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Les douze travaux de Jul’ et Rommy, épisode quatrième

filiatio22-040De nos jours, un couple en crise s’entend très vite conseiller la séparation. Pourquoi s’entêter à vivre dans les tensions et les disputes alors que se séparer est devenu un acte socialement accepté ? Eliminer le conflit en dissolvant le couple qui produit ce conflit apparaît comme une solution raisonnable, garante d’un retour rapide au bien-être et à l’épanouissement personnel.

C’est, cependant, oublier un peu vite que le couple est bien souvent le réceptacle des bouleversements qui accompagnent la vie (épreuves du passé, environnement professionnel délétère, naissances, deuils, maladie, déménagements, …), et non leur cause. C’est oublier aussi que « défaire » un couple est un travail long et douloureux, parfois source de nouveaux conflits. Une sorte d’amputation affective, en quelque sorte, au cours de laquelle le corps, l’esprit, la famille (et le portefeuille…) trinquent plus souvent qu’à leur tour.

Heureusement, une jolie brochette de professionnels peut aujourd’hui encadrer et assister cette délicate opération de séparation. Pour le meilleur ou pour le pire ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir à travers les aventures de Jul’ et Rommy, les deux héros de notre feuilleton…

[ Résumé de l’épisode précédent : Jul’ et Rommy ont décidé de se séparer après neuf ans de vie commune. Ils ont deux enfants – Arthur, 7 ans et Noémie, 2,5 ans – mais ont également assuré ensemble l’éducation de la fille aînée de Jul’, Dina (13 ans), rejetée par son père biologique à l’âge d’un an. Ils espéraient se séparer sans heurts, en rédigeant une convention de divorce à l’amiable avec l’aide d’un notaire, mais un désaccord sérieux pour l’hébergement des enfants, en particulier de Dina, les a amenés à consulter des avocats, dont l’intervention a plutôt renforcé qu’atténué leur conflit. Le Tribunal de la Famille a donc été sollicité pour trancher leur différent. Leurs avocats y ont exposé leurs demandes en matière d’hébergement : Rommy souhaitait héberger les trois enfants une semaine sur deux, tandis que Jul’ proposait une répartition inégalitaire pour les deux petits, (4 jours chez maman, 3 jours chez papa) et un rythme d’un week-end sur deux chez Rommy pour Dina, étant donné l’absence de toute filiation fondée également entre eux.]

« On ne croirait jamais qu’on est en mai. Regarde-moi ces nuages ! Ca s’est encore assombri depuis tantôt, non ? ».

Jul’ quitta des yeux le chemisier qu’elle venait de déplier, et tourna la tête vers la fenêtre. Le ciel noir et bas contrastait étrangement avec les verts crus des jardins voisins.

« Orage » annonça-t-elle platement. « Regarde. J’ai acheté ça il y a près de quinze ans. La coupe est complètement dépassée, non ?

– Carrément », confirma son amie. « Tu l’as mis quand pour la der-nière fois ?

– Tu vas te foutre de moi… C’était quand j’attendais Dina. Je le portais quand j’ai découvert que j’étais enceinte…

– Dans ce cas, tu le gardes.

– .. et aussi le jour où Sam a déclaré qu’être son père ne l’intéressait pas.

– Oups, j’enlève ce que j’ai dit : vire-moi ce truc tout de suite ».

Jul’ sourit tristement. « Ca fait douze ans que je me répète ça chaque fois que j’ouvre l’armoire. Et tu vois, il est toujours là… ».

Valérie quitta l’appui de fenêtre pour se rapprocher d’elle et contempler à son tour le chemisier.

« Il est beau. Je comprends que tu n’arrives pas à le jeter. Mais mon psy te dirait qu’il ne faut pas s’entourer d’objets associés aux épreuves du passé.

– Facile à dire. Dans cet objet-ci, il y a aussi ce jour où Dina a commencé à exister dans ma tête. Comment veux-tu que je m’en sépare ?

– J’ai une idée ! » s’exclama Valérie, qui se mit soudain à chercher quelque chose parmi les piles de vêtements entassées à même le plancher de la chambre, puis se redressa, brandissant une pochette en gaze transparente exhumée d’un sac un moment plus tôt. « On va le plier joliment, et le glisser là-dedans, puis le ranger hors de ta vue. Tu sauras qu’il est là, bien protégé, tu pourras le montrer à Dina un jour. Mais tu ne le verras plus aussi souvent ».

