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La France pour tous ?

La France est coupée en deux. D’un côté, les groupes et les individus favorables au projet de loi gouvernemental visant à ouvrir le mariage et l’adoption aux couples homosexuels, et qui sera présenté à l’Assemblée Nationale le 29 janvier ; de l’autre, les opposants et parmi eux, un certain nombre de députés de la droite ainsi que des responsables des trois religions majoritaires… mais pas l’ensemble de leurs fidèles ! « Jésus n’est pas vraiment né dans une famille ‘normale’… », s’insurgent des centaines de croyants, pasteurs, prêtres et théologiens dans un appel relayé par la presse nationale. Les enjeux de la loi dite « mariage pour tous » dépassent la question de l’union légale des couples homosexuels. La parentalité et la filiation sont au coeur des débats. « Si nous parlons aujourd’hui d’instituer un mariage pour tous, c’est avant tout parce que notre représentation collective de l’homosexualité a changé et que nous refusons de l’assimiler à un péché ou une pathologie. Mais c’est aussi parce que le mariage lui-même a évolué très profondément. La présomption de paternité n’est plus ce qu’elle était, et je crois profondément qu’elle n’est plus ‘ le coeur du mariage ’. Voilà pourquoi ce dernier n’est plus pour nous par définition l’union d’un homme et d’une femme… », décrypte la sociologue Irène Théry, favorable au projet de loi (Le Nouvel Obs, 4 novembre 2012). Lors des discussions préalables, il était logiquement également question d’inclure dans le dispositif législatif l’accès des couples de lesbiennes à la Procréation Médicalement Assistée (« PMA », accessible en France aux femmes célibataires ainsi qu’aux couples hétérosexuels), mais le gouvernement semble faire marche arrière et a retiré la PMA du projet de loi le 7 novembre dernier. Autre point saillant : l’accès à la parentalité des couples gays par l’autorisation des « mères porteuses » ou « Gestation pour Autrui » (GPA). Une partie des défenseurs du projet de loi soutiennent le principe, mais de nombreuses organisations féministes, lesbiennes ainsi que le Planning familial s’y opposent : « la GPA donne la possibilité aux hommes de disposer du corps des femmes pour satisfaire un ‘droit à l’enfant’ que nous récusons », expliquent-elles dans une Tribune (le Monde, 11 décembre 2012). En bref : « autant [le projet de loi] est cohérent en matière de couple, autant il paraît hésitant, contradictoire, incertain et au bout du compte illisible en matière de filiation », déplore Irène Théry. On pourrait souhaiter que les Français s’inspirent du modèle belge en la matière, mais l’auditoire était quasiment désert lorsque Philippe Mahoux, sénateur belge et l’un des artisans de la loi sur le mariage homosexuel, est venu présenter aux députés français le bilan de dix ans de réforme (le Soir, 13 décembre 2012). Un débat à suivre dans Filiatio, avec des oreilles pour tous.

Sabine Panet

Article paru dans Filiatio #8 – janvier 2013, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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