Home » Actualités » Où est Solal ?

Où est Solal ?

Solal, le fils de Vincent, a été kidnappé par sa mère. Après quelques années passées dans une communauté juive ultra-orthodoxe en Israël, alors que Vincent se battait pour le retrouver, Solal a été transféré dans un endroit inconnu.

Dès la naissance de mon fils, je me suis pleinement impliqué dans mon rôle de père. Je me suis énormément occupé de lui. Je donnais ses biberons à Solal, je me levais la nuit pour le réconforter, je lui donnais le bain, etc. En même temps, des disputes avec mon ex-femme ont commencé. Elle avait été victime d’anorexie sévère et souffrait encore de difficultés de santé. La situation devenait difficile. Je n’étais simplement pas préparé à cela.

Un jour, j’ai reçu une assignation à comparaître devant le juge de paix : la maman demandait la séparation de fait. Solal avait 3 ans. J’ai demandé au juge la garde alternée, dès la première audience. La maman a refusé et a demandé que j’aie 4 jours par mois. La communication a cessé entre nous. Le juge m’a octroyé 10 jours par mois, et j’ai demandé une expertise, avec l’accord du juge, pour prouver que je pouvais m’occuper de mon fils dans le cadre d’une garde alternée1. Un an plus tard, l’expertise a conclu à la nécessité d’étendre l’hébergement de Solal avec moi jusqu’à… 13 jours par mois. 13 jours – quelle différence avec une garde égalitaire ? Enfin… Je me suis dit « okay, je vais m’arranger avec ça…. ». C’était important pour moi de suivre l’éducation de mon fils. Mais, le temps que je saisisse le Tribunal pour faire ma demande, mon ex-femme a demandé et obtenu, à titre provisoire, l’autorisation de vivre à Paris avec Solal.

Elle est partie en mars 2004, deux ans après la séparation. A partir de ce moment-là, toutes les  deux semaines, j’ai dû aller chercher mon fils Gare du Nord à Paris, pour qu’il passe un week-end avec moi en Belgique. Quel bouleversement. A part les moments heureux avec lui, je vivais un cauchemar : j’ignorais tout de sa vie, au début, je ne savais pas où il résidait, avec qui, où il allait à l’école… J’ai fait appel de la décision et demandé une deuxième expertise. En juillet 2005, trois psychologues belges ont rendu leur décision et dit que je devais avoir l’hébergement principal, que Solal (qu’ils avaient examiné) était en souffrance, et que sa mère m’excluait complètement de la vie de notre fils. J’ai donc saisi la Cour d’Appel, qui a rendu en novembre 2005 une décision m’accordant l’hébergement principal. Deux semaines plus tard, j’ai reçu un télégramme (un télégramme!) de mon ex-femme, dans lequel elle avait écrit que je ne verrai plus jamais Solal et m’annonçant qu’elle allait intenter une action en France. Pourtant, la Belgique, selon la Convention de la Haye et le règlement de Bruxelles II bis, était compétente. Et le juge français a estimé que la décision belge était juste : dans le jugement, il s’est même dit « inquiet » pour Solal.

Le 25 décembre 2005, je suis allé chercher Solal à Paris, et, là où je devais le retrouver, il n’y avait personne. Alors, j’ai porté plainte  pour enlèvement. Interpol a été saisi, et très vite, on a soupçonné que Solal était en Israël : un mandat d’arrêt international a été délivré contre sa mère. L’enlèvement d’un enfant, c’est la pire des choses qui puisse arriver. Ça détruit complètement. Heureusement, Child Focus m’a tout de suite orienté vers un service d’aide aux victimes, où je suis suivi depuis 6 ans. Ce que j’ai vécu est d’une violence insoutenable.

