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Pub…R.T.

Depuis quelques semaines, un spot audiovisuel réalisé par la marque Always interpelle le grand public sur un cliché sexiste. On y voit des enfants et des adolescents invités à courir, lancer, boxer « comme une fille ». Les ados (filles et garçons) prennent aussitôt des allures idiotes, précieuses et superficielles… tandis que les petites filles miment des comportements d’athlètes. « À quel moment ‘faire quelque chose comme une fille’ est-il devenu une insulte ? » interroge ensuite l’écran, avant d’expliquer, un instant plus tard, que « la confiance des filles s’effondre durant la puberté » et qu’ « Always veut changer ça ».

L’initiative a été plébiscitée, et à raison : une société commerciale qui dénonce un cliché culturel défavorable aux femmes, ça n’arrive pas si souvent ! Et l’efficacité du spot à ce niveau est telle qu’on ferme volontiers les yeux sur les objectifs commerciaux sous-jacents.

Mais la démonstration proposée dans cette vidéo ne doit surtout pas devenir un nouveau prêt-à-penser genré : en réalité, la perte de confiance en soi est une plaie classique… Pub…rt de l’adolescence ! Et touche donc autant les garçons que les filles. S’il est vrai que « comme une fille » devient une expression méprisante quand elle est associée à des actions traditionnellement masculines, on peut en dire autant de l’expression inverse quand elle est employée en rapport avec les domaines de compétences réputés féminins ! En tant que fille, s’entendre dire qu’on s’habille, qu’on se tient, qu’on s’exprime « comme un mec » est rarement un compliment : c’est plutôt synonyme de vulgarité, de grossièreté, d’inélégance. Ces critiques servent donc avant tout à faire endosser à chacun l’identité de genre qui correspond à son sexe biologique.

Il est vrai que cette pression à la conformité s’accentue notablement à l’adolescence, lorsque le corps tranquille de l’enfant devient le corps sexué de l’adulte. Car le corps pubère est un corps fertile, donc un corps que la société doit contrôler. Passée la dénonciation des clichés sexistes, il conviendrait donc plutôt d’interroger ce qu’on fait aujourd’hui de ce cap si délicat de la puberté. De tous temps, dans tous les peuples, des rites initiatiques d’importance ont accompagné, guidé le passage de l’enfant vers le rôle d’homme ou de femme. Mais dans nos contrées, ces rites semblent avoir disparu. Les ados bénéficient-ils encore d’une reconnaissance et d’une valorisation des signes qui annoncent leur maturité sexuelle ? Filles et garçons sont-ils également traités dans le domaine de l’éducation à la sexualité ? Faut-il laisser aux « commerciaux » le soin d’accompagner ce passage ? Autant de questions passionnantes que nous aborderons de manière certaine dans un prochain numéro.

Céline Lambeau

Article paru dans Filiatio #15 / septembre – octobre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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