand public des différences hommes-femmes, dans le style du fabuleux Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, ou encore Pourquoi les hommes n’écoutent jamais rien et les femmes ne savent pas lire les cartes routières. Ce n’est pas parce j’ai complètement loupé le test de représentation dans l’espace proposé par les « décrypteurs » des différences de nature entre les hommes et les femmes que ça me fait enrager. C’est autre chose. Morceaux choisis : « Conduisez lentement et selon ses préférences. Après tout, elle est assise à l’avant, juste à côté de vous. » J’ai mon permis, moi, une bête femme, et d’ailleurs j’aime rouler vite, avec la musique à fond. « En rentrant à la maison, allez embrasser votre femme avant de faire quoi que ce soit d’autre » : car elle est là, cette brave fille, assise dans son petit fauteuil recouvert d’un plaid en patchwork, les épaules voûtées, occupée à repriser les chaussettes de son gagne-pain d’homme. La Vénusienne, malgré d’éprouvantes tragédies domestiques (panne de four, aspirateur bloqué par des moutons de poussière, enfants turbulents…) « se montre toute heureuse de retrouver son mari quand il rentre à la maison. »

Peu importe que ces représentations des rôles hommes-femmes sentent la naphtaline : ça s’arrache sur les étalages des libraires, parce que (1) c’est drôle. J’en ai encore la larme à l’œil, à moins que ce soit l’odeur d’antimites. Et parce que (2) ça nous aide à nous comprendre entre nous, hommes et femmes, car nous sommes foncièrement différents.

C’est là que ça cloche.

Reprenons la leçon. Si les femmes ont un rôle intérieur (non, non, pas inférieur), une vision périphérique et un cerveau multi-tâches, c’est à cause des cavernes. Si les hommes ont un rôle extérieur, une vision de loin et une profonde incapacité à changer les couches d’un bébé en même temps qu’ils passent un coup de téléphone, c’est encore à cause des cavernes. Sacrées cavernes. Un petit sursaut de mémoire archaïque : il y a, allez, quelques centaines de milliers d’années, les femmes – ces êtres faibles – se terraient au plus profond des grottes pour préparer à manger, s’occuper des petits d’homme, s’épouiller mutuellement et entretenir le foyer. Leurs compagnons, physiquement dominants (musclés et protecteurs) partaient à la chasse, profitant d’une série d’attributs physiques qui allaient, dans les milliers d’années à suivre, permettre à une majorité de peuples de justifier la supériorité des hommes et donc, la fameuse « domination masculine » de Pierre Bourdieu, ou « valeur différentielle des sexes » (Françoise Héritier). De là, l’explication scien-ti-fique du besoin naturel de l’homme de finir sa journée au bistro, histoire de débriefer sur ses prises avec ses collègues chasseurs – la bière ne moussant que pour la déco. De là, le besoin naturel de la femme de finir sa journée à la maison en chantonnant, d’élever les enfants que son mari lui a faits (ceux qu’elle a pondus) et surtout de gérer la majeure partie des tâches ménagères : les temps sont durs.

Ça vous fait sourire ? Vous pensez que c’est exagéré, mais qu’il y a, dans tout ça, une part de vérité ? D’ailleurs, vous-même… Vous êtes une femme, et vous aimez le rose. Vous êtes un homme, et vous aimez le bœuf cru. Et vous avez raison. Le rose, c’est joli et le bœuf, c’est bon. C’est joli et c’est bon, mais ce n’est pas si simple (on y reviendra, au rose).

Déjà, c’est un sujet important parce que ces relations, et l’idée que la société s’en fait, façonnent toute notre vie. C’est un sujet important parce que les hommes et les femmes sont tous les jours confrontés à des préjugés qui les font se sentir incertains dans leur « genre ». Il y a des préjugés particulièrement énervants : mon compagnon, par exemple, est gracieux. Quand il se déplace, il glisse avec souplesse sur le sol, comme un chat. Ainsi, lorsqu’il s’est retrouvé célibataire (avant de me rencontrer, bien sûr), des amis pétris de bonnes intentions lui ont présenté… des garçons homosexuels. Comme si on ne pouvait pas être un homme hétérosexuel et gracieux. D’ailleurs, je connais des homosexuels poilus et patauds. Régulièrement, lorsque mon compagnon (qui, malgré sa délicatesse, a fait un enfant avec une femme) se rend à des consultations en pédiatrie avec notre petite fille, il s’entend dire « et vous indiquerez bien la posologie à votre femme, et pour la prochaine fois, vous lui direz que… » Comme si on ne pouvait pas être un homme et prendre soin correctement de son bébé.