Elle s’empara du vêtement. Quelques gestes plus tard, Jul’ recevait de ses mains un petit paquet rectangulaire souple et doux. La couleur du chemisier se devinait, atténuée, à travers la gaze de la pochette.

« C’est joli » fit Jul’, un peu émue. « En fait, on dirait un cadeau de naissance. Ca lui va bien de finir comme ça… ». Elle contempla l’objet un long moment, puis le déposa sur l’étagère supérieure de sa garde-robe, dont elle ferma bruyamment les portes. « Assez pour aujourd’hui. Trois sacs de vêtements évacués en une après-midi, c’est déjà pas mal. Je les déposerai dans les conteneurs en allant chercher les petits chez Rommy.

filiatio22-042– Juste les petits ? » s’étonna Valérie, en saisissant un des grands sacs en plastique pleins à craquer. « Dina dort chez une copine ?

– Non, elle reste chez Rommy. C’est son week-end » expliqua Jul’, en s’emparant d’un sac à son tour.

Elles quittèrent la chambre, déposèrent leur chargement devant la porte d’entrée de l’appartement, et rejoignirent la cuisine. Valérie ouvrit le frigo, en sortit deux bouteilles de bière qu’elle décapsula avant d’en donner une à Jul’.

« À ta nouvelle vie ! Mais je ne comprends rien à votre mode de garde. C’est bizarre de récupérer les trois enfants à des moments différents. Vous faites ça depuis quand ?

– C’est la cinquième semaine.

– Et ça marche ?

– Bof. Ce n’est pas pire qu’avant, mais ce n’est pas mieux non plus. Le samedi soir – aujourd’hui, donc – l’ambiance est vraiment bizarre. Arthur ne dit pas un mot, je ne sais pas s’il est fatigué ou s’il me fait la gueule. Et la petite est surexcitée, alors je finis par hausser le ton et là, elle commence à pleurnicher pour le moindre truc.

– Sympa, l’ambiance…

– Ouais. Ajoutes-y les horribles carrelages et les néons de cette cuisine que je déteste, c’est comme si on tournait pour un film de série B tous les samedis.

– C’est sûr, votre cuisine dans la maison, c’était autre chose. Mais on ne reste pas avec un son mari juste pour le look de la cuisine, hein ».

Jul’ grimaça et avala deux gorgées de bière.

« Et tu ne peux pas faire changer le mode de garde, pour qu’ils reviennent plutôt le dimanche matin ? » reprit Valérie.

« J’y ai déjà pensé… mais c’est délicat. On a un jugement à respecter maintenant – et il correspond à peu près à ce que je demandais. Je vais passer pour une idiote si je reviens en arrière. Sans compter le coût de l’avocat… ». Du bout du pied, elle traça des dessins abstraits sur le carrelage, puis haussa les épaules en adressant à son amie un petit sourire résigné. « On va s’habituer, je suppose. Je dois juste trouver un truc pour rendre le samedi soir plus rigolo. Mais sans Dina, et sans le petit verre de vin entre adultes, devant le feu, c’est dur. C’est comme si je n’avais plus personne à qui parler… ».

Un silence s’installa. Quand il menaça de devenir emprunté, Valérie s’éclaircit la voix.

« Tu veux que je reste avec vous ce soir ? » Jul ouvrit de grands yeux, et fit aussitôt de grands gestes de dénégation

« Non, non ! Je ne disais pas ça pour… Ne te tracasse pas. Je suis fatiguée, je vais leur mettre un dessin animé puis on ira se coucher tôt tous les trois. De toute façon, tu vas à l’anniversaire de Seb et Pauline, non ?

– Oui… ». Valérie tapota pensivement le goulot de sa bouteille contre ses dents. « C’est trop bête que tu ne puisses pas venir aussi ! ».

– Je suis désolée… J’aurais du chercher une baby-sitter, mais je n’ai pas eu le courage…

– Et si tu demandais à Rommy de garder tes petits juste cette nuit, exceptionnellement ? Invente un truc, dis-lui que tu n’es pas bien.

– Ah non, je ne vais pas commencer comme ça… Imagine, s’il apprend par quelqu’un d’autre que j’étais à la fête ?

– Allez… Y’a Marco qui sera là, il serait content de te voir ! Il a demandé de tes nouvelles plusieurs fois ».

