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Interview de Marije Cornelissen

La voix des pères doit être entendue.

Marije Cornelissen, eurodéputée néerlandaise, élue d’un parti écologiste, 

revient sur la création de la Plateforme des Pères. Une nécessité, selon elle.

Filiatio : Comment vous est venue l’idée de la création de cette plateforme ?

Marije Cornelissen : L’un de mes thèmes de travail au Parlement Européen est une durée minimum européenne de congé de paternité. Par exemple, aux Pays-Bas, les pères ont uniquement deux jours de congé à la naissance de leur enfant. Cela ne leur laisse pas le temps de s’impliquer vraiment dans les soins à leur enfant. Il m’est apparu évident que les pères manquaient de soutien au niveau européen. Plusieurs pays abritent des organisations qui défendent les droits des pères, mais sans représentation à l’échelle européenne. Avec l’association néerlandaise “Father Knowledge Center”, nous avons contacté différentes organisations nationales. Le besoin d’une organisation ombrelle européenne pour les pères s’est clairement révélé.

F. : Vous êtes active au sein du Comité Droits des Femmes et Égalité de Genre au Parlement Européen. Avez-vous rencontré des obstacles politiques dans votre projet ?

M.C. : La plupart des réactions à la création de la Plateforme des Pères furent très positives. Dans quelques cas seulement, j’ai dû expliquer que défendre les pères n’était en rien conflictuel avec les droits des mères. Il y va de l’intérêt des femmes que les pères puissent partager avec elles les responsabilités de l’éducation de leurs enfants.

F. : L’égalité parentale, c’est un sujet de genre et un sujet de société. Or la plupart des organisations qui composent la PEF se déclarent « masculines» ou « paternelles ». Pourquoi avoir fait le choix de créer une plateforme des pères, et non pas une plateforme des parents ?

M. C. : Je dois mentionner que la Plateforme des Pères est une organisation indépendante. J’en ai soutenu la création, mais la PEF est politiquement indépendante. La PEF représente les organisations nationales de pères, de soutien à la paternité et d’égalité parentale. L’égalité parentale est une priorité dans l’agenda de la PEF, et en particulier la promotion de politiques incluant les pères. Le rôle des pères est, malheureusement, souvent laissé de côté par les politiques. Je crois qu’il est important que leur voix soit entendue.

F. : Que répondez-vous à ceux qui pensent que les efforts des pères sont égoïstes, dans le sens où les enfants auraient surtout besoin de leur mère ?

M. C. : Je ne suis pas du tout d’accord avec cet argument. Les parents sont tous les deux responsables du soin à apporter à leur enfant. Il est dans l’intérêt de l’enfant qu’un parent responsable et aimant s’occupe de lui. Que ce soit une famille traditionnelle, un père, une mère, deux mères ou deux pères n’a pas d’importance.

F. : Aujourd’hui, on a l’impression que les « nouveaux pères » sont arrivés à égalité avec les mères. Par exemple, en Belgique, la garde alternée est considérée selon la loi comme la solution de garde à privilégier. Qu’en pensez-vous ?

M.C. : C’est l’un des thèmes de l’agenda de la PEF. Alors que la situation est réellement en train de s’améliorer, des pères, à travers toute l’Europe, sont toujours confrontés à des difficultés lorsqu’il s’agit de partager la garde après un divorce ou une séparation. La PEF permet aux pères européens d’échanger des informations sur ce sujet. C’est particulièrement important pour les pères non mariés et pour les parents qui vivent dans des pays différents.

F. : Si vous deviez identifier trois actions prioritaires pour arriver à l’égalité parentale, quelles seraient-elles ?

M.C. : Tout d’abord, les deux parents doivent avoir la possibilité de combiner le soin apporté à leurs enfants avec leur travail. C’est la raison pour laquelle le congé de paternité et le congé de maternité sont mes priorités. Une recherche a récemment démontré que le congé de paternité amène les pères à s’impliquer davantage dans les activités de soin à leur enfant pendant les premières années après la naissance. Ce partage des responsabilités donne aux femmes plus de temps pour travailler, ce qui a des avantages financiers pour les ménages. Des congés de paternité et de maternité généreux auront également d’autres avantages. Cela réduira la différence entre les hommes et les femmes dans la prise en charge et le soin (« care gap » en anglais, ndlr). Cela permettra également aux femmes de s’élever à des positions de prise de décision. Et cela répondra à l’un des besoins humains fondamentaux : rester le plus près possible de ceux qu’on aime lorsqu’ils en ont besoin. Beaucoup d’attention est portée aux différences hommes-femmes en matière de salaire (« the so called gender pay gap ») : à travail égal, les femmes sont toujours moins payées que les hommes. Mais je voudrais mettre la différence hommes-femmes dans la prise en charge des enfants au même niveau de l’agenda : les hommes s’occupent moins de leurs enfants que les femmes. Je voudrais que hommes et les femmes européen(ne)s aient le droit de travailler à mi-temps. Cela permettrait aux hommes, en particulier s’ils ont des employeurs peu convaincus ou conservateurs, de passer plus de temps à s’occuper de leurs enfants – et pour les enfants, il y a également des avantages. Par exemple, les hommes devraient également profiter du droit à utiliser les crèches et garderies de la compagnie pour laquelle ils travaillent.

Article paru dans Filiatio n°1 (octobre 2011)

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