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Interview de Nadine Plateau

Article paru dans Filiatio n°1 (octobre 2011)

On ne traite pas une fille comme un garçon.

Rencontre avec Nadine Plateau, présidente de la Commission Enseignement
du Conseil des Femmes Francophones de Belgique.

Filiatio : Est-ce que le genre (compris comme une relation de pouvoir entre les sexes) influence nos comportements en matière de soin et d’éducation des enfants ?

Nadine Plateau : Cela dépend de ce qu’on donne comme sens au mot genre. On peut reprendre ici votre définition de « rapport entre les sexes » caractérisé par des relations de pouvoir. Ce rapport-là est une construction sociale. Il y a une même logique de re-production de la hiérarchie des sexes qui traverse tous les champs de notre société: le milieu familial, le marché du travail, la culture, le monde politique et également le milieu de l’éducation. Que ce soit au sein de la famille, dans les crèches ou à l’école, la socialisation s’effectue en grande partie (et le plus souvent à l’insu des personnes concernées) conformément aux représentations traditionnelles concernant les sexes. Concrètement, ce qui pose problème, ce ne sont pas les différences, mais les inégalités, entre autres celles qui sont produites par le traitement différencié en fonction du sexe parce que ce traitement a des conséquences sur les trajectoires des enfants. Quand on est parent(e), éducatrice, éducateur ou enseignant(e), on a des idées, des jugements, des attentes différentes pour les filles et les garçons à cause de représentations stéréotypées complètement intériorisées. A condition d’en être conscient(e), on pourra lutter contre ce processus de différenciation et développer toutes les potentialités des enfants. Par exemple en encourageant les petites filles à explorer l’espace et les petits garçons à exprimer leurs sentiments. Sinon on enfonce le clou ! Et on renforce les rôles traditionnels qui non seulement mutilent les enfants mais conduisent à des inégalités entre eux. La question du genre doit donc absolument être prise en compte dans le soin et l’éducation des enfants.

F : Est-ce que le genre influence les politiques familiales ?

N.P. : On est ici dans un autre registre : la politique, c’est-à-dire les mesures prises par des gens élus à partir de leur conception de ce qu’est ou devrait être la famille. Ce sont des politiques « genrées » : d’une part, elles portent la marque de la socialisation des gens qui la font, d’autres part elles ont des effets sur les familles par exemple en encourageant ou décourageant la natalité.

Au niveau fédéral, il existe une politique de « gender mainstreaming » afin d’intégrer de manière transversale la question de l’égalité homme/femme. Cela signifie qu’avant de prendre une mesure, on essaie d’en anticiper les effets sur l’égalité homme/femme. Par exemple, dans le cas de l’aide ménagère aux personnes âgées, on s’est aperçu que davantage d’hommes que de femmes bénéficiaient de ces services (à âge et handicap égaux), simplement parce que les hommes ne savaient pas faire le ménage tout seuls ! Prenons la question du divorce : on a égalisé la situation hommes/femmes et on tend à limiter les pensions alimentaires comme si les deux sexes étaient symétriques. Mais, les femmes n’ont pas les mêmes carrières ni les mêmes ressources que les hommes et cela est dû en partie au fait qu’elles ont donné la priorité à leur compagnon et/ou à leurs enfants. Les organisations féministes critiquent les politiques qui ne tiennent pas compte du fait que les hommes et les femmes ne sont pas à égalité réelle sur le marché du travail et qu’ils et elles ne partagent pas également les tâches ménagères et familiales. Le « gender mainstreaming » pourrait corriger ces inégalités.

F : Est-ce que les hommes, les pères, peuvent être aussi victimes de discriminations de genre ?

N.P. : Oui, on pense à l’attitude de certains juges qui donnent plus souvent la garde des enfants aux mamans, ce qui relève d’une conception traditionnelle de la paternité et de la maternité. Mais il faut savoir que dès que des législations se mettent en place pour combattre les inégalités qui touchent majoritairement les femmes, il y a des hommes qui portent plainte. A l’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes, pour les 7 premiers mois de 2011, 6 plaintes pour sexisme ont été déposées par les hommes pour 24 déposées par des femmes, donc un sixième du total des plaintes.

Voir ici le dossier de la commission qui traite du traitement différencié des enfants dans le système éducatif belge : http://www.cffb.be/images/stories/dossier%20egalite.pdf

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