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Pas de fessée sans feu

filiatio_12-005Reprise des combats sur la Ligne Maginot de l’éducation, suite au revers cuisant essuyé par un père français trop prompt à dégainer la paume. La France envisaget- elle de changer de camp ? La Belgique sortira-t-elle un jour de la neutralité ?

Limoges, octobre 2013. Blessé par le refus obstiné de son fils de 9 ans de le saluer, un père en instance de divorce le fesse dans les règles de l’art. Outré, le garçonnet porte plainte auprès de sa mère. Révoltée, celle-ci dénonce son futur ex-mari aux autorités. Bilan : deux sanctions financières pour le père, une nette sympathie des médias pour son attachement au cinquième commandement, et une nouvelle flambée d’affrontements verbaux sur le territoire français, dont la législation reconnaît un « droit de correction » aux parents, tout en condamnant a priori toute violence exercée sur autrui.

Conséquences directes de cet affrontement : des salves échangées sur le front belge de la fessée par les états-majors d’organismes de premier plan : saisissant l’ouverture française, Benoit Vankersbilk, Président de l’ONG Défense des Enfants, a réclamé, dans une lettre ouverte, l’alignement de la Belgique sur les vingt-deux pays européens qui ont opté pour une interdiction légale de la fessée; Vincent Magos, responsable du programme de prévention de la maltraitance en FWB, a fait part, en réponse, de son scepticisme quant à l’instauration d’une politique répressive à des fins de lutte contre l’éducation répressive. « En tant que Délégué Général aux Droits de l’Enfant, a répliqué alors Bernard de Vos, je souhaite un signal clair et une mesure symbolique forte à l’égard de l’ensemble de la société pour dire que la fessée n’est pas tolérable et n’est pas un instrument d’éducation pertinent. (…) Vincent Magos persiste à penser autrement. Je le regrette. ».

Pendant ce temps, sur la Toile, des combattants belges et français tiraient à vue avec des munitions de calibre divers : prédictions alarmistes quant à l’avenir de grands délinquants des enfants non-fessés, appels véhéments au respect du corps enfantin, témoignages en forme de « j’en ai reçu et je n’en suis pas mort-e / j’en ai reçu et j’en reste traumatisé-e ». Chargées à blanc, ces balles auraient laissé tous les camps parfaitement indemnes. De nouveaux affrontements ne sont donc pas à exclure.

Vous riez ? C’est bien le problème. Le traitement médiatique de la fessée transforme aujourd’hui en carrousel de foire un débat qui ne devrait plus souffrir de délai. La bataille de Limoges est une occasion manquée, et c’est regrettable, car elle exposait ses failles à qui voulait les voir. Un couple en instance de divorce, un enfant qui rejette son père, la plainte d’un parent contre un autre parent, une exigence masculine de « respect »… La fessée, dans cette affaire, n’était que la salve finale d’une de ces luttes aussi banales qu’indignes, qui voit des adultes utiliser le coeur et le corps de leur enfant comme terrain de manoeuvres et comme champ de bataille. N’était-ce pas cette prise d’otage qu’il fallait immédiatement dénoncer haut et fort ?

À suivre…

Céline Lambeau

Article paru dans Filiatio n°12 – janvier / février 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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