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Film – Suzanne (Katell Quillévéré)

0023_FILIATIO_Mars_2016-040À couper le souffle ! Si Suzanne est la protagoniste principale de ce film, je retiens avant tout l’interprétation d’Adèle Haenel qui incarne le rôle de sa soeur cadette, Maria. D’un caractère renfrogné, celle-ci n’en est pas moins corps et âme dévouée à son aînée que la soif de vivre pousse à multiplier les frasques, à prendre des risques, à redoubler d’amour pour qui lui en donne, au point qu’elle laissera derrière elle son petit garçon de quatre ans. Étrangement, les prémisses de ce film n’annonçaient pas la vitalité torrentielle qui allait entraîner les personnages dans ses remous : un homme veuf, père de deux filles ; des visites régulières au cimetière où le trio pique-nique sur la tombe maternelle ; le quotidien d’une famille logée dans une citée ; les départs et les retours du père, camionneur de son métier ; les enfants qui grandissent ; des virées gentillettes… Bref, tout avançait de façon un peu benoîte, un brin timide. Mais soudain… Boum ! Suzanne est enceinte… De qui ? Mystère. Mais elle décide de mener la grossesse à terme et d’élever l’enfant seule. Enfin, avec l’aide de sa soeur, complice, protectrice, pourvoyeuse, qui la secondera ou remplacera dans son rôle de mère lorsqu’elle sera embarquée dans un tourbillon amoureux ne lui permettant plus de discerner ce qui est essentiel de ce qui l’est plus encore. Sa soeur dont la présence, à force de constance et d’abnégation, va finir par crever l’écran. Alors que, bizarrement, l’héroïne, c’était Suzanne. Seulement, Suzanne vole, plane, aime, arrive, s’enfuit, émeut et se meut à en devenir éphémère et quasi transparente. Maria, c’est le pilier au milieu des ruines, ce qui reste quand tout s’écroule. Dès lors, quand après bien des déboires, Suzanne gagnera en consistance, le spectateur se posera la question d’une possible coexistence des deux soeurs. Sous ses dehors fragiles de papillon qui lutine, un film redoutable à empreinte durable. Écologistes émotionnels s’abstenir.

David Besschops

Article paru dans Filiatio #23 – mars/avril 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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