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Le rapt court toujours

Filiatio#22-012Nancy André, responsable de l’ASBL SOLIDARITÉ RAPT PARENTAL (1) ne pratique pas la langue de bois. Face aux réactions et non-réactions du monde politique et des appareillages judiciaires, elle tient des propos lapidaires et sans concession.

FILIATIO : Quels sont les chiffres actuels concernant les rapts parentaux en Belgique?

Les chiffres actuels, je ne les connais plus vu que le ministère ne me dit rien et ne me contacte plus depuis déjà 5 ans… Dans le temps il y avait un rapt en moyenne tous les deux jours. Au regard d’une année de 365 jours… Mais pour moi, le nombre exact n’a pas beaucoup d’importance car tout dépend du nombre d’enfants enlevés par fratrie…Il suffit qu’on ait affaire à des fratries moins nombreuses pour que le nombre de rapts parentaux diminue, ce qui n’enlève rien au drame…

FILIATIO : Par rapport à 2005 où un enfant était rapté tous les deux jours (selon le SPF), qu’est-ce qui a changé dans la considération du rapt parental ?

Pour moi, peu de choses ont changé. Les parents sont laissés à leur triste sort, et bien entendu, les enfants aussi, dans la foulée.

FILIATIO : D’après certains partis politiques, une plus grande coordination au niveau international est à envisager. Qu’en pensez- vous ?

Il faudrait que nos responsables politiques fassent signer des accords avec les pays où il n’en existe pas et surtout que ceux-ci soient appliqués… Je me souviens encore des dires d’un retraité du ministère qui m’avait dit discrètement : « Madame, le problème c’est que vous êtes tous considérés comme des ‘cas’ et que vous valez moins pour certains qu’une caisse d’oranges au marché noir’ ». Ces mots resteront gravés dans mon coeur à jamais et me hantent encore au jour d’aujourd’hui.

FILIATIO : À quel moment intervenez-vous et qu’offrez-vous de spécifique par rapport aux nombreux services traitant de la question ?

J’offre une écoute par GSM 24h/24 et 7 jours/7, car un parent dans la détresse doit être secouru et écouté quand il en a besoin. Il est important que la personne ne se sente plus seule et qu’elle soit conseillée. La première chose que je fais, c’est donner le numéro de téléphone du contact fédéral et de conseiller de prendre contact avec le ministère des affaires étrangères ou avec le ministère de la justice. Même si ceux-ci ne savent pas vraiment aider, il serait insensé de ne pas « tenter sa chance ». De toute façon, sans ces ministères on est vraiment seul, donc c’est important de prendre contact avec eux, même si souvent l’aide n’est que psychologique pour les cas vraiment litigieux.

« Tout ce qu’on entend est une opinion, pas un fait. Tout ce qu’on voit est une perspective, pas la vérité. »

Marc-Aurèle

FILIATIO : De combien de personnes se compose votre ASBL ? Comment fonctionnez- vous ? Qu’est-ce qui a motivé sa création?

Dans l’asbl Solidarité Rapt parental, il y a vraiment peu d’inscrits en tant que membres. Des parents éplorés me contactent pourtant tout au long de l’année afin que je les conseille. Leur nombre dépend de l’année. En moyenne 10 ou 15 par année pour un rapt international ou pour un rapt belgo-belge ou aussi pour des situations de pré-rapt. J’ai créé cette association pour donner une écoute 24h/24 aux parents et aussi pour créer des groupes de paroles et des conférences dans les écoles afin de sensibiliser les enfants au DROIT d’aimer leur mère et leur père.

FILIATIO : Quel constat faites-vous après 10 ans d’existence ?

Après 10 ans, je vois que le problème passe bien souvent au second ou au troisième plan de l’actualité et que, finalement, « nous valons tous moins qu’une caisse d’oranges au marché noir ! »

FILIATIO : Pour lutter contre l’aliénation parentale souvent présente dans les cas de rapt, vous avez proposé des conférences et des séances de sensibilisation dans les écoles. Qu’est-ce que cela a donné ? Où en êtes-vous de ce projet ? Qu’est-ce que vous en retirez ?

