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« No kid », « childfree »… Ces adultes sans enfants qui revendiquent leur choix de vie

filiatio_14-044Ils ont en commun d’avoir choisi de ne pas fonder de famille et de se sentir ostracisés par le reste de la société. Pour partager leurs expériences et faire valoir leur droit à la différence, les « no kid » et les « childfree », ces femmes et ces hommes qui se revendiquent comme étant « libres d’enfant », se regroupent en clubs ou en communautés en ligne. Né aux États-Unis dans les années 1970, ce mouvement est surtout présent dans les pays anglo-saxons.

« Nous avons plus d’argent à dépenser comme bon nous semble. Nous avons plus de temps pour faire ce qui nous plaît. On peut dormir tard, se lever tard, notre temps nous appartient. On peut voyager, prendre des cours, nous n’avons pas à nous faire de souci au sujet de qui va chercher les enfants à l’école ou de leurs activités. » Voilà ce que répond Kristen Bossert, 49 ans, quand on lui demande quels avantages il y a à être « no kid » ou « childfree », les deux termes employés par les anglophones pour désigner ceux qui revendiquent leur non-parentalité comme un choix. Cette graphiste mariée depuis 26 ans vit avec son mari dans le Delaware, sur la côte Est des États-Unis. Elle est membre de No Kidding !, un club international fondé en 1984 par un Canadien, qui regroupe aujourd’hui une quarantaine de sections au Canada, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, où vivent la plupart des membres.

Un « non-parents day » le 1er août

Le mouvement « childfree » est apparu à l’orée des années 1970 aux États-Unis, dans le sillage de la révolution sexuelle. Le tout premier groupement d’adultes sans enfants est créé en 1972 par deux féministes californiennes, Ellen Peck et Shirley Radl. La National organization for non-parents, surnommée « N.O.N. », a alors pour but « d’éduquer le public à envisager la non-parentalité comme une option de mode de vie valide, de soutenir ceux qui décident de ne pas avoir d’enfants et de promouvoir la prise de conscience du problème de la surpopulation ». L’année suivante, elles instaurent un « non-parents day » le 1er août et pour attirer l’attention des médias, font élire une reine et un roi des non-parents, qui défilent à bord d’un taxi à toit ouvrant sur la 5ème avenue, à New York.

Aujourd’hui, la plupart des organisations « childfree » et « no kid » n’ont plus cette veine militante. Plus qu’un choix politique, ne pas faire d’enfant est devenu un style de vie que ceux qui l’ont choisi ont envie de partager avec d’autres. No Kidding ! a par exemple uniquement vocation à offrir un réseau social à ses membres : « Nous n’avons pas d’agenda politique. Nous sommes simplement un groupe destiné aux gens sans enfants pour se faire des amis et participer à des activités », explique Kristen Bossert. L’entre soi permet aux membres de se protéger du monde extérieur, de la souffrance liée au fait d’être incompris : « Souvent, la famille et les amis pensent que nous sommes égoïstes. Ils nous demandent qui prendra soin de nous quand nous serons plus vieux. Et ils pensent souvent que nous changerons d’avis. »

« Nous aimons les enfants »

Le site internet américain Why no kids ? permet lui aussi de rassembler une communauté d’internautes autour de ce thème, tout en livrant un travail d’information auprès du grand public, via des témoignages et des prises de position de personnes « childfree » sur des questions d’ordre personnel ou sociétal. Cette communauté en ligne rassemble exclusivement des couples mariés « no kid ».

Aux manettes du site, Brian Giebel, 41 ans. Cet écrivain américain vivant dans l’État de New York est marié depuis treize ans à une auteure de livres pour enfants. « Je crois que tous les gens nous soupçonnent de détester les enfants à la base. Mais nous aimons les enfants et avons tous les deux été professeurs autrefois », explique-t-il. Avec Why no kids ?, il espère faire sauter certains préjugés.

« Nous payons une quantité injuste d’impôts »

Mais en plus de se sentir mal vu par les autres, il se sent discriminé au sein de son propre pays : « Nous payons une quantité injuste d’impôts et une quantité disproportionnée de prestations de santé et les politiciens essaient de dire que le mariage signifie avoir des enfants et que nous ne sommes pas une vraie famille. Mais ce que font le plus souvent les gens, c’est de dire que nous sommes égoïstes, comme si faire des bébés était un acte de pure générosité ».

L’impression de trop payer est assez répandue chez les « childfree » dans les pays anglo-saxons, qui estiment que comme ils n’ont pas d’enfants, ils devraient obtenir des avantages fiscaux par rapport aux couples avec enfants. À ceux qui lui reprochent d’être égoïste, Kristen Bossert rappelle ainsi que même si elle n’a pas d’enfants, elle paye « tout de même les impôts qui financent l’école ».

À l’exception de l’Angleterre, le mouvement « childfree » est encore balbutiant en Europe, où le sujet continue de rester tabou. Pour en savoir plus, nous vous conseillons d’aller faire un tour sur le site internet Childfree, lancé par une Française en 2007. C’est une véritable mine d’infos en français sur le mouvement des non-parents.

À LIRE, À VOIR

❱❱ Épanouie avec ou sans enfant

Isabelle Tilmant, éd. Anne Carrière (2008)

❱❱ L’envers du Landau

Lucie Joubert, éd. Triptyque (2010)

❱❱ Être femme sans être mère. Le choix de ne pas avoir d’enfant

Émilie Devienne, éd. Robert Laffont (2007)

❱❱ No Kid. Quarante raisons de ne pas avoir d’enfant

Corinne Maier, éd. Michalon (2007)

❱❱ L’amour en plus. Histoire de l’amour maternel. XVIIe-XXe siècle

Élisabeth Badinter (2001)

❱❱ La non-procréation : un écart à la norme, Pascale Donati, étude sociologique publiée dans la revue Informations sociales (2003)

❱❱ L’embarras du choix

Isabelle Taveneau, documentaire de 66 mn, éd. La Famille digitale (2004)

❱❱ Childfree, et alors ?, Charlotte & Fabrice, documentaire de 58 mn (2012)

Lisez la suite du dossier préparé par Annabelle Georgen, avec les llustrations de Lola Parrot-Lagarenne : « Je ne veux pas d’enfant »

Dossier paru dans Filiatio #14 / juin – juillet 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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