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Le sexisme est-il vintage ?

filiatio_10-053À cette heure où les intellects mordent à belles dents dans des débats censés cerner le « fond du problème », et que la Presse nous enfume sans beaucoup de feu, en missionnaire discret le sexisme conforte tranquillement ses positions.

Dans quelques journaux pour public en transit, une kyrielle de publicités ou certains magazines, par petits traits, il ne cesse de poindre le bout de son nez. Mais c’est un sexisme de bon aloi. Un sexisme dans un écrin. Et qui, en plus de conférer une classe indiscutable à qui en use, lui accorde sans délai les atours essentiels de la postmodernité. Un sexisme qui rappelle à madame le réconfort que générera en elle la futilité de ses achats.

Un sexisme gentillet et couleur nostalgie qui lui prescrit, pour dissiper de passagères dépressions, l’acquisition d’un rouge à lèvres ou tout autre artifice destiné à rapprocher son image d’une représentation de la femme soumise à des diktats masculins. Sexisme, oui, mais allégé ! Elle pourra apparemment jouir de son goût sans en subir le poids. Rien ici qui ne pèse ou ne pose. Nulle injonction, que des suggestions… Quant à monsieur, bien qu’il ne connaisse pas la dépression, il n’est pas oublié. Et comme jusque dans sa recherche du bien-être ou du plaisir il continuera à penser utile, il lui est aimablement proposé de s’offrir des boutons de manchettes ou de s’acheter des bidules électroniques ou des outils. En d’autres mots, de soigner ses apparences et modéliser sa conduite sur celle attribuée depuis belle lurette à son sexe.

Et quand bien même ce sexisme serait plus désireux de ressusciter une époque disparue que de réactiver le schéma des inégalités entre les sexes, la manière dont il utilise ses références souligne néanmoins la suprématie de l’homme sur la femme, notamment quand celui-ci prête ses chemises à celle-là, dans lesquelles elle se sentira en sécurité…

Ce sexisme n’aurait-il d’autre dessein que d’être la petite madeleine de Proust rameutant en nous les doux et rassurants effluves du passé ? Lors, c’était le temps béni des confitures. Chaque chose était à sa place et les femmes aux fourneaux… Ou est-ce la touche comportementale qui manque à nos styles ?

Bien entendu, devant l’affluence des lectures ou le temps qui presse entre deux trains, deux rames de métro ou deux coups de pédales, ça passe ! Quoique… qu’est-ce qui passe ? Il est légitime de se le demander. Car s’il est vrai qu’aujourd’hui les écrits s’envolent au même titre que les paroles, les idées qui en émanent s’évaporent-elles pour autant ?

En effet, si est fondée, soyons fous, l’hypothèse que cette forme de sexisme n’est ni une réminiscence d’un sexisme pas si ancien, ni l’annonce de sa résurrection, mais un phénomène esthétique plutôt qu’un giron sécurisant face à un avenir incertain, il n’en demeure pas moins qu’elle véhicule d’infrangibles processus socio-relationnels ne pouvant déboucher sur autre chose que des iniquités.

Sinon, à part ça tout est au mieux dans le meilleur des mondes et c’est avec impatience que j’attends d’ouïr la suivante – et très sûrement médicale – prescription : « Faites-vous du bien, jouez au couple de derrière les fagots ! »

David Besschops

Article paru dans Filiatio #10 – mai / juin 2013, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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