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« Les mots les plus importants sont respect et intimité »

filiatio19-027Françoise Laloux, 67 ans, exerce le métier de sage-femme en Belgique depuis plus de quarante ans. Spécialisée dans l’accouchement à domicile, elle intervient également en milieu hospitalier. Elle est l’une des cofondatrices de la maison de naissance liégeoise La Maisonnée et de l’ASBL du même nom. Elle est par ailleurs mère de cinq enfants.

Filiatio : Comment se déroule le suivi de grossesse avec une sage-femme ?

F. Laloux : Une consultation prénatale dure une heure, pendant laquelle nous allons discuter de la vie du couple, de la vie familiale, de la grossesse bien sûr, de la façon dont la maman la vit. On établit une relation de confiance tout au long du suivi. À partir de la moitié de la grossesse, nous insistons pour des rencontres au moins une fois par mois et plus souvent encore durant les deux derniers mois. La décision d’accoucher à domicile est prise ensemble et toujours avec le consentement du papa. Si celui-ci n’est pas d’accord, on estime que la maman ne se sentira pas assez en confiance pour pouvoir accoucher à domicile. Cela arrive souvent et le consensus consiste souvent à ce que la femme accouche accompagnée à l’hôpital. On propose aux parents de rentrer à la maison juste après l’accouchement et de faire le suivi à domicile. Il arrive aussi qu’un père qui n’était pas d’accord au départ finisse par changer d’avis. Nous restons ouvertes à cela, à condition que la décision soit prise au plus tard deux mois avant l’accouchement.

Filiatio : En quoi votre travail d’accompagnement est-il différent selon le lieu où se déroule l’accouchement ?

F. Laloux : À l’hôpital, j’accompagne une femme non pas techniquement mais en la soutenant et en l’encourageant dans le projet qu’elle a choisi. Je suis son porte-parole, je suis là pour rappeler ses désirs et ses besoins au personnel de l’hôpital, car je sais qu’à ce moment-là elle n’est pas en mesure de le faire elle-même. Ce n’est pas toujours facile car à l’hôpital, on se retrouve face à des pratiques routinières et à protocoles. Mais avec beaucoup de diplomatie, on y arrive.

Filiatio : La maison de naissance est-elle un trait d’union entre le domicile et l’hôpital ?

F. Laloux : Les parents croient souvent qu’une maison de naissance est un petit hôpital, mais c’est une maison comme les autres. C’est une chambre comme au domicile des parents, à la différence qu’il y a un bain faci- lement accessible. C’est aussi un espace de rencontre entre les sages-femmes et les parents, lors des rendez-vous de préparation et des activités proposées par la maison de naissance. Cela met les parents en con- fiance, cela ouvre leur horizon.

Filiatio : Comment accompagnez-vous les parents qui ont pris la décision d’accueillir leur bébé à domicile ?

F. Laloux : Ça se prépare toujours bien à l’avance. Nous n’acceptons pas les gens qui viennent à la dernière minute pour demander un accouchement à domicile. Nous sommes toujours deux sages-femmes et les parents ont rencontré au moins une fois la deuxième sage-femme. Nous rendons l’une et l’autre une visite aux parents, lors de laquelle nous parlons des motivations du couple, nous visi- tons la maison pour voir si celle-ci se prête à un accouchement à domicile et demandons aux parents quelle pièce de la maison ils ont choisie. Si par exemple la chambre se trouve au deuxième avec un escalier en colimaçon, c’est évident que nous conseil- lerons aux parents de ne pas accoucher dans cette pièce mais au rez-de-chaussée, et d’aménager la pièce en fonction. On vérifie également que la maison est accessible en voiture et pour une ambulance, au cas où il faudrait prévoir un transfert à l’hôpital.

Filiatio : Comment les parents doivent-ils s’y préparer sur le plan technique ?

F. Laloux : On demande à la maman qu’elle prépare dans un grand panier tout ce qu’il faut pour l’accouchement : des serviettes de toilette pour sécher et réchauffer l’enfant, des essuie-main, des gants de toilettes, des serviettes hygiéniques pour la maman, des vêtements et des langes pour le bébé. Il faut que tout soit prêt à partir de la 37e semaine de la grossesse, afin que le papa n’ait pas à chercher une serviette quelque part au dernier moment – car souvent, il ne sait pas où ça se trouve. Dans le cas d’un accouchement à domicile, le père est vraiment sollicité, on a grand besoin de lui.

Filiatio : Quel est votre rôle lors d’un accouchement à domicile ?

F. Laloux : Je fais régulièrement le point sur tous les paramètres physiques qu’une sage-femme doit observer : j’écoute le bébé, je surveille la maman, mais en évitant les actes invasifs : je me guide en observant le comportement de la femme, je vis au rythme de l’avancement du travail. L’accouchement à domicile, s’il est fait dans de bonnes conditions, me paraît beaucoup plus respectueux de la nature et de ce processus qu’est la naissance, à la fois pour la mère, pour l’enfant et pour toute la famille. Les mots les plus importants sont respect et intimité.

Filiatio : À quel moment s’arrête votre travail d’accompagnement ?

F. Laloux : Quand les parents le souhaitent. Les visites sont fréquentes juste après l’accouchement, puis elles s’estompent dès que tout va bien. Mais il est possible de conti- nuer le suivi pendant les douze premiers mois de l’enfant.

Propos recueillis par Annabelle Georgen

Lire la suite du dossier: Autour des maisons de naissance

Textes: Annabelle Georgen, Céline Lambeau

Illustrations : Mathilde Manka

Dossier paru dans Filiatio #19 – mai/juin 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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