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« Le Garçon Cousu », Liliane Giraudon

filiatio17-087Éditions P.O.L

« Mes livres sont des cabanes, les seules où je peux vivre un peu. Vivre de peu.» D’entrée de jeu, ce livre est imprenable par une lecture au sens classique. Il déroute. Ne débute pas à la première page. Et ne s’achève ni à la dernière ni nulle part ailleurs. Une fois ouvert il n’a de cesse de vous mordiller de-ci de-là, comme un chiot mordille un os en caoutchouc. Et l’os, c’est nous, les lecteurs ! Et ce livre, ce chiot, il ne contrôle pas à tous coups la pression qu’exercent ses mâchoires. Ainsi, il est des morsures qui se perdent – et qui nous trouvent. Notamment quand l’auteur aborde la mort: « J’écoute les morts avec les yeux », « C’est un corps perdu que je cherche, celui qui dort dans mes livres ». Écrire est un au-delà qu’elle nous transmet. À la recherche poétique succèdent des images linguistiques sans que pour autant les constructions soient gratuites. Il s’agit d’un combat au cours duquel l’auteure tente d’arracher quelque-chose à la vie qui la démembre. Elle écrit pour conserver l’un ou l’autre bras, l’une ou l’autre main, du souffle, peutêtre « Je n’engage rien, j’écris pour ne pas être ensevelie ». Il est ici question d’un acte qui se situe très au-delà de la résistance de façade de l’écrivain. Presque dans la chiromancie tant ce qu’il fêle éclaire. Et éblouit : « Avez-vous lu dans mon livre avant de le donner à votre chien ? »

David Besschops

Article paru dans Filiatio #17 – janvier/février 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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