Ces préjugés ont aussi des conséquences graves. Dans le monde du travail, dans les études, dans l’éducation des enfants, dans les politiques familiales, dans la traduction quotidienne des réflexions sur la maternité et sur la paternité. C’est pour ça qu’à Filiatio, nous avons voulu consacrer ce premier dossier aux drôles de genres dans lesquels nous sommes souvent enfermés.

 Sexe égale Genre?

Il y a le sexe biologique : homme, femme. Mâle, femelle. Pour la plupart d’entre nous, indiscutable.

Enfin, c’est ce qu’on croit. Pourtant, de nombreux enfants naissent inter-sexués, c’est à dire avec des organes génitaux externes « atypiques ». Et ces enfants, une fois adultes, peuvent revendiquer une identité soit homme, soit femme, soit intersexe, et estiment que des assignations (en « homme » ou en « femme ») qu’on leur a fait subir chirurgicalement à la naissance ont été abusives. Eux ne se reconnaissent pas dans ce « sexe biologique » et défendent une vision de la personne au-delà de la distinction hommes-femmes. Un exemple concret : l’Organisation Internationale des Inter-sexués, représentée par l’ASBL Genres Pluriels en Belgique, demande que la mention du sexe sur la carte d’identité ou sur la carte SIS soit abolie. Avant d’en arriver là, mon père aura sûrement eu le temps de s’étouffer avec sa carte routière. Il est en bonne route.

Pour la médecine, le sexe, homme ou femme, ce n’est plus juste un appareil génital. Entrent aussi en jeu des marqueurs chromosomiques ou hormonaux, la présence de gonades (testicules et ovaires), des caractéristiques physiques secondaires (poitrine, hanches… pilosité…). La matérialité de ces éléments est difficilement contestable. Difficilement ? Oui, oui, on peut aussi contester ça. On peut dire que les données sont biologiques, et que le travail d’interprétation de ces données est social. Mais on peut aussi avancer dans cet article, car il nous tarde de savoir ce qui s’est passé pour que du sexe, on arrive au genre.

Lisez plutôt. Dans les années 1930, une anthropologue américaine, Margaret Mead, observant de manière participative les mœurs et la sexualité de populations océaniennes, a conclu de ses recherches que certains traits de caractère (comme la violence, la créativité, la douceur) pouvaient ne pas découler du sexe biologique, et étaient construits de manière différente selon les sociétés. Mead a utilisé le terme de « rôle social ». Une génération plus tard, en 1949, Simone de Beauvoir publie le Deuxième Sexe. « On ne naît pas femme, on le devient » : citation historique que, cinquante ans plus tard, toutes les adolescentes (au moins une) taguaient encore sur les murs de leur chambre après la naissance de leur conscience révolutionnaire et de leurs premiers boutons. Ce n’est qu’en 1970 qu’un psychanalyste américain, Robert Stoller, sépare « sexe » (biologique) et « genre » (identification, expérience de soi) dans ses études sur la transsexualité. Ainsi le genre devient le « sexe social ». Cette première acception se fait en même temps que les luttes féministes des années 1960 et 1970, et ce « genre » va nourrir la réflexion critique et politique selon laquelle le sexe est une division « naturelle » de l’humanité, et le genre est une division « sociale », contre laquelle il est possible d’agir. Problème : si le sexe correspond à la nature et si le genre correspond à la nature, alors la donnée brute « nature » reste incontournable, primordiale. Le genre est déterminé par le sexe, et la division homme/femme, mâle/femelle, est renforcée. A ce stade, quelqu’un est visiblement en train de déchiqueter une carte routière à coups d’incisives.

C’est ainsi que dans les années 1990, les chercheurs ont déplacé leur regard et le genre est apparu non plus comme un complément social du sexe, mais comme un rapport social en lui-même. C’est cette compréhension qui domine aujourd’hui : le genre comme une façon de voir les relations entre – et l’(in)égalité hommes-femmes avec des outils de distanciation, en prenant en compte l’histoire, la sociologie, l’éducation, les mœurs, les coutumes, qui peuvent être à l’origine d’idées reçues. Derrière, l’idée que la différence des sexes est un rapport structurant : si on parle du masculin et du féminin, on parle de la société dans son ensemble.

