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Quand les parents se transforment en « big brothers »…

filiatio18-038Le marché de la surveillance électronique est en plein boom. Une armada d’applications de tracking pour smartphones permet désormais aux parents anxieux de suivre à distance les moindres déplacements de leurs enfants.

« N’oublie pas de m’appeler pour me dire que tu es bien arrivé. » Voilà ce que disent souvent les parents à leurs enfants lorsque ceux-ci vont passer la semaine chez leur père ou leur mère en cas de garde alternée, ou bien quand ils rendent visite à leurs grands-parents ou à un camarade de classe. De plus en plus de parents n’ont pourtant aujourd’hui plus besoin de prononcer cette phrase. Pas parce qu’ils font davantage confiance à leur enfant ou à leur ado, mais plutot parce qu’ils préfèrent prendre les devants en les surveillant à travers leur smartphone. Plutôt que d’attendre un coup de fil hypothétique.

En témoigne la pléthore d’applications de tracking pour smartphones destinées aux parents anxieux, qui transforment le smartphone des plus jeunes en laisse virtuelle et celui des adultes en poste de contrôle. L’une de ces applications promet par exemple à ses clients une localisation GPS de la position de leurs enfants à trois mètres près : « Voulez-vous savoir où se trouve votre enfant en ce moment ? Voulez-vous définir une zone où il a le droit de jouer et être prévenu dès qu’il la quitte ? Voulez-vous être prévenu dès que la batterie du téléphone portable de l’enfant est presque vide ou lorsque votre enfant a perdu son téléphone portable ? » Ainsi s’adressent à leurs clients potentiels les concepteurs de cette application sur leur site internet. Une mère satisfaite témoigne dans les commentaires laissés par les clients sur l’App Store : « Je trouve cette application très pratique. J’ai déjà eu tellement de moments d’angoisse lorsque mon fils disparaissait. Ça s’est encore produit hier lors d’une réunion. Il s’est approché de la rue avec un ami, j’ai reçu un message d’alerte et j’ai pu le retrouver tout de suite grâce à l’application. Génial ! ».

Une autre application de surveillance va plus loin encore en permettant aux parents d’avoir accès à l’ensemble des communications de leurs enfants : journal des appels, contenu des SMS reçus et envoyés, des discussions sur WhatsApp, mais également de l’activité du profil Facebook et des photos prises par le smartphone. La NSA n’aurait pas fait mieux… Une application destinée, elle, à toute la famille permet à tous ses membres de savoir à tout moment où se trouvent chacun d’entre eux, grâce à un système de tracking et une liste de lieux configurables. Il est donc possible de savoir à quelle heure les enfants sont arrivés à l’école, à quelle heure les parents arrivent ou quittent leur lieu de travail, qui fait les courses où et si la grand-mère est bien revenue de sa promenade matinale. L’application propose également une fonction « appel d’urgence », que les membres peuvent activer pour contacter tous les membres de la famille en cas d’urgence.

Et pour les parents qui tiennent tout de même encore à passer un coup de fil à leurs enfants, une nouvelle application permet désormais d’obliger les enfants à répondre aux appels de leurs parents, sans quoi leur smartphone cesse de fonctionner. Les parents ont la possibilité à tout moment de bloquer leurs téléphones à distance si leurs enfants ne répondent pas à leurs appels ou à leurs messages, ne laissant aux enfants d’autre possibilité que de contacter leurs parents pour que leur smartphone se remette en marche.

Au-delà des interrogations morales que suscitent ces technologies de surveillance vis-à-vis de la vie privée naissante des adolescents, ce délire sécuritaire met grandement en danger la relation parents-enfants. Recevoir un téléphone portable est devenu aujourd’hui une sorte de rite de passage de l’enfance à l’adolescence, la promesse d’une plus grande autonomie. En faisant du smartphone de leur enfant une sorte de bracelet électronique, les parents qui ont recours à ces technologies brisent cette promesse comme la confiance de leur enfant.

Annabelle Georgen

Lire la suite du dossier: Le Téléphone pleure… ?  

Article paru dans Filiatio #18 – mars/avril 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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