Jul’ roula des yeux faussement extatiques, et les deux jeunes femmes se lançèrent dans un échange de plaisanteries à propos dudit Marco, en finissant leurs bières.

Jul’ alla ensuite troquer ses vêtements d’intérieur contre une tenue plus habillée, et elles quittèrent ensemble l’appartement : l’heure était venue d’aller chercher Arthur et Noémie chez leur papa – dans cette maison que Jul’ avait choisi de ne plus habiter.

***

Dina venait de sortir un paquet de crackers et un bocal de pâté de légumes quand la sonnette de la porte d’entrée retentit.

« J’y vais ! cria Arthur depuis l’étage ». Il dévala en chaussettes l’escalier de bois – la respiration de Rommy s’interrompit un bref instant – et ouvrit grand la porte. « C’est TatiTa ! » hurla-t-il, avant de grimper derechef vers sa chambre comme si sa vie en dépendait.

Voyant Rommy s’éloigner du plan de travail, Noémie, qui s’était assise à même le sol pour jouer avec trois bols en plastique, se redressa et agrippa son pantalon. Il la jucha sur son bras et se dirigea vers l’entrée, pour accueillir ses invités.

« Vous êtes trop tôt », signala-t-il d’un air entendu une fois échangées les formules d’usage, avec un sourire en coin.

« Il y a sûrement quelque chose à faire en cuisine », rétorqua sa soeur d’un air non moins entendu, en l’embrassant avec chaleur. « Et Thomas veut voir le bouquin dont tu parlais l’autre jour ».

« Piketty ? » demanda Rommy à son beau-frère.

« Non, celui qui parle des techniques d’isolation durable.

– Ah oui. Il est dans mon bureau : tu connais le chemin, je te laisse aller ? J’ai des trucs sur le feu. Mais on en discute tout à l’heure, hein ? Tu liras bien un chapitre complet avant le dîner ? ».

Thomas acquiesca en riant, accrocha sa veste au portemanteau et fila vers le bureau, au fond de la maison. Noémie se tortilla dans les bras de son père pour passer dans ceux de sa tante, qui s’empara d’elle avec un plaisir évident et la fit aussitôt balancer de gauche à droite, en imitant – mal – le hennissement d’un cheval. La gamine éclata d’un rire aigu et en redemanda. Tamara hennit à nouveau et, suivie de près par Rommy, galopa vers la cuisine d’où émanaient des parfums mêlés d’ail, de viande rôtie et de pâtisserie.

filiatio22-044Ils y trouvèrent Dina en pleine action : elle avait étalé sur le plan de travail en granit une trentaine de crackers, et les recouvrait consciencieusement de pâté végétal. Tamara la chatouilla en guide de salut, admira son travail et rendit Noémie à Rommy pour pouvoir aligner les crackers terminés sur un grand plateau. Ensemble, elles ajoutèrent ensuite quelques éléments décoratifs aux zakouskis ainsi confectionnés. Dina jeta alors un oeil à la grande horloge murale et s’échappa soudain comme un jeune lapin, avec une petite moue d’excuse à l’adresse de Rommy.

Tamara guetta le bruit doux des pieds nus de la petite sur le plancher de l’étage pour prendre la parole.

« Elle est mignonne, avec ce jean… Mais elle a maigri, non ? – Ah, tu vois ça aussi ? » s’alarma Rommy, qui berçait Noémie agrippée à lui comme un petit singe. « Jul’ me dit que non.

– Je me trompe peut-être… C’est juste qu’à son âge, les filles auraient plutôt tendance à prendre des formes que le contraire… mais ca viendra sans doute quand elle aura ses….

– Oui, j’imagine », l’interrompit Rommy, avec un petit sourire gêné. « On… n’y est pas encore. Enfin… à ma connaissance… Je ne sais pas si elle me le dirait… Avant, oui. Mais là… ».

Sa mine défaite était un crève-coeur. Tamara se tourna vers le frigo et en sortit une salade pour lui laisser le temps de se reprendre.

« Comment ça se passe, avec le nouveau rythme de garde ? » interrogea-t-elle d’une voix douce, quand elle le sentit en état de parler.