 Le modèle du chasseur de mammouths

Tenez, revenons à Madame Cro-Magnon, qui jouissait d’indéniables attributs biologiques féminins. Selon la façon de penser les relations hommes-femmes qui prévaut à une époque donnée, un historien ou un anthropologue met en avant des éléments tout à fait différents pour trouver du sens à l’organisation de nos ancêtres. Jusqu’au milieu du 20ème siècle, on pensait que les hommes allaient effectivement chasser tandis que leurs dames vaquaient à leurs domestiques occupations. Eh bien, non. Aujourd’hui, des chercheurs, intéressés par la femme préhistorique, montrent que Madame participait à la chasse, qu’elle est probablement à l’origine de l’agriculture, que sa part de cueillette contribuait de manière décisive à la nourriture du groupe. Bref, on peut relativiser le modèle du chasseur de mammouth viril. Non seulement on « trouve » les femmes, c’est-à-dire qu’on leur reconnaît une histoire, mais on va plus loin : des chercheurs remettent en question le « biologique » de nombreuses différences auparavant considérées comme indiscutables.

L’anthropologue française Françoise Héritier explique : « Pour diverses raisons, relevant du symbolique et non de contraintes biologiques, l’alimentation des femmes a toujours été sujette à des interdits. Notamment dans les périodes où elles auraient eu besoin d’avoir un surplus de protéines, car enceintes ou allaitantes – je pense à l’Inde, à des sociétés africaines ou amérindiennes. Elles puisent donc énormément dans leur organisme sans que cela soit compensé par une nourriture convenable ; les produits « bons », la viande, le gras, etc, étant réservés prioritairement aux hommes. Ce n’est pas tant éloigné que cela de nos manières hexagonales : dans les années 40, dans ma famille paysanne auvergnate, les femmes ne s’asseyaient pas à table, mais elles servaient les hommes et mangeaient ce qui restait. Cette « pression de sélection » qui dure vraisemblablement depuis l’apparition de Néandertal, il y a 750 000 ans, a entraîné des transformations physiques ». Étonnant, n’est-ce pas ? Quelque part, ça me console sur le fait qu’il y a 750 000 ans, mon souple amoureux aurait pu se coltiner autant de cellulite qu’une femme. Pan, dans les dents.

Et mes cartes routières, demande mon père en mastiquant. Eh bien pour les cartes routières, ce serait comme pour les chasseurs de mammouths et le boudin auvergnat. Beaucoup de progrès ont été réalisés dans la compréhension des mécanismes du cerveau humain. La neurobiologiste Catherine Vidal, directrice de recherche à l’Institut Pasteur à Paris, a démontré que seulement 10% des connexions entre les neurones (les synapses) étaient présentes à la naissance : les autres 90% se construiraient ensuite. Vidal interprète ainsi les résultats de ses recherches: « On trouve certes des différences entre les cerveaux des hommes et des femmes dans les régions qui contrôlent la reproduction sexuée. Mais concernant les fonctions cognitives , la diversité cérébrale est la règle. En fait, la variabilité du cerveau entre les individus d’un même sexe est tellement grande, qu’elle l’emporte sur la variabilité entre les sexes. Donc, rien d’étonnant de voir des différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes qui ne partagent pas forcément le même vécu. A la naissance, le petit humain ne connaît pas son sexe, il va devoir l’apprendre. C’est l’influence du milieu familial, social, scolaire qui fait que l’enfant va adopter des comportements correspondant aux stéréotypes masculins ou féminins. »

En parallèle, des spécialistes des primates, parmi lesquels Sarah Hrdy, ont mis en évidence le fait que le père (humain), lorsqu’il est en contact intime et prolongé avec son bébé, connait lui aussi un bouleversement hormonal presque comparable à celui de la mère : des mécanismes se mettent en branle, qui lui permettent de développer une empathie et donc, une capacité accrue au soin et à l’éducation de l’enfant. Cela signifie que non seulement les femmes ne seraient pas réductibles à la maternité, mais aussi que les hommes seraient « biologiquement » capables de s’occuper des enfants.

Ainsi, on peut dire que je suis née femme, mais que c’est un caractère biologique comme une autre. Par ailleurs, je suis brune, j’ai les yeux clairs et je suis agile des doigts de pied. Être agile des doigts de pieds ne devrait pas m’empêcher pas de savoir lire une carte routière. Autrement dit : si je suis nigaude avec une carte routière, c’est parce que je le suis devenue (Simone forever !).

