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Pas maintenant

L’IVG a fait couler pas mal d’encre les derniers temps. En effet, le droit des femmes à interrompre une grossesse non désirée est actuellement remis en débat dans plusieurs nations européennes. Dans certains cas, le problème vient d’une remise en cause frontale du droit à l’IVG émanant des pouvoirs en place, qui génère un mouvement de protestation populaire : le gouvernement espagnol envisage de faire passer une loi criminalisant l’IVG, mais une résistance européenne s’organise; un groupe de parlementaires suisses a demandé la suppression du remboursement de l’IVG, mais la demande a été rejetée à plus de 70% des voix. Dans d’autres cas, le combat contre l’IVG est mené par une portion minoritaire de la population, et ce sont les autorités qui réaffirment le droit des femmes à être maîtresses de leur vie : en France, des mouvements anti-avortement ont mis en ligne des sites d’infos bidons renvoyant vers des centres d’appel qui s’évertuent à culpabiliser les femmes souhaitant recourir à l’IVG; mais le gouvernement français a répondu à cette prise d’otage de femmes en détresse en créant son propre site d’information neutre et objectif sur l’IVG (ivg.gouv.fr).

Ces évènements ont l’avantage de nous rappeler que certains droits acquis sont encore fragiles, et que la vigilance doit rester de mise pour pérenniser leur existence. Mais la remise en débat du droit à l’IVG dans une société qui n’est plus celle des années ‘70 ou ‘90 amène aussi de nouvelles questions. À Filiatio, on reste songeur, par exemple, devant un constat d’inégalité criante en matière de grossesse débutante : les femmes ont le droit de refuser une parentalité qui s’impose à elles en des circonstances inadaptées. Pas les hommes. Car aucune loi n’autorise actuellement un homme à se séparer d’un embryon non désiré. Au contraire, les pères se voient généralement contraints d’assumer les enfants qu’ils ont conçus sans le savoir ou sans le vouloir, si les mères l’exigent. Cette situation a été dénoncée en 2013 dans Paternité imposée par Mary Plard, avocate : « Aucune disposition de la loi Veil ne prévoit un droit d’ingérence du père : il n’est évidemment pas question qu’il puisse contraindre la mère à poursuivre une grossesse qui la mettrait en danger ou qu’elle refuserait de mener à terme. Cette simple idée nous révulse, et elle serait humainement inenvisageable pour la mère et pour l’enfant. Pourtant, nous sommes prêts à admettre que, pour un père, être contraint d’assumer un enfant dans des conditions de contrainte, de violence psychique ou morale, d’abus, n’est pas un problème. Quant à la question du consentement, je serais tentée de dire, en parodiant la juge du Tribunal de Moscou : question rejetée » . À n’en pas douter, cette question rejetée aujourd’hui émergera quand même, tôt ou tard, sur la scène publique, et risque de faire du bruit…

Céline Lambeau

Article paru dans Filiatio #13 / mars – avril 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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