Home » Actualités » Quand c’est pas mieux, c’est pire !

Quand c’est pas mieux, c’est pire !

Rapt parentaux:

À travers son témoignage, Olivier nous démontre qu’à la question des parentalités inégalitaires s’ajoute parfois, dans le chef de l’un des parents, un facteur psychologique ou psychiatrique non-détecté qui, quand il n’est pas à l’origine de l’inégalité, fausse l’intervention de la justice. Les décisions rendues alors peuvent être lourdes de conséquences pour les enfants et, éventuellement pousser le second parent à commettre un acte jugé répréhensible et porteur d’une terrible étiquette : le rapt, par exemple.

Prologue

« De notre mariage, Marijke, mon ex-épouse, et moi avons eu trois enfants. La quasi-totalité de nos désaccords est issue de ces trois enfants. S’il fallait résumer le point de départ de mon histoire, la phrase qui précède conviendrait très bien.

Première crise de couple

Les problèmes ont débuté lorsqu’il fut question de scolariser nos jumeaux, Tim et Karel. Moi, j’aurais voulu qu’ils n’entrent pas à temps plein directement. J’estimais qu’ils étaient trop jeunes pour demeurer de longues journées hors de la maison. Je n’en voyais d’ailleurs pas l’intérêt éducatif et j’étais prêt à prendre un congé sans solde pour m’occuper d’eux une partie de la semaine afin de les soulager de journées trop chargées sans que cela n’occasionne du travail supplémentaire à leur mère. Marijke était opposée à cette idée et les discussions à ce sujet tournaient généralement au conflit. Elle considérait que leur développement social et le « qu’en dira-t-on » de l’entourage, dans le cas où ils ne fréquenteraient pas l’école, primaient sur toute autre opinion. Lorsque la rentrée de septembre est arrivée, j’ai essayé un temps de faire-valoir par l’exemple le bien-fondé de ma proposition mais rien n’y faisait. Ça ne générait que des disputes toujours plus virulentes. J’ai fini par céder pour rétablir la paix de notre couple, non sans commencer à me rendre compte que j’étais marié à une parfaite inconnue dont les comportements pouvaient être extrêmement hostiles à mon endroit quand l’occasion se présentait.

Scolarité du troisième enfant

Au vu de ce qui s’était passé avec nos garçons, j’avais décidé qu’il en irait différemment avec notre fille, plus jeune. Ce n’était en aucun cas une bravade de ma part car je souffrais de notre mésentente mais j’estimais qu’une demi-journée d’école suffisait amplement à un enfant de trois ou quatre ans. Pourtant, j’étais inquiet de percevoir que ces avis éducationnels différents puissent perturber notre vie conjugale et affectent même l’intérêt porté à nos enfants. De par ce fait, j’essayais d’être plus présent pour eux et plus attentif à leurs demandes ou pour résoudre les petits aléas de vie qu’ils rencontraient. Cette attitude renforçait aussi ma résolution de ne pas laisser notre fille Anick fréquenter l’école à temps complet, d’autant qu’elle avait été atteinte l’année précédente d’une maladie infectieuse qui nous avait fait craindre pour sa vie, et que je ne voyais pas d’un très bon oeil le fait de la remettre dans un environnement potentiellement porteur de bactéries. S’y ajoutait le fait que, pour mieux l’accompagner lors de sa maladie, j’avais obtenu de mon supérieur direct l’autorisation d’accomplir une partie de mon travail à la maison. Cette autorisation était toujours en vigueur au moment où Anick devait entrer à l’école, ce qui signifiait que j’étais tout à fait disponible pour aller la rechercher chaque midi et m’occuper d’elle ensuite.

Tentative de compréhension.

J’ai bien tenté d’entendre ce qui alimentait notre discorde. Divers éléments étaient à prendre en compte. Avant notre mariage, Marijke était déjà mère de deux enfants de treize et quatorze ans. Peut-être sa patience vis-à-vis des jeunes n’était-elle plus neuve ou intacte ? Je l’ignore. Ma seule certitude était que, ces enfants nés de notre couple, nous avions le devoir de les assumer pleinement. Pour ma part, devenu père tardivement, je ressentais le besoin de ne pas me séparer trop vite de nos bambins et préférais mettre ma carrière en veille quelques temps plutôt que de ne plus les voir qu’épuisés à leur retour en fin d’après-midi. J’étais donc conscient, déjà à l’époque, que nos visions des enfants – et de ces enfants-là, précisément, puisqu’elle en avait d’autres – étaient diamétralement opposées.