 La vie en rose

En conférence de rédaction, alors que je présentais avec enthousiasme le sujet de notre dossier et que je louvoyais en justifiant une taquinerie sur le rose et le bœuf cru, j’ai entendu parler d’une étude qui avait montré que les différences de goûts de couleur entre hommes et femmes étaient… biologiquement explicables et avaient peut-être une origine génétique. A l’université de Newcastle, au Royaume-Uni, deux biologistes, Anya Hurlbert et Yazhu Ling, ont recruté 208 hommes et femmes entre 20 et 26 ans et les ont soumis à une batterie de tests pour déterminer leurs préférences visuelles. Parmi ces 208 personnes, un échantillon de 37 personnes chinoises devaient permettre de mettre en avant de possibles différences culturelles. Résultat des tests : la couleur universellement préférée par les deux sexes était le bleu, mais les femmes marquaient une préférence très distincte pour les bleus à tendance rougeâtre ou rosée. Idem chez les Chinois-es. Conclusion proposée : il semble que les différences de goûts hommes-femmes en matière de couleurs sont d’origine biologique. Explication donnée par Madame Hurlbert (directrice de l’institut de Neurosciences de l’université de Newcastle, quand même) : la division des tâches entre les sexes, qui date du temps de, pfff, au moins Néandertal (nous y revoilà!). Dans la forêt, les femmes-cueilleuses s’exerçaient à distinguer les fruits rouges cachés entre les branches touffues des arbres préhistoriques. Du coup, aujourd’hui, nous serions plus sensibles aux tonalités rouge-rose, et le marketing sélectif en joue.

Mais alors, me demande-je, si l’explication biologique proposée par ces deux chercheuses est à trouver du côté de la division du travail entre les sexes, mais alors : est-ce que c’est parce que les femmes préféraient le rose (1) qu’elles se sont mises à cueillir les fruits pour la subsistance du groupe (2), et que, en conséquence, les hommes sont partis chasser les mammouths d’une manière virile (3) ? Vous n’avez qu’à me voir dans un grand magasin, moi qui suis myope comme une taupe, je vous dégote une petite paire de chaussettes roses taille 22 en quelques secondes d’un regard circulaire. Ou est-ce que, parce que les hommes avaient décidé de chasser les mammouths d’une manière virile (1), les femmes ont pris l’habitude de la cueillette (2) et ont développé une capacité accrue à déceler le rose en forêt et au supermarché (3) ? C’est idiot ?

C’est le cœur du débat. Quand on regarde la relation entre les hommes et les femmes, entre le masculin et le féminin, on peut adopter deux postures.

Première posture : okay, il y a peut-être des différences. Il y a, par exemple dans l’étude de la biologie des comportements, assez de matière qui montre que les hommes et les femmes auraient des gènes et des hormones différents vis-à-vis de l’attitude face à la « reproduction », ou concernant l’allaitement (malgré toute sa bonne volonté, j’avoue que mon amoureux n’a pas su allaiter notre fille). Mais le plus important, c’est que ces différences puissent être remises en cause et disparaître lorsqu’elles sont injustes envers un sexe ou l’autre.

Seconde posture : certes, il y a des inégalités, mais ce ne sont pas les différences des sexes qui en sont à l’origine. C’est l’inverse : c’est l’inégalité dans la répartition des tâches qui a causé les différences, même physiques (se reporter au boudin auvergnat).

Mais d’où a surgi cette inégalité dans la répartition des tâches ? Dans la jalousie des hommes dont le ventre ne sait pas fabriquer les enfants ? Dans une différence, donc… Encore plus loin, certains concluent que le discours binaire homme/femme, même dans une démarche de « genre », de recherche d’équité et d’égalité, renforce la division des sexes et la « différenciation ». Et qu’il faut parler des individus, au-delà des (d)rôles de genre.

Papa, continue à déglutir avec précaution, car je n’ai pas tout à fait terminé. Presque. La question du genre est importante, et ce débat est fondamental, non seulement parce que nous y sommes confrontés tous les jours, mais aussi parce que, dans le futur, nous devrons répondre à des questions essentielles : maternité (être une mère, c’est quoi ?), paternité (être un père, c’est quoi ?), procréation (qui fait les enfants ?).

