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Pleins feux sur la fessée

filiatio_13-031Depuis quelques années, la rédaction de Filiatio observe et s’interroge à propos de ce geste dit ancestral : la fessée. Doté d’un historique et d’une symbolique pesants, il ne laisse généralement personne indifférent et suscite débats, réflexions et controverses dès qu’il est évoqué. De fait vingt deux nations européennes sur vingt-sept ont inscrit l’interdiction de la fessée dans leur loi. La Belgique, elle, ne s’y est pas encore résolue.

Motivé à la fois par nos regards de parents, nos questionnements de citoyens, et nos pratiques professionnelles, ce dossier se propose d’étudier quelques unes des hésitations, opinions, décisions les plus récurrentes aujourd’hui, à propos de ce geste devenu problème de société : la fessée.

Frapper les enfants a été très longtemps une pratique banale, commune, socialement acceptable, voire recommandée. Mais depuis les années septante, un nouveau type de rapport entre adulte et enfant fondé sur le dialogue et la libre expression se diffuse et détrône progressivement l’éducation à la dure.

Comme toute évolution touchant aux moeurs, le bouleversement des méthodes éducatives ne va pas sans heurts. Le problème des sanctions corporelles est donc régulièrement à l’agenda médiatique et scientifique, depuis plus de trente ans. De très nombreux documents (extraits de JT et de documentaires, essais, articles de journaux, témoignages écrits et oraux, études sociologiques ou psychologiques, …) gardent la trace du cheminement collectif sur cette question. Leur examen permet de mesurer la progression des discours et des pratiques relativement aux punitions corporelles, et d’y trouver matière à se réjouir autant qu’à s’interroger.

Se réjouir, par exemple, de la disparition du martinet, instrument punitif encore en vente il y quelques décennies, souvent glissé sous le sapin par le Père Noël ou le Père Fouettard, et pas seulement avec des visées symboliques : « Commerçant, j’ai possédé un magasin de jouets de 1952 à 1985. Des martinets figuraient parmi les articles en ventes. Dans les années cinquante et soixante, les martinets se vendaient très bien. On achetait un martinet comme on achète une baguette de pain » (Patrick, 86 ans).« C’était un instrument très dissuasif dans les années soixante, il y en avait un dans pratiquement tous les foyers; il était très souvent pendu dans la cuisine près des torchons à vaisselle. Il était d’autant plus dissuasif que les mamans n’hésitaient pas à s’en servir » (Sophie) (1). Inimaginable aujourd’hui, le martinet « éducatif » ? Oui, trois fois oui. Qui oserait encore défendre l’usage d’un tel objet, en Europe ?

Cette belle unanimité est loin d’être acquise, en revanche, en ce qui concerne la fessée : on la défend ici, on la stigmatise là ; certains états l’autorisent, d’autres l’interdisent ; on l’emploie avec conviction chez les uns, avec culpabilité chez les autres. À l’analyse, la fessée se présente comme un « cas-limite ». Mieux : une frontière. Comme une frontière, elle sépare deux populations : ceux qui tolèrent qu’un geste soit porté sur autrui sans son consentement, ceux qui ne l’admettent pas. Comme une frontière, elle permet de passer d’un état à un autre : de la surexcitation à l’immobilité contrite, de la provocation à la soumission, ou encore de l’insouciance à la honte (côté enfant)… ou de l’exaspération à l’apaisement, ou à la culpabilité (côté adulte). Comme une frontière, elle trace une limite entre deux mondes : celui de l’éducation « violente » et celui de l’éducation « respectueuse »… si l’on en croit nombre des détracteurs de la fessée. Mais les choses sont-elles aussi simples ?

Dossier préparé par Céline Lambeau & David Besschops

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filiatio_13-034« La » fessée ?

Pour conduire notre réflexion, offrons-nous quelques questions simples, et pourtant rarement posées : c’est quoi, une fessée ? qui fesse qui ? avec quels effets ?

Les médias ont pris l’habitude de parler de « la » fessée. Cette utilisation du singulier entraîne une forme d’illusion, puisqu’elle range sous une bannière unifiée une infinité de gestes, de personnes, de contextes et d’objectifs qu’il conviendrait peut-être de réexaminer séparément avant de légiférer.

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filiatio_13-037Un fesseur sachant fesser…

Le terme fessée renvoie à un contact entre une main et un postérieur. Mais une fois cela dit, on n’a encore rien dit.

Lors d’une discussion à bâtons rompus sur la fessée en salle de rédaction, des opinions divergentes ont surgi quant à l’identité des fesseurs : les uns percevaient la fessée comme un geste typiquement masculin, signalant la persistance de tendances patriarcales dans la société contemporaine, les autres comme une sanction employée préférentiellement par les mères en charge d’enfants encore petits et turbulents.


filiatio_13-039Les effets de la fessée

De nombreuses études scientifiques cherchent à établir des liens de causalité entre des sanctions reçues dans l’enfance et des problèmes de santé physique et psychologique à l’âge adulte. On apprend ainsi par une étude britannique de 2012 que « les coups et les insultes reçus dans l’enfance accroissent les risques de cancer, de troubles cardiaques et d’asthme à l’âge adulte », et la responsable d’un laboratoire de génétique comportementale signale que « les personnes qui ont subi des traumatismes dans leur enfance ne souffrent pas seulement du point de vue psychologique. Leur cerveau est véritablement altéré ».


filiatio_13-044Et le retournement va son chemin

Très souvent, via différents moyens de communication, le problème de la fessée est inversé et observé par le mauvais bout de la lorgnette. D’où le rejet, le tollé, la mauvaise foi populaire. Lorsque l’abolition de la fessée est présentée comme une interdiction, passible d’une peine administrative, financière ou pénale, la plupart de ses détracteurs font valoir leur droit au respect de la sphère privée et au règlement des transactions qui s’y effectuent.

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filiatio_13-041Quelques dates dans l’histoire des droits parentaux

Antiquité romaine jusque 4e siècle PCN:

Pouvoir de vie et de mort d’un père sur son enfant, hérité du droit romain.

France, 2009:

Dépôt par Edwige Antier, pédiatre et députée UMP, d’une proposition de loi inscrivant l’interdiction de la fessée au code civil.

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Dossier paru dans Filiatio #13 / mars – avril 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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