– Avec les petits, ça va. Il me semble qu’ils commencent à trouver leurs marques. Mais ça reste difficile le samedi quand ils repartent – je redoute un peu pour tantôt, d’ailleurs. J’ai bien prévenu Arthur mais il ne va pas apprécier de devoir s’en aller alors qu’il y a du monde à la maison…

De sa main libre, il massait lentement le dos de Noémie, sur un rythme hypnotique.

L’enfant avait déposé la tête sur son épaule et suçait son pouce, les yeux grands ouverts.

« Et avec Dina ? », reprit Tamara, avec précautions. « Si tu veux en parler, hein… ».

« C’est… ». Rommy prit une grande respiration et amarra ses yeux aux joints du carrelage. « Très dur ». Il chercha longuement le courage d’en dire plus et finit par reprendre, la voix contrainte. « J’ai l’impression de perdre le contact avec elle. Le vendredi, on est mal à l’aise, comme si on ne savait plus quoi se dire. Le samedi, ça va plus ou moins… puis les petits s’en vont et ça redevient bizarre. C’est… vide. Tout nu. On devrait peut-être prendre l’habitude de sortir. Manger dehors, se faire un film ou un spectacle. C’est trop déprimant ici, sans les trois autres. Bien pire que d’être carrément tout seul, en fait.

– Oui, je vois. Tout seul dans la maison, tu connais.

– Voilà – je bosse, sans regarder l’heure, je plonge dans le boulot. Ca, c’est normal pour moi. Ou avoir les trois ensemble – ça fait déjà un an, on s’est habitués à vivre à quatre ici. Mais juste les petits ou juste Dina, on dirait seulement une grosse anomalie. Une erreur dans le scénario.

– Pour te dire, ça me fait le même effet… » répondit sa soeur. « Et le dimanche – avec Dina, je veux dire ?

– Moins pénible. Très calme. Le matin, elle fait ses trucs, moi les miens. L’après-midi, on regarde des séries, puis on jette un oeil sur son travail pour l’école, comme avant. C’est bien. Mais dès qu’elle est couchée, l’angoisse me défonce, parce que je sais que c’est déjà fini, qu’elle va de nouveau disparaître pour quinze jours. Alors je dors mal. Je me sens comme avant un gros examen… ou comme si on allait m’annoncer que j’ai un cancer, ou qu’on doit, je ne sais pas moi… me couper les mains ».

Tamara ne trouva rien à répondre. Son frère reprit.

– Puis le réveil sonne, on se lève, elle grignote ses céréales, et je la dépose à l’école. Je la regarde qui s’en va, j’ai envie d’aller la rechercher, de lui faire brosser les cours, juste pour cette fois… Je rêve que Jul’ soit malade et m’appelle pour me demander de prendre les trois toute la semaine. Du coup, tous les lundis, je regarde mon téléphone toutes les cinq minutes, je relève mes mails dix fois par heure. Mais il n’y a jamais rien qui vient ».

Il eut un rire bref.

« C’est pathétique, en fait. »

– Mais non… » dit doucement Tamara. « Ça s’appelle ‘elle te manque’. Il faudra du temps… ».

Noémie s’était endormie dans les bras de son papa. Rommy partit la déposer dans le canapé du salon, puis revint terminer la préparation du repas aux côtés de Tamara. Ils se reposèrent de la conversation précédente en échangeant des nouvelles plus légères.

Peu avant 18h, l’autre couple invité – Simon, un ancien collègue, et sa compagne, Nancy – firent tinter la sonnette. Des bouteilles de vins furent offertes et déposées sur la grande table, on appela les enfants pour l’apéritif. Après le dernier verre, profitant d’un moment d’absence de Dina et Arthur – remontés avec Tamara pour tenter de résoudre un problème de lecteur mp3 – les amis de Rommy s’enquirent à leur tour du nouveau mode d’hébergement des enfants.

« D’une manière générale, j’ai les petits du jeudi après-midi au samedi soir toutes les semaines », commença Rommy.

« Jeudi-samedi ? » s’étonna tout de suite Simon, son ex-collègue. « C’est bizarre comme mode de garde ».

« Décision du juge… » expliqua simplement Rommy. « D’après mon avocate, c’est pour qu’on ait chacun du temps de loisir et du temps scolaire.

– Mais du coup, tu n’as plus jamais tes enfants un week-end complet ? » s’exclama Nancy.

Rommy confirma d’un geste dépité.

« Ton ex non plus, cela dit », commenta Simon.

