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Il y a mieux que parfait

filiatio20-def-011Félix et Vital bénéficient d’un hébergement qu’à Filiatio l’on qualifierait volontiers de « plus qu’égalitaire ». Or, bien que la parentalité et le bien-être de leurs enfants soient restés leurs priorités après leur séparation, Béatrice et Thomas constatent aujourd’hui que des problèmes ont surgi là où ils ne les attendaient pas.

Béatrice

Le bien-être de nos enfants est un projet qui a survécu à notre séparation. Nous étions très jeunes à leur naissance et ne savions pas comment nous y prendre autrement qu’en imitant ceux que nous appelions encore, un peu par boutade, les « grandes personnes », c’est-à-dire nos parents. À force de les imiter, nous nous sommes peu à peu approprié leurs gestes.Nous sommes devenus parents avec le sérieux des enfants quand ils miment les adultes. Jusqu’à ce que la confrontation avec le réel de la parentalité nous rende mûrs et adultes à notre tour. Évidemment, mes parents n’étaient pas ceux de Thomas et nous avons souvent buté sur des divergences de vues ou de façons de faire. Néanmoins, nous avons toujours eu assez de lucidité pour savoir que nous visions le même objectif : le bien-être de Félix et de Vital. Après notre séparation, sur laquelle je ne désire pas m’attarder, cet objectif est resté inchangé. Nous nous sommes alors organisés pour pouvoir continuer à leur donner le meilleur de nous-mêmes d’une façon qui soit le plus possible en adéquation avec leurs besoins. Concrètement, ça s’est traduit par un roulement de gardes très fluctuant et que nous modifions sans cesse en fonction des activités de nos garçons. J’avoue que c’est parfois pénible mais eux ont l’air de s’y retrouver. Ils nous voient tous les jours, soit le matin soit le soir, ça peut varier au gré de leurs demandes. Par exemple, la garde du mercredi après-midi se décide souvent le matin même avec les petits. Selon leur envie, ils peuvent passer l’après-midi avec leur père ou avec moi et parfois même, quand c’est possible pour nous, chacun chez un parent différent. C’est arrivé quelquefois mais ça n’est pas une règle générale. Bien entendu, Thomas et moi, pour des raisons pratiques et de commodité personnelle, nous établissons à la semaine des plannings provisoires, qui peuvent être modifiés en cours de route. La condition sine qua non de ces planifications reste la flexibilité. Par ailleurs, il faut dire que j’ai une vie professionnelle tellement remplie – je ne m’en plains pas – que j’ai toujours du travail par-dessus la tête et que j’y consacre régulièrement une partie de mes nuits. Mon avantage en tant qu’indépendante est que je peux modifier mes plages horaires selon ma disponibilité. Finalement, les enfants ne représentent pas un obstacle à ma carrière, au contraire de bien des parents à horaires fixes et patron… Enfin c’est une autre histoire ! Le maître-mot de notre fonctionnement, c’est le dialogue. C’est ce qui rend aujourd’hui notre parentalité harmonieuse malgré le fait que nous ne sommes plus un couple amoureux. Et j’admets que ce dialogue tient davantage à des caractéristiques propres à la relation que Thomas et moi avons eue, voire à la manière dont elle s’est terminée, qu’à des qualités particulières que nous aurions et qui nous permettraient d’être mutuellement à l’écoute, tolérants, compréhensifs etc. J’ai parfois un peu honte d’avoir autant de facilité, que ça soit l’aspect financier ou parental, mais je me reprends en pensant que j’aurais énormément de culpabilité si les garçons étaient malheureux et souffraient de notre séparation au quotidien. Ce qui n’est pas le cas puisqu’ils nous voient chacun tous les jours et que nous parvenons très souvent à nous retrouver ensemble aux réunions de l’école ou à d’autres activités, qu’elles soient scolaires ou parascolaires. Et, le plus important, c’est qu’ils sont très souvent présents quand nous conversons sereinement, j’insiste sur cet adverbe, à leur sujet. L’effet pervers de notre entente, car malheureusement il y en a un, c’est que les enfants voudraient que nous partions cet été en vacances tous ensemble, c’est-à-dire eux, leur père et moi. Ils ne comprennent pas nos réticences puisque nous nous entendons si bien. Pour eux, nous formons une famille. Et le fait de nous voir chacun tous les jours, et si paisibles lorsque nous nous rencontrons, ça nous rend indissociable l’un de l’autre à leurs yeux. Ils semblent vivre notre séparation comme un agencement familial particulier et non pas comme une rupture irréversible entre leurs parents. Je crois qu’à force de prévenance et de soins, nous les avons fait entrer dans une espèce de bulle d’où ils ne perçoivent pas la réalité telle qu’elle est. Comme ça n’est pas facile à rectifier, Thomas et moi avons décidé d’entamer une thérapie en famille, au cours de laquelle nous retravaillerons tous ensemble le sens de notre séparation. Sur base de cette expérience, je conclus que faire pour un mieux ne mène pas nécessairement à la solution idéale.

