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La fessée érotique : Un phénomène qui suscite de l’engouement

filiatio_13-055En regard du dossier « Pleins feux sur la fessée », Nathalie offre en la matière un contrepoint sexologique aussi nécessaire que surprenant. La facette qu’elle explore et l’éclairage qu’elle diffuse soulignent une nouvelle fois, si besoin en était, la nécessité de mettre un terme à cette pratique inscrite dans le flou éducatif et dans la banalité de la répétition.

En 2013, l’institut de sondage IFOP révélait qu’une femme sur quatre avait déjà été fessée par son partenaire lors de relations sexuelles (24 % de répondantes contre 8 % en 1985), et la société « Fun Factory », vendeuse de sextoys en Europe, signalait une hausse de 300 % des achats de « tapettes à fesses » en France. Même si cette pratique n’est pas neuve (le Kâma-Sûtra l’évoquait déjà), elle semble faire de plus en plus d’émules. Le succès planétaire de « 50 nuances de Grey » a probablement joué un rôle important dans la banalisation de moeurs qui jusqu’ici paraissaient réservés à une frange minoritaire de la population.

Des sites internet (purement pornographiques ou non) aux manuels de conseils (comme le petit livre « Osez… la fessée » vendu au grand public), la flagellomanie est érigée en Art et quitte le champ de la perversion pour entrer dans celui des pratiques amoureuses de Monsieur et Madame Toulemonde afin de mettre du piment, du jeu et de la complicité dans leurs ébats.

Comment et pourquoi un acte au départ punitif, douloureux et humiliant peut-il être un plaisir sexuel et physiquement ressenti ?

Les fesses, du fait de leur proximité avec les organes génitaux et l’anus constituent des parties du corps très érogènes et très excitantes. Italo Baccardi, auteur de « Osez… la fessée » écrit que la fessée « active une partie du corps riche en zones érogènes. L’anus en est la plus évidente, car la plus proche. De plus, les coups portés irradiant vers le ventre stimulent également, par les vibrations impulsées, le clitoris ou le pénis. Selon les cas, la fessée provoque très rapidement une excitation sexuelle troublante. »

Nul ne peut d’ailleurs contester la charge érotique attribuée à cette partie de l’anatomie humaine, ainsi que la place que nous leur accordons au sein de notre intimité et de notre pudeur. Les exposer dans toute leur nudité en public ou toucher les fesses d’une femme sans son consentement dans un métro par exemple sont considérés comme des atteintes à la pudeur et sont punissables. On comprend mieux dès lors l’acharnement actuel à vouloir bannir le recours à la fessée sur les enfants car il est évident que celle-ci constitue une violation de leur intégrité, l’intrusion d’une région sexuelle et intime du corps et que cette pratique se rapproche donc d’un délit à caractère sexuel.

Et la douleur ?

Certains adultes ayant subi des châtiments corporels durant leur enfance apprennent à convertir la douleur en plaisir en l’érotisant et ne cesseront de la rechercher dans leur vie pour sa valeur érogène. D’ailleurs, Jean-Jacques Rousseau dans ses « Confessions » n’hésite pas à raconter comment, lorsqu’il était enfant, les fessées reçues de sa gouvernante lui ont procuré du plaisir, alimenté ses fantasmes érotiques et guidé sa vie sexuelle d’adulte : « car j’avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m’avait laissé plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef par la même main. … Qui croirait que ce châtiment d’enfant, reçu à huit ans par la main d’une fille de trente, a décidé de mes goûts, de mes désirs, de mes passions, de moi pour le reste de ma vie, et cela précisément dans le sens contraire à ce qui devait s’ensuivre naturellement ».

D’autres personnes ayant reçu des messages parentaux culpabilisant sur une sexualité « sale » et « honteuse » ne peuvent s’octroyer le droit de jouir que s’ils subissent un châtiment douloureux et une humiliation dans une position de passivité. Mais en général, les couples qui pratiquent la fessée font « comme si », et la douleur n’est pas réellement recherchée pour elle-même. Le plaisir vient plutôt du contexte, de la mise en situation, du rapport de pouvoir.

Un plaisir de domination-soumission…

La fessée place la personne qui la reçoit dans une position physique de soumission (ne pouvant plus se mouvoir à sa guise) et d’humiliation (surtout si elle est déculottée), dévoilant ses parties intimes quand elle est penchée en avant et l’exposant à la merci du flagellant qui peut donc, s’il le souhaite, dériver vers la zone génitale et abuser sexuellement de sa victime. Cette éventualité peut provoquer de la honte, de la peur et de l’humiliation lorsqu’elle est utilisée en tant que châtiment mais, dans le cadre d’une relation amoureuse, lors de jeux sexuels consentis, complices et respectueux, elle peut se révéler excitante.

filiatio_13-057Une punition… excitante !

Le danger vient quand cet exercice devient l’exclusif moyen de parvenir au plaisir et constitue le seul mode excitatoire de la personne.

