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Hors de leur vie

0023_FILIATIO_Mars_2016-015Rapts parentaux:

Soucieuse de ne pas les obliger à choisir entre elle et leur père, Véronique a accepté que ses trois filles s’en aillent habiter chez ce dernier. Son idée était qu’en les préservant d’un conflit de loyauté, elles souhaiteraient un jour être hébergées alternativement par leurs deux parents. Ce fut la décision la plus funeste de son existence, qui donna le « la » d’une longue descente aux enfers durant laquelle Véronique eut à subir l’ostracisme et la violence de ses enfants victimes d’aliénation parentale.

Propos recueillis par David Besschops

Rupture

« Tout a commencé en août 2003 quand j’ai annoncé à mon mari que notre histoire était finie. Je me suis sentie coupable longtemps mais pour moi, ça n’était plus possible de poursuivre mon existence avec un homme qui ne me prodiguait aucun amour. Je venais de traverser les affres d’une chimiothérapie durant laquelle il ne m’avait ni accompagnée aux séances ni soutenue ni rien. J’étais défaite, épuisée et très inquiète, et lui se contentait de se prélasser devant la télévision pendant que j’assumais seule la charge éducative qui nous incombait. Je l’avais donc prévenu que si, à la fin de ma thérapie, rien n’avait changé, je lui demanderais de partir. Ce que j’ai fait puisque tout était demeuré tel quel et sans qu’il ne fasse montre d’aucune velléité de me démontrer un minimum d’empathie ou de sentiment. Après son départ et son installation dans un studio minuscule, il a essayé en vain qu’on se rabiboche. J’ai repoussé ses tentatives. À cette époque, il clamait qu’il ne recevrait jamais nos trois filles chez lui. Je n’accordai guère d’importance à ces dires, considérant qu’ils résultaient plus de l’émotion que de la raison. Un jugement rendu alors m’octroyait d’ailleurs la garde principale des enfants, tandis que lui les hébergerait un weekend sur deux.

Départ de l’aînée

En novembre de cette année-là, à la suite d’une altercation, notre fille aînée Axelle a décidé de s’en aller vivre chez lui. Un matin, elle a refusé de partir à l’école et, quand je suis revenue d’y avoir amené ses soeurs, elle n’était plus là. Paniquée de ne pas la voir rentrer, je suis allée trouver une amie fonctionnaire de police pour lui demander son aide. Comble d’ironie, en rentrant du commissariat, j’ai constaté que la chambre d’Axelle avait été vidée en mon absence. Ma fille était partie s’installer chez son père, sans que je n’entende vraiment quels griefs elle nourrissait à mon égard. Peu de temps après son départ, elle m’a téléphoné pour m’enjoindre de ne plus réclamer sa part contributive à son père puisqu’elle n’habitait plus avec moi. Il est difficile d’imaginer qu’elle ait eu ce genre de réflexion à quatorze ans.

Divorce

Peu de temps après, mon ex-mari rencontra une compagne. Il déménagea et nous entreprîmes les formalités d’un divorce qui ne Soucieuse de ne pas les obliger à choisir entre  se passa pas sans coups bas ni stratagèmes visant à ne plus me payer ma pension alimentaire. Mais c’est une autre histoire. Nous finîmes par divorcer et je me retrouvai donc avec la garde de mes deux plus jeunes filles tandis que lui s’occupait de l’aînée.

Dégradation

Très vite, cette situation se transforma en chancre relationnel entre les filles et moi. À chacun de leurs retours de chez leur père, elles se comportaient vis-à-vis de moi de façon de plus en plus abjecte et agressive, refusant les contacts physiques (baisers, caresses, étreintes…) sous quelque prétexte que ce soit. Leur déni de ma personne alla jusqu’à célébrer leur nouvelle belle-mère plutôt que moi-même le jour de la fête des mères, et à l’appeler maman. Bientôt, ce qui s’annonçait survint : elles me demandèrent d’aller vivre avec leur soeur, c’est-à-dire chez leur père. Bien que je comprenne la difficulté pour des soeurs à vivre séparées, j’ai refusé. Cet incident dégrada encore la relation entre les filles, leur père et moi. De leur part, ça se marqua par des violences à mon égard, des refus de s’alimenter. Elles prétendaient que chez-moi, ça puait trop, elles déchiraient mes photos, elles m’insultaient et j’en passe. C’était devenu infernal et je ne pouvais bien entendu pas compter sur l’appui de mon ex qui, lorsqu’il me les ramenait, le faisait en compagnie de sa nouvelle compagne et de ses filles à elle, le tout dans un tintamarre de tous les diables et des grossièretés en veux-tu en-voilà qu’il déversait sur moi à chaque fois qu’il me ramenait les gamines.