Si la maternité est LA différence essentielle entre hommes et femmes, à l’origine de la valeur différentielle des sexes, si la maternité continue à renforcer les inégalités au sein des familles et dans la société, alors peut-on envisager, comme solution, la conception des enfants ailleurs qu’au cœur de l’utérus maternel ? Rappelez-vous, en 1932, dans le Meilleur des Mondes, Huxley imaginait déjà la gestation en dehors du corps humain. D’ici une cinquantaine d’années, selon certains biologistes, ce sera une réalité. Vertigineux. Est-ce que cela équilibrera la parenté ? Est-ce que ce sera la fin de la guerre des sexes ? Ou bien est-ce que ce sera une plongée dans le contrôle du corps, dans le totalitarisme ?

En attendant, nous, hommes et femmes et inter-sexués, continuons à chercher le bonheur. Visiblement, l’homme gracieux qui glousse en changeant les couches de ma petite fille l’a trouvé.

Découvrez l’interview de Nadine Plateau

Demain, le genre dans nos manuels scolaires ?

 En France, la polémique fait rage autour de l’introduction du genre dans les nouveaux manuels scolaires des premières (l’équivalent de la 5ème rénové en Belgique). La circulaire ministérielle à l’origine de ce renouvellement stipule : « si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée. » Traduction dans les manuels : une paire de phrases pour réfléchir sur la différence entre l’identité complexe d’une personne et le sexe biologique. Evident ? Visiblement, pas pour 80 députés de la majorité UMP et des associations qui considèrent que la théorie du genre « porte atteinte à la liberté de conscience des parents. » Réponse du ministre de l’éducation, Luc Chatel : « les programmes sont conformes à l’état actuel des connaissances scientifiques en biologie…. » Et en Belgique ? Interviewé par la RTBF début septembre, Conrad van de Werve, le directeur du Secrétariat général de l’enseignement catholique en Communauté française et germanophone de Belgique (Segec), répond : « Il n’y a pas réellement de débat public pour l’instant et la question n’a pas été étudiée. »

Pourquoi certains pensent-ils que le genre est dangereux?

 Il y a des adversaires au « genre ». Il y a ceux, d’un côté, qui pensent que le « genre » ne va pas assez loin et ne fait que reproduire la division des sexes. Et puis, à l’opposé, il y a ceux qui pensent que les hommes et les femmes sont à leur place dans les stéréotypes et que, sans ces rôles sociaux distincts, les hommes et les femmes ne peuvent pas se réaliser dans leur « masculinité » ou dans leur « féminité ». Par exemple, le pape Benoit XVI a critiqué les études de genre lors d’un discours à la curie romaine en décembre 2008 : « l’Église parle de la nature de l’être humain comme homme et femme et demande que cet ordre de la création soit respecté », et il précise : « ce qui est souvent exprimé et entendu par le terme “gender”, se résout en définitive dans l’autoémancipation de l’homme par rapport à la création et au Créateur. L’homme veut se construire tout seul et décider toujours et exclusivement tout seul de ce qui le concerne. Mais de cette manière, il vit contre la vérité, il vit contre l’Esprit créateur. »

 A côté de la position du Vatican, nombreux sont ceux qui pensent que les hommes viennent vraiment de Mars, et les femmes vraiment de Vénus : ils pensent que si la différence des sexes n’est pas « respectée », alors les hommes et les femmes seront mal à l’aise dans leur identité car ils ne pourront pas se réaliser en tant qu’hommes ou en tant que femmes. Par exemple, un des reproches fréquemment fait aux féministes de la seconde vague, dans les années 70, est qu’elles ont favorisé une sorte de crise de la masculinité en remettant en question la hiérarchie et l’ordre traditionnel des sexes. Qu’en pense mon amoureux ? Est-ce qu’il risque gros dans son identité quand il passe l’aspirateur ?

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4 commentaires à “Drôles de genres”

  1. Denis | 4/11/2011 à 9 h 49 min

    Oups!!!Super intéressant et à relire !A partager en tout cas
    merci

  2. Filiatio | 28/02/2012 à 22 h 42 min

    Merci pour cet encouragement. Bonnes lectures 😉

  3. eyckmans | 27/06/2012 à 10 h 58 min

    Excellent article. je »le partage ».

  4. Filiatio » Femmes entre sexe et genre | 2/07/2012 à 16 h 06 min

    […] du « genre ». Certains lecteurs et lectrices assidu(e)s se rappellent peut-être une histoire de carte routière et de chasse aux mammouths dans le premier numéro de Filiatio. Vous voyez, les chasseurs de mammouth n’ont pas fini de se retourner dans leur […]

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