Home » Actualités » Où sex a fait mal: Match plus que nul

Où sex a fait mal: Match plus que nul

Vilipendée, l’industrie pornographique n’en donne pas moins le la et façonne insidieusement le regard que nous posons sur nos appareils génitaux. Après le rasage intégral et la traque quasi maccarthyenne des poils qui s’est propagée dans un rayon sociétal large, elle influe depuis quelques temps dans le rapport que les femmes et des hommes entretiennent avec leurs organes génitaux apparents. Au point que nombre d’entre eux aujourd’hui subissent des opérations de chirurgie esthétique destinées à rapprocher leur corps des diktats de ladite industrie, devenue modèle de référence. Comme nous le soulignions dans de nombreux magazines antérieurs, l’égalité entre les femmes et les hommes, rarement acquise, se résume souvent à une égalité dans la tourmente ou face à l’adversité…

Échauffement

Il est des sujets qui, dès qu’on y touche avec humour, donnent un mauvais goût à l’humour. Pourtant, si on ne les touchait pas avec humour, avec quoi les toucherait-on ? Voyons plutôt !

Sur un site de vulgarisation médicale, à côté d’explications sur la relation que beaucoup d’hommes entretiennent avec leur pénis, effets et conséquences inclus, figure une publicité vantant une marque de bâtonnets de poisson « super croustillants ». Et comme depuis que le sexe est sexe, les analogies pleuvent, voici des nouvelles, accessoirement dichotomiques, de la dernière pluie.

Équipe messieurs

D’après certaines études, des footballeurs souffriraient de ce qu’on appelle le « complexe du vestiaire ». C’est-à-dire une difficulté à se déshabiller quotidiennement en public pour ceux d’entre eux dont le membre n’est pas « abondamment fourni » (ou « super croustillant ») car ils s’exposent aux railleries de leurs collègues. D’où le recours à une opération esthétique (pénoplastie) augmentant le diamètre, et très faiblement la longueur, de leur pénis. S’il est compréhensible que ces sportifs entreprennent de diminuer leur souffrance quotidienne, il est plus difficile d’entendre le positionnement d’hommes n’étant pas professionnellement tenus de se dévêtir mais qui optent néanmoins pour se faire agrandir ou épaissir le sexe. Écoutent-ils eux aussi persifler un équipier ou siffler un arbitre dans leur inconscient où rêvent-ils d’avoir des testicules plus gros que le ballon ? Ou tout simplement, est-ce la pression du monde actuel qui, en poussant les individus à la performance dans tous les domaines, les incite à se munir des outils les plus apparemment efficaces et vigoureux afin de réaliser les prouesses qui les sortiront du nombre ou de l’anonymat ? Il serait par trop simpliste de s’agripper à la première perche – même chirurgicalement exemplaire – qui se tend en guise de réponse… Quoi qu’il en soit, en attendant, pour les footballeurs comme pour les autres, le sexe ne serait pas sans filet !

Femmes et hommes sont les cibles d’injonctions commerciales qui muent leurs élans en compétition plastique

Équipe dames

Quant aux femmes, serait-il taquin d’envisager qu’elles éprouvent l’angoisse du gardien au moment du pénalty ? En tout cas, elles ne semblent pas mieux loties que les hommes face à la pression et il existe de nombreuses opérations dont la visée principale est de transformer l’aspect de leur appareil génital. Appareil soumis à de plus rudes épreuves que les hommes. Les femmes accouchent, rappelons-le… La labioplastie vaginale a par exemple pour but d’améliorer son esthétique. Il consiste en une réduction des lèvres supérieures et un embellissement des lèvres inférieures. Ceci sans altérer leur fonctionnalité. Ou, en cas de vagin légèrement distendu, le lipofilling, qui permet d’en rétrécir le diamètre et dans le même temps de réaliser une augmentation du point G. Joindre l’utile à l’agréable ou l’inverse, reste une de ces vieilles maximes qui flottent allègrement au fronton de notre société.

Balle de match

Pléthore d’autres interventions apparaissent au « menu » des chirurgiens. Notre but ici n’étant pas de les recenser toutes, je m’en tiendrai à celles qui précèdent et soulignerai surtout le fait que femmes et hommes se trouvent de plus en plus être les cibles d’injonctions commerciales qui muent leurs élans les plus naturels et les plus intimes en compétition plastique, en sport de haut niveau ou en défilé de mode. Des contextes qui les poussent à s’examiner régulièrement sous toutes les coutures. Jusqu’à ce que leur amour-propre n’en puisse plus et déclare forfait pour corps à revoir ou impraticable. Ces comportements amènent à penser qu’il faut atteindre la dignité d’un produit pour entrer en lice. Et qu’idéalement, pour s’aimer, il faudrait vouloir s’acheter !

David Besschops

Article paru dans Filiatio # 16 / Novembre-Décembre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

Je commente (0) Commenter | Je partagePartager sur facebook | Je tweeteTweeter cet article

Laisser un commentaire

* Ces champs sont obligatoires
** Vous pouvez utiliser certaines balises html