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Mujer que sabe latín… / Femme qui connaît le latin…

filiatio19-073Rosario Castellanos, Éditions Fondo De Cultura Económica

Une fois n’est pas coutume, pour les hispanophones, un livre en castillan. Et quel livre ! Six fois réédité… Presque une révolution à lui tout seul… Mais d’abord, l’auteure, dont une des innombrables qualités (en plus d’être poète, romancière, essayiste, professeure dans de nombreuses universités – Mexico, Wisconsin, Bloomington, Jérusalem, etc. – et collaboratrice des suppléments culturels de divers périodiques internationaux) est d’avoir été le point de départ de la littérature féminine d’aujourd’hui au Mexique. Évidemment, user d’une expression comme « littérature féminine » peut paraître sexiste, voire réducteur. Il s’agit, dans le contexte qui nous occupe, à savoir cet ouvrage, de littérature féminine par opposition à littérature masculine – la seule et unique ayant existé au Mexique (comme ailleurs) durant bien longtemps. (C’est donc une littérature de résistance, une littérature émancipatrice et, si l’on accepte l’humour, d’anticipation…) À ce propos, en 1950 Rosario Castellanos écrivait avec beaucoup d’ironie une phrase qu’elle remet en jeu non seulement par la publication de ce livre mais aussi par le contenu de celui-ci : « Le monde qui m’est interdit a un nom : il s’appelle Culture. Ses habitants sont tous les tenants du sexe masculin ». Sur base de ce constat, le titre – « Femme qui connaît le latin… » – qui chapeaute les trente-cinq essais de ce livre prend toute son importance. Le latin, c’est un aspect de la culture. Et une femme qui connaît le latin, c’est une transgression du pouvoir établi. Ce pouvoir transgressif de femmes qui ont rompu avec l’enfermement sexiste incapacitant, l’auteure nous le donne à voir, l’explore et l’analyse. Et le fait que, dans ses pages, n’apparaissent pas uniquement les figures de proues – internationales – du féminisme mais aussi des femmes moins connues bien que tout aussi engagées dans la vie et la réflexion de leur temps, telles Mercedes Rodoreda, Silvina Ocampo ou Clarice Lispector n’est pas le moindre intérêt de « Mujer que sabe latín… ». Un ouvrage qui peut être considéré comme une sorte de compendium qui sort de l’ombre des créatrices ayant introduit un peu plus les lecteurs – et par leur biais l’espèce humaine – dans les territoires sans cesse renouvelés de l’imagination – une imagination qui transcende de loin les luttes misérabilistes que se livrent les sexistes de tous bords. Grâce au labeur de l’essentielle Castellanos, l’humain avance ses pions dans la partie d’échec qu’il joue contre l’inconnu.

David Besschops

Article paru dans Filiatio #19 – mai/juin 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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