Le feu aux poudres

Concernant Anick, j’avais, en plus du souvenir récent de la pathologie qui avait failli lui ôter la vie, plusieurs raisons de refuser catégoriquement qu’elle ne fasse pas cas de mon point de vue concernant sa scolarité. La première était que je ne voyais aucun argument de sa part qui puisse réfuter les miens. Ensuite, j’estimais avoir un rôle à jouer et une place à prendre dans l’éducation des enfants. Cette place m’avait jusque là été systématiquement niée mais je n’étais plus d’accord de faire un pas de côté, surtout en ce qui concernait le bien-être d’Anick. La dernière raison, qui était en fait la principale, découlait des aptitudes intellectuelles extraordinaires dont faisait montre notre fille. À trois ans, elle avait appris à lire par jeu et nous lisait chaque soir une histoire, à ses frères et à moi. Elle était également dotée d’une maturité étonnante, s’intéressait à énormément de choses sans lien nécessaire avec l’école, qu’elle connaissait par ailleurs fort bien vu qu’elle m’y accompagnait lorsque j’allais conduire et rechercher ses frères. Elle avait spontanément décrété que ça n’était pas un endroit pour elle. Mon intention n’était bien sûr pas de faire sa volonté ni de lui passer un caprice mais d’écouter et respecter ses sentiments. J’aurais voulu adopter cette position pour chacun de nos enfants mais je n’avais pu la tenir bien longtemps avec les garçons. Tim était assez friand de l’école et s’y rendait avec beaucoup d’entrain tandis que Karel aurait voulu rester avec moi à la maison. Seulement, comme je l’ai expliqué, dans un élan pacificateur, je m’étais plié à la résolution de leur maman, qui en avait décidé autrement. Pour en revenir à Anick, sa mère se moquait bien de ses avancées cognitives spectaculaires. Elle jugeait que çe n’était qu’une petite fille stupide dont les avis ne valaient rien. Mon avis n’avait pas plus de valeur à ses yeux puisque j’ai appris un peu plus tard qu’elle l’avait inscrite dans une école à mon insu. Quoi qu’il en soit, pour cette fois, je m’en suis tenu à mon idée et je l’ai désinscrite quelques semaines plus tard. Je ne cherchais pas le bras-de-fer mais à parvenir à un accord né d’un dialogue et non des coups bas que nous nous ferions en douce. Il n’en alla malheureusement pas ainsi.

Exacerbation de la querelle

De tendue, notre situation conjugale et familiale devint explosive. Les enfants commencèrent à subir des marques de désintérêt de la part de leur mère qui me les renvoyait constamment. Je fus amené à assumer des fonctions qui auparavant étaient les siennes et que nos enfants attendaient d’elle. Je parle tant de fonctions logistiques que de démonstrations affectives. D’un autre côté, Marijke devenait très violente avec moi. Une violence qui se traduisait par des coups, des griffures, des gifles, des jets d’objets ou de liquides, des bris de dents, entre autres. Même s’il m’était ardu d’accepter cette brutalité à mon égard, j’eu plus de facilité à prendre sur moi que lorsqu’elle commença à agresser physiquement les enfants – plus spécifiquement Anick. Tout motif était bon pour la secouer ou la violenter. À tel point que lorsque je n’y assistais pas, la petite me le racontait ou s’en plaignait. Il me fut donné de m’interposer quelquefois pour la protéger. Ces interpositions me conduisirent très vite à évaluer les risques que cela ne dégénère en pugilat. Touché par l’urgence, je pris donc la décision de m’en retourner quelques temps chez mon père. Mon but était d’emmener les enfants. Hélas, le jour de mon départ, seule Anick était avec moi et aller chercher les garçons aurait mis la puce à l’oreille de leur mère et généré sans aucun doute de nouvelles scènes de violence. Étant donné que mon départ était presque une fuite, je les ai laissés là, considérant que l’agressivité maternelle se focalisait essentiellement sur leur soeur.

Séparation

Une fois installé chez mon père, j’ai repris contact avec mon épouse et suis allé rendre de nombreuses visites à mes fils. Ceux-ci se plaignaient d’être reclus dans la maison, même en plein été. J’ai régulièrement tenté de parler avec leur mère des conditions de vie optimales à leur épanouissement, notamment lors des quatre voyages qu’elle a effectués pour venir voir sa fille. De par mon métier dans le secteur de la justice, j’étais très au fait des lois et j’avais pris la précaution de lui verser une pension alimentaire ainsi que celle de continuer à assumer les charges et le loyer de notre maison. En dépit de ces marques d’attention et de notre éloignement, le dialogue restait malaisé et la situation ne se décrispait absolument pas, au contraire. C’est encore à cette époque que j’ai découvert qu’elle avait consulté un avocat alors que nous étions toujours ensemble et que je n’avais encore jamais émis l’intention de m’en aller.

