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God Bless America

Réalisateur Bobcat Goldthwait

L ’ i n f o r m a t i o n dévale sans jamais s’interrompre mais en contaminant tout et tous sur son passage. Qu’elle provienne des journaux papiers ou des crieurs de rue, des médias audiovisuels ou des réseaux sociaux, amplifiée et/ou déformée par ceux-ci, elle est brassé, palpée, mal dite ou mal entendue, pétrie voire meurtrie. En deux adjectifs, excessive et incertaine ! Elle apporte, semble-t-il réconfort et sécurité à nos sociétés. Mais à quoi sert-elle véritablement ? À se prémunir contre qui ? À accomplir quoi ? À partir de ce constat et des interrogations qu’il suscite, le protagoniste de ce film va brutalement prendre conscience de combien l’information perpétuelle est à l’origine du vide relationnel qui l’isole au sein même de l’assourdissante et criarde communauté humaine qui est la sienne. Et pourtant, tout s’amorçait bien dans cette histoire. Et ce dans le meilleur des mondes. De bon matin, par les divers biais cités plus haut, il était parfaitement alimenté d’« infos utiles », de « trucs qu’il faut savoir », de rires crétinisants (pour alléger l’addition…) et, en plus, les médias lui désignaient généreusement le bouc-émissaire en vogue. Sur lequel il pourrait frapper pour amuser la galerie. C’est-àdire ses collègues de l’agence. Il arriverait donc au bureau avec de quoi causer. De quoi gloser. De quoi faire des gorges chaudes. Il pourrait montrer patte blanche dès son entrée puisqu’il l’aurait plongée dans cette farine qui sert à alimenter le moulin des conversations. Malheureusement pour lui, la mayonnaise ne prend pas. D’entrée, l’univers sonore (ragots et remuements insanes et versatiles de la presse du jour) qui l’entoure lui paraît dissonant. Et il se tait. Hélas, se taire le rend suspect aux yeux des gens avec qui il travaille. Et de suspect à coupable, il n’y a qu’un pas, que les messes basses franchissent sans rencontrer d’obstacle. Et son silence persistant finit par lui valoir le rejet, puis la vindicte des membres de la boîte où il exerce. De ce décrochage d’abord verbal, ensuite professionnel (il est licencié), avant d’être géographique (il largue les « amarres »), démarre ce qui va se muer en road-movie réflexif ou réflexion road-movie, c’est comme on voudra. Un film qui, sous des dehors d’abord satiriques, propose d’analyser ce phénomène contemporain qui consiste à ne plus parler à partir de soi, de son monde intérieur ou de son imaginaire, de sa mauvaise foi ou de son tempérament mais uniquement en se basant sur du discours en circulation. Bien sûr, le réalisateur n’est pas dupe que ce qui motive la réticence de l’homme contemporain à verser une part de lui-même dans ce dont il parle, c’est avant tout le souci d’objectivité. Seulement, l’objectivité à outrance mène à la standardisation et à la stérilité des conversations Puisque, plutôt que du créer du neuf, plutôt que de donner la primauté à ce qu’ils engendrent, les débats se contentent tristement d’être l’arène où « quelqu’un répète ce que quelqu’un a dit en prétendant l’avoir entendu prononcé par une personne qui l’a écrit en se basant sur les propos d’un type qui s’inspirait de… ». À visionner toute séance tenante !

David Besschops

Article paru dans Filiatio #16 – Novembre-Décembre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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