« Ben non. Note, ça n’a pas l’air de lui poser problème. Pour ce que j’en sais.

– Pourquoi tu ne les as pas un week-end sur deux ? C’est toujours ça qu’on donne au père, non ? » reprit Nancy.

– Qu’on donnait », corrigea Rommy. « Maintenant, la loi recommande la résidence alternée.

– Mais c’est pas ça que tu as ?

– Ben si.

– Tu viens de dire qu’ils venaient trois jours par semaine. La garde alternée, normalement, c’est une semaine chez l’un une semaine chez l’autre ?

– Pas toujours.

– J’y comprends rien », s’agaça Nancy.

« Et Dina, finalement ? » demanda aussitôt Simon, comme pour empêcher son amie de poursuivre.

« Elle, elle vient un week-end sur deux.

– Ah, ouf ! C’est super ! C’était pas gagné d’avance, si je me souviens bien ? »

Rommy grinça secrètement des dents.

filiatio22-047« Non, en fait, c’est pas super du tout. Excusez-moi, je dois aller vérifier le four ».

Et il quitta le salon, le visage fermé.

À son retour, il s’excusa pour son petit mouvement d’humeur. Ses invités se récrièrent : nul ne lui en voulait, ce serait un comble. Tamara avait entre temps fourni quelques explications supplémentaires et le climat était à l’empathie. Rommy s’en laissa bercer. La conversation revint sur l’hébergement, menée par Nancy bien décidée à réunir une information complète sur le nouveau mode de vie de Rommy et ses enfants.

« Attends, travaillons dans l’ordre » proposa-t-elle alors que la description des rythmes des uns et des autres lui échappait à nouveau. « Lundi, t’as qui ?

– Dina, le matin avant l’école.

– Et puis plus personne ?

– Voilà

– Mardi, personne. Mercredi… personne ? »

Rommy acquiesça.

« Jeudi.. Arthur et Noémie.

– Oui

– Vendredi, Arthur, Noémie et Dina.

– Oui. Enfin, non : seulement une semaine sur deux.

– Hein ?

– Le vendredi, j’ai une semaine sur deux, Arthur et Noémie, et l’autre semaine, les trois en même temps

– Ok. Puis le samedi : une semaine les deux petits, une semaine les petits plus Dina.

– Oui. Jusqu’au soir, en tout cas.

– Ah ! Parce que le samedi soir… euh… attends…

– Une semaine tout seul, une semaine les trois ? » proposa Simon.

« Non » dut répondre Rommy, presque amusé.

« Une semaine Dina, une semaine personne.

– Et le dimanche ?

– Pareil ». Un grand silence suivit. Nancy échangea un regard éloquent avec Tamara, tandis que Thomas offrait à son beau-frère un petit sourire désolé… Simon fixait avec intérêt le fond de son verre.

« C’est complètement débile », conclut Nancy.

« Je ne te le fais pas dire » ponctua Rommy, amer.

En face de lui, Thomas se redressa soudain, et s’éclaircit la gorge. « Il faut que tu fasses quelque chose » dit-il d’un ton à la fois prudent et ferme – lui qui évitait généralement toute prise de position explicite dans les débats relatifs aux personnes. Par divers sons et mouvements, les trois autres manifestèrent qu’ils partageaient son avis.

– Vous croyez que je n’y ai pas réfléchi ? » dit Rommy. « J’ai cinq options ». Il leva la main et compta sur ses doigts, un peu théâtralement. « Un : retourner au tribunal, chez le même juge. Deux : faire appel. Trois : convaincre Jul’ de s’arranger autrement, entre nous. Quatre : aller en médiation. Cinq : faire avec ».

« Il y en a encore une que t’as pas citée », signala Simon.

« Ah ? Vas-y… – Partir très loin, dans un village de montagne isolé ».

Rommy le regarda droit dans les yeux. « Avec ou sans les gosses ? »

– Ça… », fit l’autre.

Au même instant, on entendit claquer le volet de la boîte aux lettres enchâssée dans la porte d’entrée, juste avant que ne retentisse un bref coup de sonnette.

Rommy se tourna alors vers sa petite toujours endormie sur le canapé. « Noémie ? » murmura-t-il en lui caressant la tête « Maman est là… ».

(À suivre…)

Céline Lambeau

Paru dans Filiatio #22 – Janvier/février 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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