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Florilège de représentations

filiatio-15-030Filiatio s’est rendu dans la classe de première primaire d’une école de la région liégeoise avec la curiosité d’apprendre à quoi ces enfants identifiaient qu’ils étaient les filles ou fils d’unetelle ou d’untel. Au-delà de la truculence de leurs réponses, et des quiproquos qu’elles ont parfois générés au sein du groupe, on retrouve quelques constantes : beaucoup ont des représentations matérielles de la filiation. Et la manière dont ils expriment cette évidence est, à leur âge, déroutante. Car ce ne sont pas des particularités inscrites en eux (physiques, intellectuelles, émotionnelles ou autres) qui rapprochent ces jeunes enfants de leurs parents, ni même un ressenti singulier éprouvé à leur contact mais plutôt des signes extérieurs, ou des initiatives, qu’ils repèrent chez leurs géniteurs. Et bien que l’influence du premier élève à prendre la parole ait indiqué la direction des réponses à ses condisciples, la spontanéité n’en était pas moins au rendez-vous.

Entre l’affect et la routine

Pour Roro, l’odeur de sa maman est l’indicateur qui lui confirme qu’elle est bien sa mère. Bradley, dont le père est décédé, sait qu’il est fils de sa maman parce que sa grand-mère le lui a dit. Lidia, nous apprend que la douceur de la voix de sa maman lui fait ressentir du plaisir. Pour Kézia, « les parents des autres, ce n’est pas les mêmes parents ! ». Pour Hassan, le frère est celui qui lui dit « Viens ! ».

La filiation serait pour d’aucuns une sorte d’habitude : « Maman habite chez nous… ».

Rapprochement physique

Et les quelques élèves qui me découvrent conversant avec leur professeur dans la cour en déduisent que nous sommes frères…

Proximité = filiation ?

Signes extérieurs

Parfois, la connaissance tient lieu de filiation : « Mon papa, je sais qu’il est métis… »; « Papa, il a une barbe, il dit des gros mots et il regarde tout le temps la télé… »; « Maman porte une perruque »; « Il met du gel dans ses cheveux et elle, elle se coiffe d’un foulard… »

Soins

Les liens, sont parfois plus sensibles : « Il me donne des friandises; « Il a toujours préparé quelque-chose pour moi sur la table. À la maison, il fait la comédie pour me faire rire. »

Héritage génétique

Plus rares sont ceux qui associent des caractéristiques physiques, comme Sanna, qui remarque que sa soeur, dont elle reconnaît la voix, a la même coiffure et des yeux bruns, comme elle. Ou Emma, dont le papa a des cheveux identiques aux siens. Et dont la maman est belle !

Première visite

Soukayna me confie en aparté, profitant du brouhaha de la salle de classe et visiblement très émue, qu’elle est reliée à son papa par le fait que c’est l’homme qui est venu la voir après l’accouchement de sa maman…

Filles / Fils de… Mais encore ?

Par ailleurs, ayant fortuitement rencontré pendant nos pérégrinations journalistiques nombre d’enfants adoptés, nous avons engrangé quelques contrevérités. Souvent aux antipodes du cliché romanesque exploité par l’industrie du rêve (cinéma ou littérature), qui voudrait qu’une fois adultes ou dès que cela leur est possible ils répondent à « l’appel du sang » et se lancent dans la quête de leurs géniteurs. Car si reconnaitre la part de l’autre en soi reste bien un de ces besoins fondamentaux qui nous humanisent, l’autre ne doit pas nécessairement être de notre sang pour assouvir cette nécessité.

C’est le cas d’Étienne, adopté enfant dans un orphelinat en Inde, aujourd’hui adulte, qui en deux phrases synthétise impeccablement cette assertion : « Bon gré mal gré, nous (sa famille d’adoption et lui) avons une histoire qui nous lie, des moments, des souvenirs, des ressentiments et des sentiments. Nous sommes « tenus » par tout cela. Par contre, si je me trouvais maintenant devant mes parents biologiques, je n’aurais rien à leur dire – sans compter la barrière de la langue… »

Lina, pour sa part, est une conteuse. En dépit des expressions très imagées, colorées, qu’on retrouve dans ses récits, et la tendance habituelle de ses proches ou de ses lecteurs d’y trouver l’empreinte africaine de son père, elle ne l’a jamais connu. Abandonnée par son géniteur à sa naissance, elle ne désire pas approfondir les deux contacts (froids et distants) qu’elle a eus avec lui postérieurement. Pour en revenir à sa vocation artistique, elle n’a pas grandi dans la tradition orale mais démontre pourtant des affinités notables avec cette voie narratrice. Même si, selon elle, si filiation il y a, « elle est plutôt à chercher du côté de mes lectures et engouements cinématographiques de jeunesse que du côté paternel de mon identité ».

D’autres enfants, devenus adultes, témoignent de cette difficulté à automatiquement associer le terme filiation à leurs géniteurs, voire à des êtres en chair et en os.

Pour Stéphane, qui résume son enfance par « chaos et contrastes », « permanence du chaud et du froid », réfléchir à sa filiation suscite l’image d’un fourgon policier venu interrompre une échauffourée familiale. Il définit cette filiation-là comme une rupture plus que comme un lien. Par contre, il reconnaît en lui des manières et des gestes des nombreuses autres personnes, qu’il considère « parents adoptants », qui ont pris soin de lui au cours de son existence.

Hélène, de père grec inconnu, éprouve régulièrement le besoin de retourner en Grèce. Elle définit sa filiation paternelle comme une sensibilité à une atmosphère spécifique. En plus d’un attrait pour les voyages – les déplacements.

 

Lire la suite du dossier réalisé par David Besschops: Les filiations – des liens à suivre (qui nous devancent !)

Article paru dans Filiatio #15 / septembre – octobre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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