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Faut-il contacter son enfant quand il est avec son autre parent ?

A Filiatio, nous nous méfions des réponses toutes faites ! L’observation fine des êtres et de leurs émotions nous semble bien préférable aux conseils clé-sur-porte – et tellement plus propice à la construction, par chacun-e, de la réponse adaptée à la difficulté qu’il-elle rencontre… Vous vous demandez comment organiser une relation téléphonique parent/enfant ? Voici de quoi alimenter votre réflexion…

Le téléphone qui pleure

Dialogue entre ados glané dans un bus :

– « Et toi, ton père, il t’appelle quand tu es chez ta mère ?

– Oui, mais franchement, je préfèrerais qu’il s’abstienne…

– Ah bon ? Pourquoi ? – Il n’en a rien à f… de moi, il appelle juste en espérant pouvoir parler à ma mère. Il fait semblant de s’intéresser à moi, mais il ramène le truc sur ma mère toutes les trois phrases.

– Comment ça ?

– Ben, il veut savoir si elle parle encore de lui et de leur mariage, elle veut savoir si elle a un nouveau mec, où elle part en vacances, … Mon copain à moi, par contre, il s’en balance complètement

– Oh, c’est nul…

– Le pire, c’est quand il se met à pleurer au téléphone. J’ai envie de lui raccrocher au nez, mais je n’ose pas. C’est mon père, quand même… ».

 

Le téléphone qui ne sonne pas

Un théoricien de la communication américain, Ray Birdwhistell, faisait remarquer en 1974 « combien un téléphone silencieux peut être bruyant » pour quelqu’un qui attend un appel. Comment les enfants vivent-ils un coup de fil espéré ou promis qui n’arrive jamais ? Qu’éprouvent-ils face à un écran qui reste noir alors qu’un rendez-vous avait été fixé ? Quelle place occupe dans leur tête et leur coeur le portable confisqué ou éteint pour cause de résultats scolaires insuffisants, au mépris du bisou-sms du soir envoyé par le parent absent ?

Le téléphone qui interrompt

Semaine paire, vendredi, 15h30 : pour G. et son papa, c’est le moment des retrouvailles, après douze jours de séparation sans aucun contact. Ils se sourient plus qu’ils ne se parlent – les dix premières minutes sont toujours un peu étranges, comme s’ils ne se connaissaient plus… Puis le papa se lance, à l’aide d’une question banale. « Quoi de neuf ? C’était bien l’école ? J’ai l’impression que t’as encore grandi… T’as faim ? »

Et les mots viennent, G. commence à raconter – cette grosse dispute avec J., gardée secrète depuis des jours pour mieux la confier à son père aujourd’hui. Il cherche un peu ses mots, puis s’anime. Soudain, le portable du papa sonne. « C’est maman… elle veut savoir si ta journée s’est bien passée… ».

L’appel qui déçoit

Certains appels sont si importants qu’on les imagine des jours à l‘avance. Le rendez-vous téléphonique planifié devient un sujet de rêverie, le souvenir de la voix de l’autre suffit à faire sourire. Et on se promet de ne pas oublier de dire ceci ou cela. Arrive le jour J, et l’heure H. Le coeur bat : enfin ! Mais dès les premiers mots, quelque chose ne va pas. L’autre est fatigué, il a sa voix des mauvais jours, semble distant. Ou l’autre est agitée, stressée, parle beaucoup – impossible d’en placer une… L’anecdote qu’on voulait raconter semble tout à coup dénuée d’intérêt, les mots d’affection soigneusement préparés ne veulent pas sortir. On ne sait pas quoi se dire. La grande conversation longtemps fantasmée n’est plus qu’un fromage à trous… Et l’on raccroche le coeur en berne, en se demandant ce que l’on a fait de travers.

Céline Lambeau

Lire la suite du dossier: Le Téléphone pleure… ?  

Article paru dans Filiatio #18 – mars/avril 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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