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« Mon petit garçon », Richard Morgiève

Éditions JOELLE LOSFELD

Troisième volet d’un triptyque formé par « Un petit homme de dos » et « Bébé Jo », ce très court texte de Morgiève laisse une impression qui dure au-delà de la lecture. Nous sommes loin ici du lyrisme délirant ou trivial qui caractérise ses livres plus récents. Tout bonnement, par la grâce d’une écriture classique, voire presque plate, nous nous trouvons dans la peau douloureuse d’un père qui, s’il peut se résoudre à vivre séparé d’une femme, éprouve de plus grandes difficultés à exister sans son petit garçon. Son petit garçon, son tout, son presque autre lui-même(« Tout l’amour que je lui donne, je me le donne, je suis lui mais lui ne sera jamais moi… »), l’amène à envisager sa propre relation à son père, disparu. Intersection bouleversante que celle d’être père et fils à la fois, dans le manque de l’un comme de l’autre. Car ce n’est pas uniquement le fait de ne plus voir son fils que quelques jours par semaine qui blesse le protagoniste mais aussi, et surtout, l’éloignement et le butoir que la vie en allant son chemin érige entre les êtres. « Mon petit garçon change, maintenant il se lance dans des jeux où son corps va chercher la réponse de l’aventure. Mon petit garçon est ma frontière d’avec toute fin… ». Pourtant, au détour d’un récit qui initialement pouvait sembler un puits dans lequel sentiments et émotions s’abîment et s’obscurcissent, fusent des rayons de soleil qui tintent en heurtant les rebords de l’âme. « Je marche avec mon petit garçon, mon petit dieu qui grandit à chaque pas… ». Un chaud et froid qui rappelle étrangement la vie.

David Besschops

Article paru dans Filiatio #16 – Novembre-Décembre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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