Expertise psychologique

Ma plus grosse erreur fut d’accepter que les filles subissent une expertise psychologique. La proposition vint de leur père qui prétendait s’inquiéter de leur bien-être. Tourmentée moi-même par la situation que je vivais avec elles, je n’y ai pas vu malice. Que du contraire, j’avais l’illusion que cela m’aiderait peut-être à y voir plus clair et à mieux gérer les difficultés que nous rencontrions. Hélas, je m’étais bien trompée. Chez le psychologue, mes filles ont décrit la vie avec moi comme minable tandis que chez leur père, qui les achetait à coups de cadeaux, de voyages à Eurodisney et cætera, elles faisaient des séjours paradisiaques. Le coup de grâce fut pour moi lorsqu’elles prétendirent qu’elles allaient se suicider si elles ne vivaient pas immédiatement chez leur père. Là, j’ai eu très peur, tout en trouvant ces déclarations parfaitement infondées.

Nouveau jugement

Sur base de ce rapport dans lequel les filles décrivaient leur malaise en long et en large, le juge a octroyé la garde exclusive des trois enfants à mon ex, me réservant une heure par semaine dans un lieu public. C’était aberrant, épouvantable et cruel. Que peut-on faire avec ses enfants dans un lieu public une heure par semaine ? Au fil du temps, nous avions de moins en moins d’événements ou d’anecdotes du quotidien auxquels nous référer. À mes questions et à l’intérêt que je leur portais, mes filles répondaient, contraintes et forcées, de manière évasive. Le reste du temps, elles demeuraient figées, comme des robots débranchés.

Combat juridique

Toutefois, si ce que je vivais avait de quoi terrasser n’importe qui, je n’ai jamais baissé les bras et me suis accrochée à la misère que le juge m’avait accordée. J’ai lutté pied à pied pour obtenir davantage de temps auprès des filles. D’une heure, je suis passée à quatre heures. J’ai ensuite obtenu un jour par weekend. Même si c’était ce pour quoi je m’étais battue, ce ne fut pas chose aisée que de les recevoir une fois par semaine alors qu’elles avaient fait des pieds et des mains pour s’en aller chez leur père. D’autant que ni lui ni sa compagne n’étaient pas disposés à maintenir ma place dans la vie des enfants. Par exemple, j’avais découvert que dans leurs journaux de classe, mes signatures avaient été systématiquement effacées. Comme si je n’existais plus.

Que peut-on faire avec ses enfants dans un lieu public une heure par semaine ?

