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Papa vient dimanche

filiatio_13-064À l’heure où la procréation est brandie comme un droit inaliénable de l’adulte, deux films viennent nous rappeler que la parentalité est d’abord un engagement à tenir auprès d’un enfant. « Françoise Dolto parlait toujours du devoir de garde, plutôt que du droit de garde. Il s’agit d’un devoir, d’une responsabilité d’adulte et pas d’un droit à jouir de l’enfant comme d’un bien de consommation, ‘ si on veut ’ »*. Un tel basculement sémantique (remplacer la notion de droit par celle de devoir) permettrait-il d’enrayer les situations dénoncées avec élégance par What Maisie knew et Papa Vient Dimanche ?

Papa vient dimanche

de Radu Jude avec Serban Pavlu (Marius), Sofia Nicolaescu (Sofia), Mihaela Sîrbu (Otilia), Roumanie, 2013, drame, 1h48

Marius, la trentaine, technicien dentaire, vit dans un minuscule studio aux fenêtres ouvertes sur le vacarme de la circulation. Il s’en extrait un matin, équipé d’un sac à dos très rempli et d’une gigantesque pieuvre en peluche, pour aller chercher chez son ex-femme sa fille Sofia qu’il a prévu d’emmener quelques jours à la mer. À son arrivée, Sofia est encore couchée, aucun bagage n’a été préparé et la mère de l’enfant s’est absentée, laissant à son nouveau compagnon et à sa propre mère le soin d’empêcher le départ de l’enfant, qui aurait été « fiévreuse » la veille. Marius prend son mal en patience, puis va réveiller l’enfant qu’il trouve en pleine forme, et prépare un sac pour partir avec elle comme prévu. Devant son entêtement à faire respecter son droit de visite déjà minimal, le ton monte, les corps s’agitent, et une porte heurte au front le nouveau compagnon, institué garant des diktats maternels.

Au retour de celle-ci, les choses s’enveniment encore, et tournent à la prise d’otage à domicile : empêché, humilié, nié, Marius insulte, hurle, brise, bâillonne et ligote. Il parle aussi… et le passé ricane des plaies ouvertes deux années plus tôt… et le présent aggrave leur pourriture.

Sofia voit tout, entend tout. La police est derrière la porte, envahit la rue. Marius pleure, panique, et livre à sa fille des mots doux, et des mots sales, et des promesses pour « un jour »… Avant de s’échapper, blessé, loin du manège infernal…

Céline Lambeau

* Catherine Dolto dans Pour ou contre la garde alternée, Éditions Mordicus, 2010.

 Article paru dans Filiatio #13 / mars – avril 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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