Home » Actualités » In-familles

In-familles

filiatio_12-033Que devient Noël quand la famille a du plomb dans l’aile ? Plusieurs mères célibataires nous ont raconté leur expérience. Elles ont toutes 30 à 40 ans, et un enfant de 6 ans. Amies, elles se retrouvent à la sortie de l’école le matin pour se confier soucis et anecdotes.

L’enfant d’hier…

Christelle a un fils, qui vit en hébergement égalitaire. « De Noël, je n’ai que des souvenirs tristes. Mes parents étaient séparés, mon père totalement absent – je n’ai aucun souvenir de lui à quelque fête que ce soit. À Noël, on allait à la mer avec ma mère et mon frère. On recevait un seul cadeau utilitaire, par exemple un pyjama, parce qu’on avait peu de moyens. Il y avait le film de Noël, on se faisant un petit repas. Et on se disputait – forcément, à trois dans un petit studio, quand tu ne sors presque pas tellement il fait froid… Mais c’était triste, juste nous trois, comme ça – il n’y a personne à la mer, en décembre ! La plage est déserte, le vent souffle, il fait glacial… Aujourd’hui, un an sur deux je fête Noël seule avec ma mère, et un an sur deux il y aussi mon frère. Mais maintenant, il y a aussi les enfants, alors c’est un peu plus gai ».

Marie vit seule avec son fils, que le papa reçoit deux ou trois WE par mois. Les deux dernières années, elle a passé le réveillon en tête en tête avec le petit garçon, âgé alors de 3-4 ans. « C’était horrible. Une solitude pareille, ce soir-là… » – Marie s’interrompt, les larmes aux yeux… le contraste avec les réveillons de son enfance est trop douloureux. Elle est la benjamine d’une famille nombreuse, qui a fêté Noël jusqu’à ses 16-17 ans. Pas toujours dans la paix, il est vrai : avec les années, les conflits se sont multipliés. Puis une vague de décès a frappé – dont ceux d’un de ses frères, acteur principal de ces conflits, et de sa mère. « Et quand ma mère est décédée, ça été fini. On n’a plus jamais eu la moindre fête de famille après. C’était elle qui réunissait tout le monde, et personne n’a pris le relais ».

Gwen est la maman d’une fillette qui passe un WE sur deux chez son père… quand celui-ci est en couple. Le Noël tout moche, elle connaît : à l’âge d’onze ans, au réveillon, elle a subi une fellation… cadeau d’un cousin de 16 ans du côté paternel. Mais elle s’attarde plutôt sur un réveillon plus récent, passé à la maison avec sa fille encore toute petite et le papa. « Un soir de Noël à manger des hamburgers avec un homme que tu n’aimes pas et un bébé qui dort… plus jamais. Maintenant, une année sur deux on va chez ma mère. L’autre année, j’attends de voir si je serai invitée dans la famille de mon père… et c’est toujours l’angoisse, de me demander si je serai invitée ou non dans cette famille… de savoir si j’en ai une. Si même le soir de Noël, tu n’es pas invité, alors ça veut vraiment dire que tu n’as pas de famille… ».

… prend parfois soin de l’enfant d’aujourd’hui…

Chaque année, c’est celui des deux foyers qui lui offrira un « beau » Noël, plein de gens, de lumières et de cadeaux que ces mamans séparées favorisent pour leur enfant. Ce faisant, elles prennent le risque de la solitude : cette année, les enfants de Marie et de Gwen seront chez les papas, où la tablée sera nombreuse… mais elles-mêmes ne savent pas encore où et avec qui elles passeront le réveillon. Sourire contraint, à ce constat – livrant de l’anxiété, un éclair de résignation… mêlés peut-être d’une forme de confiance brute. Comme si elles savaient d’avance qu’une invitation jaillira, serait-ce au dernier moment ?

… et les communautés prennent soin des individus

Il est vrai qu’à l’occasion de la plus longue nuit d’hiver, la société tout entière s’accorde à trouver l’isolement intolérable et multiplie les solutions. Restos du coeur, mouvements de jeunesse, ASBL se mettent en quatre pour éliminer les solitudes subies; divers sites web proposent des solutions anti-déprime; et dans les tribus où règne le Noël d’Épinal, il est de tradition d’ouvrir le cercle aux esseulés. Une de nos rédactrices nous rapportait ainsi qu’une joyeuse famille de sa connaissance accueille un ou des invités chaque année : voisine âgée, étudiant expatrié, parent solo. L’invitation se fait incidemment – « T’es tout seul à Noël ? Viens chez nous ! Plus on est de fous… » et le reste de la famille est prévenu tout aussi incidemment – « au fait, j’ai invité un pote pour Noël, sinon il était tout seul – c’est ok ? ». Acquiescement général, sans autre commentaire. C’est l’évidence même : c’est Noël !

Le geste n’est-il pas joli ? Non, c’est hypocrite ! disent certains – car c’est toute l’année qu’il faudrait s’occuper des personnes seules ! Non, c’est stigmatisant ! clament d’autres, pour qui il faut cesser de diaboliser la solitude, sous peine d’augmenter son pouvoir dépressiogène. Non, c’est artificiel ! dénoncent d’autres encore : il faut arrêter de s’imposer des liens forcés et des conversations ennuyeuses avec des inconnus ! Les opinions et injonctions contradictoires fusent, des dents grincent… Mais que serait une société qui ne ferait plus cet effort annuel de comptage des vivants avant l’année nouvelle ?

Lire la suite du dossier préparé par Céline Lambeau avec la collaboration d’Alexandra Coenraets et les illustrations d’Aline Rolis: Noël sous tension.

Article paru dans Filiatio n°12 – janvier / février 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

Je commente (0) Commenter | Je partagePartager sur facebook | Je tweeteTweeter cet article

Laisser un commentaire

* Ces champs sont obligatoires
** Vous pouvez utiliser certaines balises html