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Prière d’insérer

filiatio-15-003Un dossier interpellant démontre une nouvelle fois que vouloir être parent et le devenir effectivement sont deux choses bien différentes…

Lorraine Millot (correspondante pour Libération à Washington), vient en effet de mettre en lumière une pratique en vigueur aux USA qui choque les esprits européens : certains enfants adoptés par des couples américains mais « mal adaptés à leur nouvelle maison » sont remis sur le marché de l’adoption après quelques années, moyennant transaction financière. Un « relogement » légal, et même organisé : des sociétés privées jouent les intermédiaires, en publiant par exemple des annonces décrivant les particularités des enfants à adopter. M. est extrêmement intelligent… Il adore faire du vélo et nager… Ses parents l’aiment et il aime ses parents, mais un problème empêche qu’il vive dans la même maison que sa soeur biologique (écrivez pour plus de détails). En raison de quelques comportements inadaptés envers les femmes, il ne peut être adopté par une femme seule… Ou : A. est une petite fille curieuse et indépendante. Elle prend le bus seule pour aller à l’école… Elle aime les sports d’équipe… Elle a besoin de parents expérimentés dont les enfants sont grands. Il ne devrait pas y avoir d’enfants plus jeunes dans la famille, et de préférence pas d’animaux. Une thérapie est fortement recommandée pour elle et sa nouvelle famille.

Comment en arrive-t-on là ? Comme pour toute parentalité, sans doute : en commençant par rêver d’un enfant… idéal. Sauf que la vie amène un enfant réel – imparfait, singulier, abîmé. On pensait que ce serait juste un peu difficile les premières semaines, et que l’Amour panserait toutes les blessures. Mais l’adaptation mutuelle se révèle ardue et l’amour n’a pas le parfum enivrant espéré. Des comportements dérangeants apparaissent… alors, le problème familial devient un « problème chez l’enfant ». Et c’est lui qu’on essaye de changer, ou d’écarter. La parentalité est décidément un chemin bien ardu… Tandis que les uns cherchent à se débarrasser d’un enfant-problème, d’autres luttent bec et ongles pour obtenir « un peu plus » leur propre enfant… devenu lui aussi un problème après séparation. On pourrait voir, dans ces attitudes apparemment diamétralement opposées, deux résultats contrastés d’une même tendance décidément peu compatible avec le bien-être des familles : consacrer toute son énergie à faire rentrer un enfant dans un jeu de rôles prédéfini (« famille aimante », « enfant sage et intelligent », « hébergement alterné »…), au lieu de rencontrer véritablement cet enfant – pas idéal – dans ces conditions – pas idéales – que la vie propose…

Céline Lambeau

Article paru dans Filiatio #15 / septembre – octobre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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