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La mélancolie de la résistance

filiatio21-def-073Lászlo Krasznahorkai

Éditions Gallimard

L’actualité d’il y a peu (l’actualité se périmant aujourd’hui à une vitesse v-v-prime) nous a présenté une Hongrie frontalière. Il existe d’autres Hongries. Celle que Krasznahorkai a extirpée pour nous de ses fontes romanesques est bien parente de la première mais d’une autre texture, d’un grain plus riche, ambivalent et bigrement métaphorique. Il s’agit d’une Hongrie « intérieure », me risquerais-je à dire. C’est qu’on n’accède pas à la démesure sans moyens appropriés ni sans adopter l’attitude qui convient. Et il s’y entend, Kraszanahorkai, pour nous pousser dans son roman avec l’air de nous avoir seulement invités à monter dans un train. Dans le même ordre d’idées très synthétiques, on pourrait, un peu par boutade, schématiser « La mélancolie de la résistance » en expliquant qu’une baleine s’est installée en son centre… Ce ne serait pas faux, et quelle baleine ! Pour parvenir jusqu’à elle, il faudrait prendre le train susmentionné, un train poussif, bondé d’éclopés, de sagouins et d’ivrognes parmi lesquels la très honorable mère du lunatique protagoniste de la seconde partie de l’ouvrage s’efforce de se frayer un chemin, de se trouver une petite place assise et de survivre aux mille périls de l’interminable voyage. Durant tout le récit, aussi cahotant et angoissant que ce trajet en chemin de fer, se déploie un éventail de vicissitudes qui mettent à l’épreuve tant l’existence des personnages que les nerfs du lecteur… Pour le reste, soit j’en reviens aux abjections de la politique internationale de notre temps soit je me tais. Je n’en dirai du moins pas plus long sur le contenu de ce grandissime roman. Après tout (et avant tout), je ne suis ici que pour en éparpiller des miettes afin qu’un lecteur éventuel trouve le chemin qui y mène.

David Besschops

Article paru dans Filiatio #21 – novembre/décembre 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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