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France : du haut des grues

filiatio_9-016Nantes, France. Du vendredi 15 au lundi 18 février, un homme s’est retranché quatre jours en haut d’une grue. Une grue jaune, bardée d’inscriptions. « Pour sauver les enfants de la justice ». Vous ne l’avez sûrement pas manquée, elle est passée partout… la polémique. Soutenu par l’association française SVP Papa (1), l’homme expliquait vouloir obtenir un droit de visite pour voir son fils. Cette opération, préparée à l’avance, avait également pour but officiel de pousser le gouvernement à mettre la garde alternée à l’ordre du jour : la justice française privilégierait la garde des enfants chez leur mère – statistiques à l’appui.

Le problème réside non seulement dans les chiffres, mais aussi dans leur interprétation. On peut être mal à l’aise devant la rhétorique simpliste de l’association et le discours anti-femme et réactionnaire du principal protagoniste de l’événement (« ces femmes qui nous gouvernent », a dit l’homme descendu de la grue au micro de France Inter en parlant de la société, dont il n’a pas l’air de connaître la véritable répartition des pouvoirs dans la sphère publique – ce qui a entraîné la Ministre de la Famille à déplorer la « guerre des sexes » ainsi rallumée) ; mais le débat s’est enflammé immédiatement. Est-ce parce que la « victimisation » des hommes est mieux couverte par les médias que les violences envers les femmes, comme a répondu immédiatement l’association SOS les Mamans ? Ou plutôt / et parce que c’est une véritable question de société ? En France, le centre d’analyse stratégique du Premier Ministre avait déjà travaillé longuement sur la question « Désunion et Paternité ». Un rapport détaillé, précis, truffé d’outils et de propositions avait été rendu public il y a moins de six mois. Dans un silence assourdissant.

Le gouvernement français a donc déjà des outils en mains pour favoriser l’implication égale des deux parents tout au long de la vie de leurs enfants, y compris après leur séparation (il peut aussi s’inspirer de l’expérience belge en la matière, au menu de notre magazine). Comme le dit le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez, joint au téléphone par Filiatio, « On peut défendre la garde alternée avec des arguments sexistes, au nom de l’importance du « paternel » pour contrebalancer un « danger de l’influence féminine ». Mais on peut aussi la défendre au nom d’arguments égalitaires que l’on a peu entendus dans le débat. » Un parent vaut un parent, un parent n’est pas meilleur qu’un autre par principe, et l’intérêt de l’enfant n’est sûrement pas que l’un de ses parents ressorte d’un conflit « gagnant » ou « perdant ».

Sabine Panet

(1) Dernière minute : L’association nantaise SVP Papa, qui soutenait l’action au départ, s’en est désolidarisée.

Article paru dans Filiatio n°9 – mars / avril 2013, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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