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Il y a quelqu’un à l’appareil

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Le déploiement des technologies de la communication a fait fantasmer beaucoup d’esprits dans les années ‘60. On entrevoyait l’avènement d’un « village planétaire », capable de refonder l’humanité en une vaste communauté pacifiée vivant au même rythme et partageant la même langue, les mêmes valeurs, les mêmes préoccupations. Cinquante ans plus tard, le monde ressemble effectivement à un village… mais ce sont toujours des humains qui l’habitent !

Aujourd’hui, le fantasme du village global est devenu réalité. Pour s’échanger les dernières nouvelles, les internautes d’aujourd’hui clavardent sur facebook ou se connectent sur un forum de discussion comme les villageois-es d’hier traversaient la rue ou allaient au café du coin. Mais ce village technologique planétaire provoque aussi des désillusions. S’il montre certaines des qualités des villages de nos ancêtres (proximité, solidarité), il en possède aussi tous les défauts ! Réel ou virtuel, le village est un petit monde où l’anonymat est impossible, et le contrôle social permanent. Aujourd’hui, la moindre action peut être enregistrée instantanément et aussitôt racontée partout : c’est comme s’il y avait de nouveau des voisins planqués derrière leur rideau à longueur de journée pour surveiller ce qui se passe dans la rue…

Quand ces défauts font des dégâts, on montre les outils de communication du doigt : ce seraient eux, les responsables. On accuse Facebook d’encourager l’impudeur et le harcèlement, on reproche aux forums de discussion de permettre l’expression d’opinions inacceptables, et on déteste ce smartphone qui n’arrête pas de bruiter, au point d’empêcher toute conversation digne de ce nom. C’est oublier un peu facilement que ces outils ne sont que des objets et programmes informatiques, qui obéissent aux ordres qu’on leur a donnés. Des deux côtés de l’écran se trouvent des humains… dont la psychologie a peu évolué depuis des siècles. L’ex-mari infidèle qui affiche ses conquêtes amoureuses sur facebook aujourd’hui les aurait sans doute pareillement affichées à la foire du village hier. La mère qui espionne le smartphone de son fils adolescent en 2015 est la digne héritière de celle qui ouvrait le courrier et fouillait la chambre du sien en 1965. Et l’enfant qui attend fiévreusement un coup de fil au 21e siècle n’est en rien différent de celui qui guettait le facteur durant des heures au 19e.

Les technologies de la communication posent-elles des problèmes particuliers aux familles quand elles sont dissociées ? Les informations collectées par Filiatio dans le cadre de ce dossier mènent vers des considérations plus globales. En ce qui concerne la communication de parent à parent, c’est la question du partenariat éducatif qui se réinvite au centre du propos, la question technologique se révélant passablement secondaire. Le téléphone et l’ordinateur démultiplient bien sûr les possibilités de communiquer, chaque outil disponible montrant des avantages et des inconvénients – et l’on a vu qu’il est possible d’apprivoiser cette diversité pour optimiser les échanges. Mais d’après nos observations, c’est la qualité de la relation des ex-conjoints qui explique la qualité de leurs échanges téléphoniques et électroniques, et non l’inverse…

Quant aux relations parents-enfants, elles s’entretiennent elles aussi à travers différents canaux, éventuellement quotidiennement, ce qui constitue un progrès indéniable par rapport au « dimanche au parc avec papa » des années ‘80. Mais que les retrouvailles prennent la forme d’une rencontre hebdomadaire en face-à-face ou d’un rendez-vous quotidien sur Skype, elles sont, avant toute chose, une histoire de relations affectives, chargées en émotions complexes : l’absence du parent ou de l’enfant aimé crée du manque, donc les petits rituels sécuri-sent, les promesses non-tenues font mal, les moments de rencontre longuement imaginés peuvent décevoir, les rencontres-surprise mettent en joie (souvent… mais pas toujours). Et surtout : l’autre, pourtant si familier, est toujours un peu « autre » quand on le retrouve après l’avoir quitté…

Céline Lambeau

Lire la suite du dossier: Le Téléphone pleure… ?  

Article paru dans Filiatio #18 – mars/avril 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

 

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