Home » Actualités » La communication stratégique

La communication stratégique

filiatio18-036Communiquer avec l’autre parent de ses enfants après une séparation très conflictuelle peut être difficile. Une maman divorcée nous raconte comment elle a renoncé à la sincérité avec son ex-mari, au profit d’une véritable stratégie communicationnelle destinée à obtenir les liens les moins conflictuels possibles.

« Après une séparation brutale que rien n’annonçait, je suis devenue une « ex » apparemment infréquentable pour l’homme que j’avais épousé : du jour où il a quitté notre appartement pour une autre femme, sa famille s’est mise à me détester ouvertement, et je n’ai plus eu un seul échange normal avec lui.

J’ai d’abord eu droit au Grand Silence : aucune réponse à mes appels, à mes sms, à mes emails, à mes demandes orales et écrites de dialogue. Le black-out total. Être niée à ce point a été extrêmement violent pour moi, car mon rapport aux autres passe essentiellement par la parole. Dans ce silence glacial, j’étais absolument désarmée, complètement impuissante. Et terrifiée.

La deuxième étape de notre séparation a démarré quelques mois plus tard par une réunion de conciliation avec des avocats, qui a très vite tourné au dossier pourri, avec accusations insensées, mensonges, paranoïa et menaces voilées. Fini le Grand Silence, on était de nouveau dans le langage… Mais c’était un langage judiciaire ! Moitié jargon, moitié déformation grave de faits anodins, il instaurait un « dialogue » tout à fait artificiel, parce que très indirect, très différé. Durant cette deuxième période, je n’ai pas échangé dix mots d’affilée avec mon mari – il ne me donnait même pas de nouvelles de nos enfants durant leurs séjours chez lui – mais je recevais régulièrement en pleine figure un email de mon avocat, contenant en pièce jointe un courrier méprisant et accusateur de la « partie adverse ». Ouvrir ma mes- sagerie est devenu une véritable épreuve, j’en avais des sueurs froides.

Nos avocats ont cependant fini par comprendre que la mère aliénante décrite par mon ex-mari n’existait que dans la tête de ce dernier, et ils ont accueilli avec soulagement ma demande d’entrer en médiation familiale. Cette médiation a ouvert la troisième période de notre communication post-conjugale : le retour des échanges en face-à-face. Nous avons eu des séances très dures, d’autres très apaisées, et les choses se sont progressivement améliorées. Les canaux de communication se sont réouverts – mais nous n’avons jamais réinstauré un dialogue normal. Au contraire : durant ces années de médiation, j’ai progressivement renoncé à la franchise, à la confiance, à la spontanéité, à la transparence, pour apprendre à « fonctionner » avec le nouvel homme qu’est devenu mon mari, en exploitant les forces et les faiblesses de chaque outil de communication. J’ai découvert la différence entre un échange oral sans témoin et un email qui peut être imprimé pour prouver que l’autre ment. J’ai compris avec qui employer le sms, l’appel téléphonique, le mail « avec copie à… ». J’ai appris à repérer le moment où je dois faire intervenir un tiers, et comment parler à ce tiers pour qu’il ne croie pas mon ex sur parole quand il m’accuse de ceci ou cela. J’ai identifié les mots à ne pas employer, les critiques justifiées à garder sous silence pour éviter les flambées de délire. J’ai exercé ma capacité à surjouer un ton colérique, froid, sincère, humoristique en fonction de mes objectifs. Et j’en passe.

J’ai donc appris à communiquer « stratégiquement » plutôt que « sincèrement » avec mon ex, avec ses proches et avec les différents intervenants susceptibles de nous entourer. J’en souffre car j’ai le sentiment d’être devenue fausse, voire manipulatrice… Mais ce contrôle de nos échanges semble efficace : aujourd’hui, nos relations sont polies, voire amicales, et nos enfants passent facilement d’une maison à l’autre, ce qui était loin d’être gagné d’avance. Mais je ne sais pas si notre conflit est résolument éteint ou simplement endormi. Je reste donc sur mes gardes, vigilante. Prête à re- dégainer ma communication stratégique pour que nos enfants puissent continuer à grandir avec deux parents… ».

Témoignage de Pascale V. recueillis par Céline Lambeau

Lire la suite du dossier: Le Téléphone pleure… ?  

Article paru dans Filiatio #18 – mars/avril 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

Je commente (0) Commenter | Je partagePartager sur facebook | Je tweeteTweeter cet article

Laisser un commentaire

* Ces champs sont obligatoires
** Vous pouvez utiliser certaines balises html