Thomas

filiatio20-def-013Pour moi, avoir des enfants a toujours représenté une responsabilité dans laquelle il n’est pas possible de s’investir momentanément puis de se retirer quand les circonstances sont adverses. Aussi, quand j’ai pris la décision de me séparer de Béatrice, ça ne voulait pas dire que je désirais n’être père qu’à temps partiel. Je suis père de mon premier souffle matinal à mon dernier soupir du soir lorsque je m’enfonce sous la couette. Que les enfants se trouvent à proximité ou non, qu’ils soient chez leur maman ou chez moi. Je suis bien entendu tout à fait conscient qu’il en va de même pour elle et que, par conséquent, pour que nous nous y retrouvions tous, ça demande une organisation transparente et concertée. Évidemment, je ne blâme pas les parents qui choisissent d’autres options que les nôtres car parfois les configurations professionnelles s’avèrent être des handicaps à la parentalité. Béatrice et moi avons la chance d’exercer chacun une profession libérale ce qui nous permet d’adapter nos horaires en fonction des enfants sans que ça nous occasionne des pertes sèches de revenus. C’est un avantage dont tous les parents ne bénéficient malheureusement pas. Cela ne veut pourtant pas dire que, pour compenser notre séparation, nous ne nous montrions pas particulièrement laxistes et permissifs avec les gosses. Je suis d’avis, par exemple, que nous devrions respecter beaucoup plus les plannings que nous instaurons et surtout, ne pas leur permettre de changer de parent à la dernière minute ou presque. Parce que tout ça, c’est faisable tant qu’on vit au jour le jour, ce qui est leur tempo à eux mais pas du tout le mien. Je suis quelqu’un qui a besoin de programmer son temps, plus par bien-être personnel que par nécessité professionnelle, comme je l’ai dit. Cependant, c’est actuellement impossible et, si ce n’est pas un drame en soi vu que les enfants ont l’air d’assez bien se sentir et j’aurais même l’audace d’affirmer qu’ils sont heureux, c’est tout de même handicapant sur le long terme de ne jamais être en mesure de prévoir quoi que ce soit qui ne concernerait que moi. C’est vrai qu’avec leur maman, on est plus proche qu’auparavant, on se concerte aussi davantage et on est mutuellement moins indifférent au sort de l’autre puisque les enfants dépendent justement de l’écoute que nous nous octroyons. Mais c’est vraiment par souci de parentalité et non parce que, comme le scandait Vital il y a quelques semaines, on est « amoureux »… C’est vrai qu’il y a un mieux en comparaison de notre dernière année de vie commune. On ne se parlait même plus. On s’évitait en utilisant nos horaires ou le prétexte du surmenage comme des bulles de protection pour se repousser l’un et l’autre dans la solitude. Ça n’est plus le cas aujourd’hui et, Béatrice me traitera peut-être de mauvais coucheur en apprenant que j’ai interprété les choses comme cela, je trouve même que nous sommes beaucoup trop proches à présent. Parce que si j’additionne cette complicité à notre souplesse quant aux hébergements, ça ne permet pas aux enfants de se rendre compte que nous ne sommes plus que leurs parents et non mari et femme. Il y a donc un risque de créer un trouble dans leur tête, d’une part, et ensuite, pour ce qui est de reformer un couple chacun de notre côté, c’est pratiquement inenvisageable. Je me vois mal, si j’en avais le temps et l’espace, leur présenter une nouvelle compagne alors que leur mère, même sans habiter avec moi, est omniprésente par le simple fait qu’ils savent qu’à tout moment ils peuvent l’appeler ou me demander de les conduire chez elle. Dans mon esprit, entamer une relation dans des conditions pareilles est inconcevable. J’aurais plus l’impression d’un ménage à trois que d’amorcer un chapitre neuf de ma vie sentimentale. Comme quoi, derrière les apparences d’une séparation presque « sereine » se cachent des tourments auxquels on n’aurait jamais pensé.

Alternances Alternatives

Instaurer un mode d’hébergement des enfants après une séparation n’est pas chose aisée. Si certains parents optent d’emblée pour une formule préétablie et socialement acceptée (hébergement égalitaire, 9/5, ou hébergement principal chez la mère), d’autres prennent le risque d’élaborer et d’expérimenter des formules moins classiques, voire totalement personnelles. Filiatio a décidé de partir à la découverte de tels parents, inventeurs de nouvelles façons de vivre en ex-famille…

 

Propos recueillis par David Besschops,

Vous connaissez une famille séparée dont le mode de garde est inhabituel, original, créatif ? Contactez-nous !
Peut-être Filiatio partira-t-il à la rencontre de cette famille pour un prochain article « Alternances alternatives ».

Article paru dans Filiatio #20 – septembre/octobre 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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