Dégradation de la relation

Bien que je sois resté prévenant et à l’écoute des besoins tant de mon épouse que de mes enfants quelques temps après mon départ, notre dysfonctionnement relationnel s’est amplifié. Lors d’un de mes passages à la maison pour voir les garçons, elle m’a menacé de m’enlever les trois enfants si notre relation ne recouvrait pas immédiatement sa normalité. Ce qui aurait pu n’être que des paroles en l’air avait pour moi une résonnance particulière puisque, de par ma fonction de juriste et de procureur, je savais pertinemment bien qu’elle avait raison quand elle arguait du fait qu’un juge se rangerait toujours à son avis parce qu’elle était une femme et une mère, qu’elle avait raison. Durant ma carrière professionnelle, j’avais assisté pendant dix ans à la destitution de pères relégués par décision judiciaire au rang d’oncles que leurs enfants fréquentaient au mieux un weekend par quinzaine. J’ai été très blessé par la froide détermination et le cynisme de ses propos.

Procédure judiciaire

Ses mots furent vite suivis d’actes. Peu de temps plus tard, j’étais convoqué à une audience dans ce tribunal où j’exerçais en tant que procureur. Non seulement, c’était incommodant pour moi de voir ma vie privée étalée sur mon lieu de travail mais ce fut aussi très violent d’apprendre que la requête de postposer notre audience était rejetée alors que le magistrat en charge de notre dossier était un collègue à même d’entendre que je ne pouvais pas me libérer de mes fonctions ce jour-là. Le comble de la cruauté de la part de ce « collègue » fut qu’il me jugea par défaut et accorda l’autorité parentale exclusive à la mère des enfants. Je n’avais même pas le droit de leur rendre visite et étais condamné à verser 85 % de mon salaire comme pension alimentaire. J’étais proprement estomaqué et dans l’incapacité de réagir immédiatement. D’autant qu’il m’eut été difficile d’envisager des recours, amputé comme j’allais l’être de mon assise financière. Je n’ai donc pas donné suite aux dispositions du juge, notamment celle qui m’imposait de ramener immédiatement Anick à sa mère, ce qui me valut d’être appelé par mon supérieur qui m’avisa que le Parquet envisageait de m’arrêter si je n’obtempérais pas bientôt. Plutôt que de prêter foi à ces déclarations, j’ai consulté cet été-là un pédopsychiatre avec Anick. Les conclusions de ce spécialiste furent qu’au vu de l’attachement qu’Anick avait pour moi et au vu de l’équilibre affectif et éducationnel que je lui apportais, la moins mauvaise solution pour elle était de demeurer à mes côtés. Or la justice me pressait de la ramener chez sa maman sous peine d’emprisonnement.

Recours

En tablant sur l’avis du pédopsychiatre et sur le fait que j’étais inquiet du sort des enfants s’ils étaient trop régulièrement en contact avec la nature imprévisible et quelquefois agressive de leur mère, j’ai introduit un recours en justice. Pour faire bref, je n’ai absolument pas été entendu et le juge fit à nouveau la sourde oreille tant à l’égard de mes craintes qu’à l’égard de mon désir de continuer à assumer ma paternité comme je l’avais fait jusqu’alors – dans l’intérêt de nos enfants.

Je perdis ainsi mes dernières illusions quant à une intervention objective de la justice et constatai amèrement que j’allais être séparé de mes enfants et surtout qu’Anick allait être reconduite chez sa mère de qui elle avait déjà eu à endurer tant de maltraitances.

Rupture

Quelques temps plus tard, j’ai informé Anick de mon intention de partir à l’étranger et de l’emmener avec moi, si elle était d’accord. Elle était enthousiaste à cette idée et nous avons donc pris un avion pour nous rendre sur un sol étranger où nous avons vécu quatre ans.

Résidence à l’étranger

Entrer ici dans le détail de notre séjour serait long. Ce sur quoi l’accent mérite d’être mis, c’est sur le fait qu’Anick s’y est épanouie, a tissé de nombreuses relations avec nos voisins, leurs rejetons, a profité de son enfance tout en gardant un lien avec son pays natal à travers les matières scolaires que je lui enseignais cinq demi-journées par semaine. Elle excellait dans l’apprentissage des langues et maîtrisa rapidement le français et l’anglais – sans parler du néerlandais, sa langue natale, qu’elle lisait depuis ses trois ans. Je n’exagère pas en disant qu’elle était surdouée. Ses capacités de mémorisation rapide étaient phénoménales. Sur le plan affectif, elle semblait heureuse. Ses frères lui manquaient, comme à moi. Par contre, sa maturité étant à l’aune de son développement intellectuel, elle ne regrettait pas d’être éloignée de sa maman. Pendant ces quatre années, j’ai vu notre fille heureuse, épanouie, en plein développement. Pour ce qui est l’aspect parental, j’avais essayé de contacter sa maman via le Ministère des Affaires étrangères, dont je n’obtins jamais aucune réponse hormis le fait qu’il refusa d’intervenir en qualité de médiateur entre elle et moi. De sa part à elle, il ne me communiqua pas non plus de proposition constructive ni de quelconque demande.

