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Quand le lien se rompt…

filiatio_9-094Isabelle Scrève est avocate, spécialiste en droit familial. Pour ce numéro de Filiatio, où le lien est abordé de manière transversale, elle soulève la question très débattue de l’aliénation parentale. Il s’agit d’un sujet complexe et d’un concept polémique, nous ne l’ignorons pas. Au-delà des idéologies, ce qui nous intéresse est ce qui se passe concrètement lorsque la relation entre un parent et un enfant est mise à mal par une séparation conflictuelle. Isabelle Scrève témoigne de la réalité d’une praticienne du droit de la famille et délivre un message d’encouragement à des parents, femmes et hommes, qui doivent se battre pour voir leur enfant.

En tant que praticienne du droit de la famille, je suis régulièrement confrontée à des séparations difficiles, où il faut conseiller et agir au mieux, dans l’intérêt de l’enfant et de ses parents.

Mais comment rassurer un parent quand le lien entre son enfant et lui a été complètement rompu ? Comment l’aider à avoir foi en la justice et le convaincre de ses droits ? Souvent en effet, cette rupture du lien s’est instaurée peu à peu, presque pernicieusement, et le parent concerné finit par se dire que quoi qu’il fasse, il apparaîtra comme le mauvais aux yeux de la Justice…

Si certains parents abandonnent en se disant que leur enfant reviendra vers eux une fois majeur ou en âge de comprendre, nombreux sont ceux qui veulent continuer à assumer leur rôle de père ou de mère, malgré la séparation et sans attendre.

Mille raisons peuvent conduire à la rupture du lien, mais je me concentrerai ici sur ce que l’on nomme habituellement l’« aliénation parentale », qui peut avoir des conséquences désastreuses.

On parle souvent d’un risque d’aliénation parentale lorsque l’un des parents prive physiquement ou/et symboliquement son enfant de son autre parent. Parmi les manifestations de l’aliénation parentale 1, un travail de sape peut se mettre en place pour abîmer l’image de l’autre et parfois, effacer sa présence physique : il peut y avoir non-présentation d’enfant au moment où l’enfant doit changer de parent hébergeant.

Il ne faut pas laisser perdurer les choses, en se disant que ça va se tasser

Dans ces cas-là, il y a une réelle urgence à intervenir et à mettre tout en oeuvre pour rétablir le contact au plus vite, ne serait-ce que par la mise en place d’un centre « espace-rencontre », permettant à l’enfant de retrouver une place dans les deux cellules parentales. Pour se construire de façon complète, un enfant a en effet besoin de ses deux parents, même séparés. Ce n’est qu’à ce prix qu’il peut se construire une identité qui lui permettra de grandir et d’avancer dans sa vie d’adulte, et ce même si ces parents ne sont pas « parfaits »…

Or souvent, le parent mis à l’écart ne représente pas de réel danger pour l’enfant mais déplaît simplement à son ancien conjoint, qui peut encore éprouver de la rancoeur pour lui et voir dans l’enfant commun un moyen de punir l’autre.

Cela a le plus souvent lieu de façon inconsciente mais à force d’entendre un discours dénigrant vis-à-vis de l’autre parent, l’enfant aura l’impression de ressentir et d’avoir vécu ce qu’on lui explique et être progressivement amené à se distancer de l’autre parent, voire même à le dénigrer ouvertement et ne plus accepter de le voir.

On est donc loin du simple conflit de loyauté où l’enfant se contente de dire à son parent ce que ce dernier espère entendre. Dans le cas de l’aliénation parentale, l’enfant devient acteur de la rupture puisqu’il va progressivement assimiler dans son for intérieur le ressenti, le dénigrement jusqu’à ce qu’il n’ait plus du tout envie de voir son parent et le rejette de sa vie !

Il n’existe malheureusement pas de solution miracle pour éviter ce genre de situation, si ce n’est être diligent lorsqu’il y a non-représentation d’enfant et ne pas laisser perdurer les choses, en se disant que cela va se tasser.

La Justice est bien entendu là pour aider et fait souvent preuve de créativité à cet égard. Elle incite également davantage les conjoints séparés à tenter une médiation pour leur permettre de définitivement tourner la page et de décider ensemble d’en écrire une nouvelle, centrée cette fois sur l’intérêt de leur enfant.

Bien sûr, cela peut prendre du temps avant que les choses reviennent à la normale et il est difficile pour un parent de rester là, à attendre de pouvoir héberger à nouveau son enfant. Mais il importe de garder à l’esprit que le parent « victime » est le premier moteur de la reprise de contact, il faut donc qu’il soit proactif et patient.

Son objectif premier doit être de rétablir le lien avant tout, même si cela implique de ne voir son enfant que quelques heures par semaine dans un premier temps. Et ensuite, continuer à se battre et garder confiance coûte que coûte, même dans les pires moments !

Isabelle Scrève

Article paru dans Filiatio n°9 – mars / avril 2013, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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