Il est fréquent que la sexualité s’appuie sur un rapport de pouvoir qui l’érotise davantage. D’ailleurs, le sondage IFOP montrait également que 6 femmes sur 10 étaient disposées à s’ébattre en étant dominées ou dominantes. Pas dans la vie courante bien sûr, mais dans une relation de respect, de confiance, de complicité ludique.

Être dominée (car il s’agit souvent des femmes) permet de se dédouaner, de lâcher prise (ce n’est pas moi, c’est l’autre), d’exprimer des désirs et du plaisir inhibés, d’avoir une sexualité plus sauvage sans culpabiliser, sans avoir peur du jugement moral de la société.

Il y a aussi des hommes qui fantasment à l’idée d’être fustigés mais qui, craignant que ce désir ne semble trop féminin, se placent alors dans la position du fesseur pour ressentir l’excitation et le plaisir en s’identifiant à leur victime. Dominer pour certains hommes peut être également un moyen de confirmer une virilité dont ils doutent et de se rassurer ainsi sur leur orientation sexuelle.

Enfin, devenir châtieur à son tour quand on a subi des sévices durant l’enfance permet de transcender le traumatisme en inversant les rôles.

Entre perversion et curiosité sexuelle

Les couples qui choisissent d’inclure la fessée (pratique souvent associée au sadomasochisme) dans leurs jeux sexuels ne sont pas forcément pervers si cela relève d’une sexualité ludique et curieuse entre adultes consentants.

Le danger vient quand cet exercice devient l’exclusif moyen de parvenir au plaisir et constitue le seul mode excitatoire de la personne qui se retrouve alors prisonnière d’un imaginaire érotique restreint. Les mises en scène élaborées par certains adeptes du flagellantisme, accessoires et accoutrements qui y sont associés (petite culotte (blanche de préférence), couettes et accessoires de petite fille dans les cheveux, socquettes ou uniforme d’écolière, rapport professeur-élève ou père (mère)-enfant) laissent perplexes. Les scénarios érotiques, tout en nourrissant l’imaginaire et en stimulant le désir, permettent aussi l’expression de désirs inconscients, la transgression de certains interdits ou de projections inconscientes sur le partenaire découlant de situations traumatisantes vécues lors de l’enfance.

Cependant, si les fantasmes érotiques sont le fruit d’une histoire personnelle, il n’est cependant pas nécessaire d’avoir été fessé dans l’enfance pour en avoir le désir à l’âge adulte. On peut être également influencé par la culture au travers des romans, récits de vie, images érotiques, films, etc.

L’avis de la sexologue

La sexualité peut être amoureuse, tendre, fusionnelle, douce, mais aussi bestiale, pulsionnelle, ludique… Encore aujourd’hui, les gens font la distinction entre « faire l’amour » et « baiser ». Le premier n’étant pas réservé qu’aux couples amoureux qui peuvent (selon les contextes, les désirs de chacun, l’état d’esprit dans lequel ils se trouvent, le moment du coït, et cætera) aussi s’adonner à une sexualité plus animale.

Les fantasmes augmentent le désir et l’excitation sexuelle nécessaires à l’accomplissement de l’acte sexuel. Certains passent à l’acte en les scénarisant, sous forme de jeux.

On ne peut juger des rêves érotiques des gens car ils sont propres à chacun et résultent d’une histoire personnelle, d’une culture, de conflits inconscients, parois de traumatismes vécus dans l’enfance qui se rejouent dans la sexualité. Pour certains, la réalisation de leurs fantasmes devient un moyen de contrôler des pulsions, d’évacuer une pression, de s’exprimer à travers la sexualité et de trouver ainsi un équilibre psychique. Le danger vient quand un fantasme devient récurrent et exclusif pour parvenir au plaisir. Un homme qui ne parvient à faire l’amour à sa femme que si elle se déguise en petite fille et qui doit la fesser à chaque fois risque d’en souffrir…ainsi que sa partenaire.

D’où l’importance de la communication au sein du couple, d’une bonne dose de complicité, de respect mais aussi de curiosité, de créativité et de jeux. Car la relation sexuelle est d’abord une interaction entre deux individus avec chacun leur vécu, leur univers, leurs désirs et leurs limites et il est nécessaire d’en tenir compte.

POUR ALLER PLUS LOIN

❱❱ Jacques Serguine, L’éloge de la fessée, Gallimard, 1973

❱❱ Jean Feixas, Histoire de la fessée, de la sévère à la voluptueuse, éd. Gawsewitch, 2010

❱❱ Italo Baccardi, Osez… la fessée, Guide, éd. La Mussardine, 2005

❱❱ Milo Mannara (dessinateur) et Jean-Pierre Enard (scénariste), L’art de la fessée, Bande dessinée, éd « Vents d’Ouest », 2001

❱❱ Luce, La fessée, chanson 2011

Nathalie Mayor

Article paru dans Filiatio #13 / mars – avril 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

 

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