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Monoparentalité désargentée, scolarité perturbée

Une comparaison des taux de pauvreté monétaire* et de déprivation* de différentes catégories de personnes en Belgique indique que la monoparentalité est très souvent synonyme de précarité sociale et économique : 43,2 % des familles monoparentales souffrent de déprivation, et 54,3 % de pauvreté monétaire . Autrement dit, une famille monoparentale sur deux a des revenus inférieurs au seuil de pauvreté, et/ou rencontre des manques matériels. Par comparaison, seule une famille nombreuse sur cinq et un ménage classique sur dix sont dans le même cas. Les répercussions de cette “monoparentalité désargentée” sur le parcours scolaire des enfants sont nombreuses.

Les parents isolés rencontrent d’abord des difficultés récurentes de payement des activités scolaires (sorties culturelles, voyages scolaires, marché de Noël, …) et doivent retarder des payements, demander de l’aide à l’école, emprunter à des proches. Même bien accueillis, ces “aménagements” n’en placent pas moins le parent concerné dans la position inconfortable de “quémandeur”, avec ce que cela suppose de gêne, voire de honte. Selon Christine Mahy, du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP), certains enfants en arrivent à cacher les demandes de payement, à simuler des maladies les jours d’activités payantes, voire à nier leur envie de participer aux voyages scolaires – dans le but de protéger leurs parents dont ils perçoivent le malaise…

Par ailleurs, 10 à 20 % des enfants de famille monoparentale vivent sans voiture, dans des logements trop froids, n’ont pas assez de vêtements et/ou ne disposent pas d’un endroit calme pour faire leurs devoirs. Chacune de ces “déprivations” peut entraîner des difficultés scolaires spécifiques : obligation de fréquenter l’école la plus proche du domicile, qui ne correspond pas forcément aux capacités et aux aspirations des enfants et des parents, santé précaire entraînant des absences répétées à l’école, moqueries et exclusion pour un style vestimentaire trop modeste, difficultés à réaliser les travaux à domicile. Quand plusieurs de ces privations s’additionnent (la moitié des foyers parentaux cumule au moins trois types de déprivation), fréquenter l’école peut devenir une véritable épreuve pour les enfants, qui se heurtent continuellement à des exigences scolaires et sociétales que leur mode de vie ne permet pas de satisfaire.

S’ajoute à cela le problème des réunions de parents, presque toujours organisées en soirée. Là encore, le recours répété à des proches et amis bienveillants s’impose pour ceux et celles qui ne peuvent s’offrir le service d’un-e baby-sitter. Mais dépendre structurellement d’autrui est usant, et nombre de mères isolées finiront par zapper les réunions, au risque d’être perçues comme indifférentes voire démissionnaires par le corps enseignant, ce qui ne fait qu’aggraver le cercle vicieux de l’isolement et de la stigmatisation pour elles et pour leurs enfants.

“Agir sur les conditions de vie des familles monoparentales constitue un réel levier pour diminuer la pauvreté de la population wallonne et également celle des enfants. Un pays comme le Royaume-Uni a pris a bras le corps cette problématique en mettant en place un plan pour lutter spécifiquement contre la pauvreté des familles monoparentales” expliquent Christine Mahy et Anne-Catherine Guio dans “Regards sur la pauvreté et les inégalités en Wallonie” (2013). On ne peut que souhaiter voir un jour se déployer un tel plan de lutte en Belgique, dans l’intérêt des enfants des familles monoparentales. Car la pauvreté et l’échec scolaire vont de pair dès l’enfance : les enfants dont les parents sont les plus défavorisés sont plus souvent en échec scolaire que les autres. Or l’échec scolaire dans l’enfance engendre souvent la pauvreté à l’âge adulte, de sorte que la précarité peut finir par prendre des allures de maladie sociale héréditaire…

*Pauvreté et déprivation, c’est-à-dire ?

La notion de pauvreté est aujourd’hui une notion relative : elle concerne les personnes dont les ressources monétaires ne dépassent pas 60% du revenu médian de leur pays (comptes tenus des revenus du capital, des revenus du travail, des allocations sociales et des aides financières reçues de l’entourage). En Belgique, est donc considérée comme pauvre une personne isolée disposant de moins de 1000 euros net par mois OU un parent isolé avec un enfant disposant de moins de 1300 euros par mois OU un ménage composé de deux adultes et deux enfants vivant avec moins de 2100 euros/mois, etc. Mais ces chiffres sont des abstractions, qui renseignent peu sur les conditions de vie effectives des personnes : certains se perçoivent comme pauvres malgré des revenus très supérieurs à ces seuils, tandis que d’autres trouvent dans une économie alternative et dans une anticonsommation assumée (achats en boutiques de seconde main, emprunts en bibliothèques, déplacements à vélo, loisirs immatériels) la possibilité de vivre de façon satisfaisante. Depuis 2009, les enquêtes sur la pauvreté mobilisent donc également la notion de déprivation, définie comme “l’incapacité de posséder les biens et services et/ou de se livrer à des activités considérées comme ordinaires et/ou nécessaires dans la société où l’on vit”¹ .

1. Cfr Mahy et Guio, Regards sur la pauvreté et les inégalités en Wallonie, working paper de l’IWEPS, n°16, septembre 2013 – Accessible gratuitement en ligne.

Article paru dans notre dossier: Séparations, recompositions… Et l’école dans tout ça ?

Dossier réalisé par Céline Lambeau

Illustrations : Alain Maes

Dossier paru dans Filiatio # 16 / Novembre-Décembre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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