En novembre 2006, la police israélienne a retrouvé Solal. J’ai engagé immédiatement un avocat israélien spécialisé – rien que pour ouvrir le dossier, j’ai dû payer 10 000 euros. A ce stade, j’étais près d’être ruiné. L’avocat a introduit la demande sur la base de la Convention de la Haye. J’ai dû me rendre en Israël pour être entendu par le Tribunal. Le juge m’a donné l’autorisation de voir mon fils. On m’a prévenu qu’il avait été monté contre moi. Pourtant, Solal m’a souri tout de suite, en cachant son sourire derrière sa main pour que ses grandsparents maternels, qui l’accompagnaient, ne le voient pas… Et puis, ce furent des retrouvailles fabuleuses… Puis, il m’a annoncé qu’il était devenu ultra-orthodoxe : il avait donc… 8 ans ! Il m’a fait des dessins, dans lesquels j’ai vu une certaine régression par rapport aux dessins qu’il faisait avant. Et après une heure avec moi, il s’est mis à trembler : conflit de loyauté. Le juge m’a demandé de revenir quelques mois plus tard pour une expertise. Le psy, qui était d’ailleurs religieux, a compris que Solal avait été manipulé. Le juge israélien décida alors que l’enfant devait rentrer à Bruxelles… Mais la mère a fait appel et obtenu une nouvelle expertise suite à un problème de procédure. Alors, je suis à nouveau retourné en Israël, pour refaire cette expertise avec Solal. Je me souviens de cette séance, que son grand-père maternel a tenté d’interrompre après une heure…

Quelques semaines plus tard, on m’a fait passer de nouveaux tests, à la suite desquels le psychologue – lui aussi religieux – a conclu que Solal devait retourner à Bruxelles avec moi, et que la mère devait également retourner à Bruxelles. Cela ne pouvait se faire qu’à condition que je lève les charges contre elle en Belgique – ce que j’ai accepté de faire. La mère promit alors de revenir. J’ai encore fait deux aller-retour en Israël pour préparer mon fils à son retour en Belgique. Mais il s’est mis à refuser de me parler en français, et il me disait que j’étais impur… Il avait subi un lavage de cerveau. A chaque visite, il était accompagné d’un rabbin et de sa mère. La Cour suprême israélienne a ordonné définitivement le retour de Solal en Belgique pour le 3 juillet 2008. A cette date, je me suis rendu à l’aéroport de Tel Aviv, accompagné par un policier et un fonctionnaire de la justice belge… mais il n’y avait personne au rendez-vous. La police demande l’enfant à sa mère, et, ne trouvant pas la trace de Solal, inculpe mon exfemme. Ce soir-là, dans ma chambre d’hôtel, j’ai vu un reportage à la télévision israélienne qui me traînait dans la boue, la mère prétendant que je voulais enlever mon enfant et lui faire du mal… J’étais atterré.

Depuis juillet 2008, nous n’avons plus trouvé aucune trace de Solal. J’ai engagé un détective privé qui a conclu que Solal était dans une communauté ultra-orthodoxe, sans sa mère et sans sa famille maternelle, probablement aux Etats-Unis… On est alors en juillet 2008. Les recherches ne donnent rien, et je n’ai plus de quoi les payer. Depuis l’an dernier, ma famille m’aide, et on a relancé les recherches. Mais sans succès. 

Voilà ma vie depuis 10 ans. Solal aurait pu grandir tranquillement, avec ses deux parents, même séparés. Et aujourd’hui, je ne sais pas où il est. Mon rôle de père, de parent, a été totalement anéanti. Solal a disparu. Tout ce que je sais, c’est que son nom a été changé, que sa nationalité a été changée deux fois, et même la date officielle de sa naissance.

Propos recueillis par S.P.

 

NOUS ADOPTONS SOLAL

Filiatio s’engage à ce que ce rapt ne soit pas oublié. Filiatio demandera aux autorités compétentes de tout mettre en oeuvre pour résoudre ce dossier.

 Paru dans le magazine Filiatio n°7 

 

Je commente (1) Commenter | Je partagePartager sur facebook | Je tweeteTweeter cet article

Un commentaire à “Où est Solal ?”

  1. DIONNET | 22/09/2013 à 19 h 40 min

    mon fils est dans le même cas son ex à enlever ses deux enfants ça fait 2 ans que nous ne les voyons plus , ils ont maintenant 6 et 5 ans . Courage

Laisser un commentaire

* Ces champs sont obligatoires
** Vous pouvez utiliser certaines balises html