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La garde partagée, un modèle standard?


La fondation française Terra Nova, dans son rapport sur les inégalités hommes-femmes, recommande de faire de la garde partagée le modèle standard en cas de séparation des parents. Quel rapport avec l’égalité hommes-femmes ?

 

 

 Implication des hommes

« Proposition numéro 44 : faire de la garde partagée le modèle standard en cas de séparation des parents. La dérogation à ce modèle devra être justifiée de manière objective. ».

Si le rapport final du groupe de travail de la très sérieuse fondation Terra Nova aboutit à cette recommandation, c’est parce que ses auteurs considèrent que la garde partagée est un outil en faveur de l’égalité des sexes. Il reste du travail à accomplir, soulignent-ils, pour atteindre cette égalité. Certaines revendications féministes doivent être réaffirmées : le développement massif des modes de garde des enfants, l’égalité de rémunération effective entre les hommes et les femmes, la revalorisation des retraites, la mixité des internats, la parité, figurent parmi les thèmes mis en avant. Mais ce qui fait l’originalité de ce rapport, c’est qu’il propose des pistes d’implication des hommes dans l’atteinte des objectifs égalitaires.

La veille de la première journée internationale de la Femme, un auteur américain a écrit un essai intitulé « Le féminisme pour les hommes ». Il commençait par ces mots : « Le féminisme permettra pour la première fois aux hommes d’être libres » 

Michael S. Kimmel

 

Un outil féministe

Le principe : « la paternité vécue mettra fin au patriarcat ». En d’autres termes, lorsque les hommes s’approprieront des fonctionnements qui, jusqu’à aujourd’hui, appartiennent aux stéréotypes féminins (l’éducation et le soin des enfants), le système social de domination des femmes par les hommes s’effondrera. Il serait vain d’attendre que ce changement se fasse par lui-même ; il faut, préconisent les auteurs, l’accompagner par des mesures concrètes.

L’implication des hommes passe non seulement par la lutte contre ces stéréotypes, par le partage des responsabilités domestiques, mais aussi par le rééquilibrage entre vie professionnelle et vie familiale. Et ce rééquilibrage doit se faire dans les deux sens, insiste le rapport : les mères vers la vie professionnelle, les pères vers la vie familiale. C’est ainsi que la recommandation numéro 44 propose de faire de la garde partagée le modèle standard en cas de séparation des parents. Mais comment traduire « standard » en langage juridique ?

 

L’hébergement égalitaire s’installe progressivement

En Belgique, la garde partagée, ou alternée, également appelée hébergement égalitaire, est tout d’abord le reflet d’une évolution de la société. Nouveaux pères, augmentation du nombre de divorces et de séparations, rôle central de l’enfant dans la famille : la garde partagée s’est installée progressivement dans le paysage familial, et la loi du 18 juillet 2006 prévoit que les juges la favorisent. La loi s’intitule précisément « Loi du 18 juillet 2006 tendant à privilégier l’hébergement égalitaire de l’enfant dont les parents sont séparés et réglementant l’exécution forcée en matière d’hébergement d’enfant. »

Pour l’instant, nous ne disposons pas de données quantitatives sur l’application de cette loi – uniquement de données qualitatives. Selon l’étude réalisée en 2010 par l’université de Liège visant à évaluer l’impact de la loi, « tendre à privilégier » ne suffit pas ; ni pour contenter les professionnel-le-s chargés de l’interprétation de la loi, ni pour répondre aux parents, qui savent qu’ils dépendront de l’interprétation d’un juge.

En effet, selon l’étude, l’instauration de cette législation est mal acceptée « du fait qu’elle insiste sur l’aspect égalitaire des rôles parentaux. Il semblerait dans ce cas que l’idéal égalitaire promu par la législation est en porte-à-faux avec le vécu des parents, la répartition égalitaire des tâches n’étant alors que théorique ». L’étude montre en effet que les familles où les tâches sont les mieux partagées entre les hommes et les femmes sont celles où les parents font majoritairement le choix de la garde égalitaire. De quoi renforcer la recommandation de la fondation Terra Nova.

 

Terra Nova : http://www.tnova.fr
Think tank français, politiquement plutôt à gauche, pro-européen, composé majoritairement de politiques et de journalistes. Ses thèmes de travail : affaires sociales, économie, emploi, réforme de l’Etat, finances publiques, immigration, écologie et développement durable…
Michael S. Kimmel, in : L’égalité de genre : pas seulement pour les femmes, Actes des conférences sur « Les hommes et l’égalité », 2005-2006, Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, Bruxelles.
Michael S. Kimmel est un sociologue américain, professeur à l’Université de l’Etat de New Work. Il est spécialisé dans les études de genre et en particulier dans l’analyse des nouveaux rôles masculins et de la masculinité dans les sociétés contemporaines occidentales. Il dirige une association d’hommes anti-sexistes aux Etats-Unis.
Marie-Thérèse Casman (coord.), Evaluation de l’instauration de l’hébergement égalitaire dans le cadre d’un divorce ou d’une séparation, Recherche commanditée par le Secrétariat d’Etat à la Politique des Familles, Université de Liège, Panel Démographie Familiale, 2010. 

Article paru dans Filiatio n°1 (octobre 2011)

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