Essoufflement

Pendant des années, j’encaissai ainsi des coups injustes de la part du père de mes filles et de sa compagne à travers les propos et les comportements des enfants. En plus de cela, mes filles me mentaient très souvent. Par exemple, j’ai appris avec retard qu’elles avaient vécu pendant des mois dans un lieu alors que je les croyais dans un autre. Un secret, d’après elles, qu’elles ne pouvaient pas me révéler. Chacune de leurs arrivées chez moi était un calvaire au cours duquel elles déballaient quantité de reproches le plus souvent liés à la procédure juridique qui avait cours entre leurs parents. Procédure dont, bien entendu, je ne les tenais pas au courant. Leurs séjours étaient bouleversants. Ils débutaient souvent par une explosion de violence comparable à celle que mon ex-mari m’infligeait. Lui qui à plus d’une reprise m’avait publiquement souhaité de « crever »… Ce type de brutalités, je les ai subies aussi de la part de mes filles. Quand je leur ai annoncé que les résultats de ma maladie étaient positifs, l’une d’elle m’a répondu : « Dommage… ». Ou lorsque d’autres fois, elles se bouchaient les oreilles et levaient les yeux au ciel quand je leur parlais. Ou qu’elles refusaient que je les embrasse sous prétexte que je puais… Ou qu’elles préféraient ne plus s’alimenter que de consommer ma cuisine qui était devenue « infecte ». Je ne reconnaissais plus les petites filles avec qui j’avais eu une relation si belle et pleine de complicité. Il y avait bien parfois des moments où elles sortaient de la prostration dans laquelle elles s’engonçaient à leur arrivée, et durant lesquels leurs rires surgissaient comme autrefois. Là, nous nous esclaffions de bon coeur toutes les trois. Je les retrouvais. Mais le lendemain, quand je les questionnais à propos de leur séjour, leurs avis étaient invariablement négatifs. De toute façon, il était presque impossible de transformer leur venue en quelque chose d’agréable lorsqu’on sait qu’il est arrivé qu’en débarquant chez moi, elles se déshabillaient dans le hall pour rendre leurs vêtements à leur père et se retrouver en petite culotte dans l’entrée… Ou lorsqu’elles me disaient être allergiques à moi… Par ailleurs, je devais fermer mes armoires à clef pour éviter qu’elles n’y fouillent et les surveiller de près pour limiter leurs dégradations : elles abîmaient mes plantes, maltraitaient le chien, se défoulaient sur les objets. En dépit d’instants heureux, leur présence générait une tension très importante. Quant à participer à leur vie scolaire, c’était malaisé. Leur journal de classe se trouvait rarement dans leurs cartables. Comme je les recevais du dimanche midi au lundi matin, je n’étais donc pas en mesure de leur faire faire leurs devoirs. Et comme je l’ai dit, c’est une fois que d’aventure elles avaient leur journal de classe avec elles que j’ai malheureusement constaté que mes signatures avaient été soit effacées soit barrées et que de nombreux messages adressés aux parents étaient gommés afin que je ne puisse pas les lire. Leurs bulletins, je ne les ai jamais vus. Et quand j’allais les conduire à l’école, en les voyant courir sur le trottoir sans un au revoir ni un baiser, j’avais l’impression de les voir s’enfuir.

La plus cruelle injustice que l’on puisse imposer à un parent : détruire son image aux yeux de ses enfants.

Autres motifs d’inquiétude

Ce qui me préoccupait aussi énormément à l’époque, indépendamment de la relation monstrueuse que nous entretenions, c’était le fait qu’elles ne bénéficiaient plus d’aucun suivi médical. Malgré leur allergie aux acariens, la médication avait été interrompue par le père dont ça semblait être le cadet des soucis. La logopède avait été arrêtée volontairement. D’un point de vue scolaire, leurs résultats étaient en chute libre. Les classes de neige auxquelles elles auraient dû participer et pour lesquelles j’avais cotisé de moitié avaient été annulées par leur père. Et il n’était pas rare qu’une connaissance me confie avoir vu mes filles seules en ville.

Perte de liens

Des jugements, il y en aura eu beaucoup. Certains soulignaient l’aliénation parentale dont mes filles étaient victimes, mais sans que cela ne soit suffisant pour que le système d’hébergement soit modifié ou que soit mis en place un processus pour les en sortir. En septembre 2007, la compagne de mon ex le quitta. Pour le coup, les filles se métamorphosèrent et recommencèrent à m’appeler « Maman ». Cela redevenait agréable de les voir. Avec leur père toutefois, la situation ne s’arrangeait guère et il continuait à saboter notre relation et à me dénigrer en permanence. Avoir recours à la police était de plus en plus difficile. Lui-même y faisait appel et inventait des histoires de toutes pièces dont l’objectif était de minimiser ou dévaluer à l’avance toutes plaintes que j’envisageais de porter contre lui. Cette année-là, brisée et moralement épuisée, j’ai cessé d’insister pour avoir les filles chez moi et leur père ne me les a plus amenées.