J’aimerais continuer les conférences dans les écoles en Belgique mais j’ai du mal à concilier ce projet et mon travail quotidien. Un appui et des subsides du ministère me permettraient sans doute de continuer. Actuellement, je projette de donner des conférences au Liban sur ce sujet, grâce au soutien de l’association ABAAD qui s’oppose à la violence faite aux femmes et aux enfants dans les pays arabes. Ce que Solidarité Rapt Parental fait depuis 2006, c’est offrir à des enfants moins chanceux dans la vie une « belle journée » et des tas de cadeaux. En tant que parents victimes de rapt parental, offrir des cadeaux ou des petites attentions à ces enfants, c’est un peu les offrir à nos propres enfants virtuellement. De plus, nous essayons toujours que des équipes de télévision viennent nous filmer pendant nos actions afin que cellesci soient relayées sur Internet pour que nos enfants éloignés aient une chance de nous voir.

Propos recueillis par David Besschops

(1) Solidarité rapt parental ASBL : users.belgacom.net/solidariteraptparental/

Prévention : le maître-mot

Inlassablement, il nous faut revenir sur la question des rapts parentaux. Un phénomène méconnu et peu médiatisé. Cette absence de reconnaissance et de médiatisation génère évidemment une multitude d’effets pervers. On peut notamment citer une réticence politique à véritablement s’engager de façon financière et structurelle pour le réduire, la quasi inexistence ou la grande inefficacité des services de soutien et d’accueil des parents victimes d’enlèvement d’enfant, un relais médiatique nul ou pratiquement nul des rapts en cours, etc.

Pour nous, l’enjeu de la prévention est crucial, mais c’est aussi l’un des plus difficiles à appréhender. Il est essentiel de travailler sur la prévention pour éviter des déchirures qui, hélas, meurtrissent douloureusement les enfants et les parents victimes. Plusieurs mesures proposées par le cdH vont en ce sens : il s’agit essentiellement de la formation à la réalité et au risque de rapt parental pour les policiers, les avocats, les magistrats et les intervenants sociaux. Trop souvent encore, le parent qui veut attirer l’attention sur le risque d’un rapt n’est pas suffisamment écouté et pris au sérieux. D’autre part, lorsqu’on compare les propositions politiques qui, au vu du récit d’acteurs de terrain de premier plan, semblent n’être que des voeux pieux, on est amené à se demander si la résolution du problème ne réside pas, en plus de la prévention, aussi dans l’éducation. Pour conclure, nous vous rappelons le propos de Sultana Khoumane, paru dans le Filiatio #18 : « Je souligne à nouveau l’urgence de donner aux futurs jeunes adultes des formations qui les aideront à prendre conscience que, pour avoir des droits, il y a des actes à poser. Rappelons-le, la conséquence de leur cul-de-sac relationnel, c’est un enfant de plus qui doit se construire amputé d’une part de son identité. Pour le volet des autorités « dites compétentes », j’en ai déjà parlé. Leur incompétence, qui se traduit souvent par le renvoi du problème d’un pays vers un autre (ou d’un parti vers un autre), me fait penser à « La Bonne du Curé », d’Annie Cordy, quand elle chante : « Je voudrais bien mais je n’peux point ! »

Lire aussi: Rapts parentaux: les propositions formulées par le PS, le cdH et Ecolo

Point de contact en Belgique et à l’étranger en cas de rapt parental :

Point de contact fédéral enlèvement international d’enfants

Boulevard de Waterloo 115
1000 Bruxelles
Tél. 00 32 (0)2 542 67 00 (24h/24, 7J/7)
Fax 00 32 (0)2 542 70 06
E-mail : rapt-parental@just.fgov.be

SPF Affaires Étrangères

Rue des Petits Carmes 15
1000 Bruxelles
Tél. 02 501 81 11
Fax 02 513 55 47
E-mail : info@diplobel.org

Article paru dans Filiatio #22 – Janvier/février 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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