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Le super héros des organes

0023_FILIATIO_Mars_2016-034Durant la grossesse, le placenta relie la mère à l’enfant, assurant tout un éventail de fonctions indispensables au bon développement du foetus.

À quoi ressemble-t-il ?

À une grosse éponge ronde gorgée de sang, reliée au bébé par le cordon ombilical et tapie contre une des parois de l’utérus. Il commence à se constituer peu après la fécondation de l’ovule. « Le placenta est un organe extraordinaire, qui en neuf mois résume toutes les étapes de la vie. Il s’implante dans l’utérus, il se développe, et en fin de grossesse, il a vieilli », explique la pédiatre Danièle Evain-Brion, une des grandes spécialistes françaises de cet organe éphémère, qui n’existe que le temps de la grossesse. Au moment de l’accouchement, le placenta mesure quinze à vingt centimètres de diamètre et pèse environ 400 grammes. Sa forme discoïde lui a valu en latin le nom de « placenta », qui signifie « galette ». Une métaphore que l’on retrouve également dans la langue allemande, dans laquelle le placenta est souvent désigné par le terme de « Mutterkuchen », qui signifie littéralement « gâteau de la mère ». Danièle Evain-Brion préfère le comparer à un arbre « avec un tronc, de grosses branches, de petites branches et de toutes petites branches qui flottent dans le sang maternel. Le tronc, c’est le cordon ombilical, les branches ce sont les villosités placentaires qui sont constitués des vaisseaux foetaux entourés de mésenchyme (1) et bordées par le trophoblaste (2). Ce dernier remplit toutes les fonctions d’échanges au niveau du placenta. »

À qui appartient-il ?

À la mère ou au foetus ? « C’est une question qui reste ouverte car c’est un organe qui se développe dans l’organisme maternel, mais qui a exactement le même caractère génétique que le foetus, c’est-à-dire qui se développe avec des chromosomes d’origine maternelle et paternelle », répond Danièle Evain-Brion.

À quoi sert-il exactement ?

« Il n’y a pas d’organe qui ait autant de propriétés fascinantes que le placenta », affirme Danièle Evain-Brion, avant d’énumérer les différentes fonctions qu’assure le placenta durant la grossesse. « On dit souvent dans le langage parlé que le placenta est le poumon du foetus, car c’est par lui qu’arrive tout l’oxygène nécessaire à son développement et par lui qu’est éliminé le gaz carbonique du foetus. On dit aussi que c’est l’intestin du foetus, parce que c’est via le placenta que tous les nutriments arrivent du sang maternel vers le sang foetal. »

Mais ce n’est pas tout : « Le placenta est également une usine à hormones. En fin de grossesse, il sécrète quotidiennement des grammes d’oestrogènes et de progestérone. » Cette dernière hormone empêche notamment l’utérus de se contracter, ce qui provoquerait un accouchement prématuré.

Cet organe joue également un rôle fondamental sur un plan immunologique, en agissant à la fois comme un filtre qui empêche les agents pathogènes circulant dans le sang maternel de contaminer celui du foetus et en leurrant l’organisme de la mère de manière à ce qu’il ne rejette pas ce corps étranger que constitue en quelque sorte le foetus : « Les cellules placentaires ne sont pas reconnues par le système de veille immunitaire de la mère, notamment par ce qu’on appelle les cellules « natural killer », qui normalement éliminent d’emblée tout ce qui n’a pas à sa surface quelque chose qui est compatible avec l’organisme maternel », explique Danièle Evain-Brion.

Le placenta est le garant du bon développement du foetus : « C’est le premier rempart face à l’agression de molécules toxiques et dans ce sens il protège le foetus », explique Sophie Gil, professeure à l’Université Paris Descartes et directrice du laboratoire de recherche Placentech, rattaché à la fondation française PremUp, dédiée à la périnatalité. « Mais c’est aussi cet organe qui prend de plein fouet toutes les molécules toxiques qui peuvent circuler dans le sang maternel. Ainsi, ces fonctions peuvent être perturbées et on sait maintenant que si le placenta ne fonctionne pas bien, il y aura forcément des répercussions sur le développement de l’enfant. »

À lire :

« Le placenta humain », Danièle Evain-Brion et André Malassiné, éditions Lavoisier, 2010. Danièle Evain-Brion est directrice de la fondation PremUp.

Quand est-il expulsé ?

Le placenta est expulsé en général quelques minutes après la naissance du bébé. Cette phase porte le nom de délivrance. « Une fois que le bébé est sorti, la paroi de l’utérus se contracte davantage encore, ce qui provoque le décollement du placenta », explique la sage-femme belge Françoise Laloux. « En général, cela se fait dans la demi-heure. Parfois immédiatement après le bébé, en même temps, ou dix, quinze minutes après. »

Que peut-on apprendre de lui ?

Avant le scandale du sang contaminé, les hôpitaux congelaient les placentas juste après la délivrance et les vendaient à des entreprises de cosmétologie qui en récupéraient le collagène pour fabriquer des crèmes de beauté ! Aujourd’hui, l’étude du placenta est essentielle dans la recherche pharmaceutique pour déterminer quelles molécules sont sans danger pour une femme enceinte et son bébé. Les techniques actuelles permettent d’observer le fonctionnement du placenta in vitro durant quelques heures après l’accouchement « en maintenant la double circulation maternelle et foetale », explique Sophie Gil. « Cela permet de tester de nouvelles molécules et d’en choisir une parmi plusieurs dans une même classe thérapeutique avec le meilleur profil d’utilisation pour la femme enceinte. » Mais le placenta lui-même, de par la façon qu’il a de s’implanter en profondeur dans la paroi utérine, laisse entrevoir de nouveaux espoirs dans le domaine de la recherche sur le cancer, comme l’explique Danièle Evain-Brion : « Ce qui fascine les biologistes dans le développement placentaire, c’est que ce mécanisme d’invasion, qui est semblable à celui du cancer, est lui orienté spécifiquement vers les artères utérines et ne va pas au-delà du niveau utérin. Si l’on arrivait à comprendre ce mécanisme, cela permettrait d’aborder sous un angle particulier tous les développements dits cancéreux. »

Propos recueillis par Annabelle Georgen

Article paru dans Filiatio #23 – mars/avril 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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