Faux contact

En janvier 2010, mon aînée est réapparue sur un site Internet que j’avais créé en vue de soutenir et d’aider d’autres parents victimes de l’aliénation parentale de leurs ex-conjoints. Via ce site, elle demandait à me voir et nous avons convenu d’une rencontre dans un centre commercial le samedi suivant. La rencontre se déroula très bien. Je n’ai hélas pas pu en garder un bon souvenir longtemps puisqu’une semaine plus tard, j’étais convoquée à la police où, sur base d’une déposition du père d’Axelle, j’étais accusée d’un vol avec effraction à son domicile en décembre 2009. Dans les faits, cette histoire de vol s’est avérée ridicule et rien n’a été retenu contre moi. Cependant, à nouveau, pour mes filles mon image était salie : j’étais celle que leur père considérait comme une voleuse. Autrement dit, j’étais une voleuse pour elles aussi. Et puis, cette affaire de commissariat ayant eu lieu une semaine après avoir revu ma fille, je ne peux m’empêcher de penser rétrospectivement que c’était lié.

Jamais fini, et pourtant…

Plus ou moins deux ans plus tard, j’ai revu Axelle par hasard dans une brasserie où elle travaillait. Ce fut fort plaisant de la retrouver. Pourtant, lorsque je lui demandai si je pouvais la joindre sur son gsm, elle me mentit à nouveau en prétendant ne plus avoir de téléphone. En réalité, elle n’avait même pas changé de numéro… En 2014, j’ai pris la décision d’arrêter toutes démarches et de ne plus payer la pension alimentaire des enfants, sauf si l’on m’autorisait à les revoir. À cela il m’a été répondu par tribunal interposé que je n’avais pas respecté mon droit à l’hébergement. Une aberration de plus étant donné que mon ex aurait dû m’amener les filles et qu’il ne le faisait plus. Et que les plaintes à la police, étant classées sans suite, j’avais cessé d’en porter.

Mes filles sont désormais toutes les trois majeures et nous n’avons plus de rapport. Au final, j’aurai subi la plus grande, la plus cruelle injustice et la pire abjection que l’on puisse faire à un parent : détériorer son image jusqu’à la détruire aux yeux de ses enfants. Aujourd’hui, j’ai réussi à recommencer à vivre et à me remettre plus ou moins d’aplomb mais, pour ces enfants dont la mère a été anéantie par le père, une histoire adulte s’amorce. Sur des bases peu saines… »

0023_FILIATIO_Mars_2016-016Le decryptage de Michaëla Gayack

La certitude d’un gâchis que plus rien ne peut adoucir rend la lecture de ce témoignage très douloureuse. Visiblement, cette mère a été dépassée par la méchanceté et la haine que le père des enfants lui vouait. Et bien qu’elle se soit défendue de la manière la plus appropriée qui soit, c’est-à-dire en changeant de niveau et, plutôt que de rendre les coups, en s’adressant à des interlocuteurs mandatés pour faire la lumière sur les situations de ce type, justice ne lui a pas été rendue. Au contraire, l’appareil judiciaire n’a véritablement bénéficié qu’au parent aliénant. Au travers du récit de cette personne s’exprime une multitude d’autres récits de parents qui subissent l’aliénation de leur ancien conjoint et qui finissent par être désignés par les tribunaux et leur arsenal psychojuridique comme le parent à écarter. L’heure est peut-être venue d’ausculter autrement et à travers d’autres grilles d’analyse les séances de tribunal par trop dichotomiques au cours desquelles l’un des parents serait dépeint comme un bourreau, témoignages d’enfant(s) manipulé(s) à l’appui, et l’autre comme un sauveur. Certains pays1 ont commencé, dans les cas où l’aliénation parentale est supputée, à instaurer un renversement des proportions d’hébergement, par exemple, afin d’octroyer plus de temps au parent désigné comme « mauvais » par l’enfant victime d’aliénation parentale de la part de son second parent. Cela ouvre bien sûr des expectatives incroyables en offrant une chance au parent dénigré de modifier la donne relationnelle avec son enfant.

Michaëla Gayack est psychologue et maître-praticienne en PNL. Elle intervient essentiellement dans des dossiers en rapport avec l’aliénation parentale.

Article paru dans Filiatio #23 – mars/avril 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

 

 

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Un commentaire à “Hors de leur vie”

  1. louis | 22/01/2017 à 15 h 39 min

    Mon histoire « familiale » est du copier-coller avec des TS de chantage par les enfants dont une a failli tourner au drame !.. Quelle vie pour ces enfants soldats même si il faut croire en la résilience !

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