Atrocité finale

Quatre ans donc après notre atterrissage sur ce sol étranger, j’ai été convoqué par la police locale pour audition. J’y ai ainsi appris qu’Interpol était en charge de notre affaire et qu’Anick, qui était alors chez nos voisins, allait être ramenée chez sa mère par des agents qui s’étaient rendus chez nous pour accomplir cette mission. Ce fut horrible. Pendant qu’on m’auditionnait, ma fille m’appelait en sanglotant et se cachait sous les tables et sous les lits de la maison des voisins. Intraitables, les agents l’ont arrachée à son milieu de vie et à son équilibre et l’ont convoyée jusqu’à l’aéroport où elle fut confiée aux soins d’une hôtesse. Elle avait huit ans et demi. J’ai appris plus tard que sa mère se trouvait à ce moment-là dans le pays voisin et aurait pu être présente lorsqu’on est venu la rechercher, rendant ainsi l’arrachement moins froid et impersonnel pour la gamine. De même, on aurait pu l’autoriser à me dire au revoir, ce qui aurait sans doute soulagé une partie de sa peine. Mais non, l’affaire fut menée à la manière de l’extradition d’un quelconque délinquant et sans tenir aucun compte de la Convention de la Haye de 1980 (1). J’ai moi-même été par la suite prié de quitter le pays.

Epilogue

Aujourd’hui, en 2015, quinze ans se sont écoulés depuis mon départ à l’étranger avec ma fille. Je ne revois toujours pas mes trois enfants, tous majeurs, qui après être passés par d’innombrables souffrances, ont choisi de couper les liens qui nous unissaient. »

(1) Article 12 : « (…) l’autorité judiciaire ou administrative saisie doit ordonner le retour de l’enfant, à moins qu’il ne soit établi que l’enfant s’est intégré dans son nouveau milieu. (…) »

Filiatio#22-009

Le décryptage de Michaëla Gayack

D’un point de vue systémique, la rigidité des transactions interpersonnelles est souvent sous-tendue par un problème d’ordre psychique dans le chef de l’un ou de plusieurs de ses acteurs. Ce problème peut pathologiser le système dans son entièreté, surtout lorsque les autres acteurs sont particulièrement malléables ou excessivement conciliants. Au début de l’histoire de cette famille, on remarque immédiatement que la logique qui préside est celle du rapport de force, qu’elle exclut toute transaction de nature différente et, par conséquent, toute perspective de conciliation. Même si cet homme a essayé de fonctionner autrement, son erreur – mais qui l’en blâmera ? – fut sans doute de vouloir ménager la chèvre et le chou en s’évertuant à réunir des intérêts très divergents et notamment en ne prenant pas les devants pour aviser les services compétents de la montée de la violence à l’encontre de ses enfants. Comme je le soulignais antérieurement, sa bienveillante passivité est l’un des facteurs qui a permis à la pathologie relationnelle de prendre de l’ampleur, au point de faire exploser le noyau familial, aucun membre de la famille n’étant plus satisfait de la situation. Dans pareil cas de figure, il arrive que, dans l’esprit de celui qui s’est senti lésé par la décision de celui qu’il considérait comme un adversaire plutôt qu’un partenaire, seule la vengeance puisse rétablir l’équilibre. Ceci dit, il est alarmant de voir comment le magistrat chargé du dossier, qui bénéficiait pourtant d’un regard objectif sur l’affaire, s’est refusé à en considérer les nuances ou à réévaluer son propos et a conservé un comportement extrêmement partial et néfaste pour les enfants.

Dans ce contexte, le mot rapt est évidemment un mot injuste. Lâché par toutes les instances légales susceptibles de veiller au bien-être de son enfant, ce père avaitil d’autre choix que d’y veiller lui-même ?

Quant à l’incompétence du ministère des Affaires étrangères, elle est n’est plus à prouver et je ne m’y attarderai pas. En refusant d’assurer un rôle de médiateur, les autorités ont nié le principe de l’intérêt de l’enfant qui est pourtant, probablement, celui qui a été invoqué pour ramener Anick en Belgique…

Michaëla Gayack est psychologue et maître-praticienne en PNL. Elle intervient essentiellement dans des dossiers en rapport avec l’aliénation parentale.

Article paru dans Filiatio #22 – Janvier/février 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

Je commente (0) Commenter | Je partagePartager sur facebook | Je tweeteTweeter cet article

Laisser un commentaire

* Ces champs sont obligatoires
** Vous pouvez utiliser certaines balises html