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Que sont nos maisons devenues ?

filiatio20-def-022« La maison est un abri, elle est ce corps enveloppant et protecteur qui vient redoubler, de l’extérieur, l’enveloppe maternelle. Entre les murs extérieurs et l’enveloppe corporelle s’étend l’espace de la maison. Ni dedans de soi, ni dehors, c’est un lieu intermédiaire. C’est l’espace de l’intimité familiale ».
Jean-Louis Le Run

Dossier préparé par David Besschops et Céline Lambeau
Illustrations de Pauline Marmilloud

Vous avez dit cohabitation ?

Des premières grottes habitées (1) aux maisons d’aujourd’hui, l’habitat a évolué grâce à la découverte de nouveaux matériaux de construction et aux progrès techniques, ainsi qu’en fonction des aléas climatiques et géographiques ou des nécessités de répondre à un environnement changeant. À la préhistoire, en dehors de la « caverne » au coeur de laquelle le clan se regroupait pour jouir des bienfaits du feu, pourvoyeur de chaleur et de lumière et élément fondamental pour la cuisson des aliments ou le façonnage d’armes et outils, tout n’était que ténèbres et dangers potentiels. Au « sortir des cavernes », les familles ont continué pendant des siècles à se tenir réunies dans des habitations où tout s’organisait autour d’une pièce centrale. Un facteur décisif fut l’invention de l’électricité. Avec elles apparurent de nouvelles expectatives et, dans la foulée, de nouveaux besoins. Progressivement, une nouvelle répartition des espaces se mit en place au sein des maisons. D’autres pièces furent construites puis investies pour devenirdes lieux de vie autour du foyer, principal point de chaleur et de lumière.

Même si nous ne déclinerons pas ici de façon exhaustive toutes les étapes des transformations de l’habitat à travers le temps, nous observerons néanmoins que chacune de ces étapes a induit des caractéristiques relationnelles différentes en fonction du contexte créé par l’habitat en question. Les relations humaines qui se développaient autour d’un feu n’étaient certainement pas identiques à celles que nous connaissons depuis un certain nombre d’années où tout membre d’une famille se réclame d’un droit à naviguer dans une autonomie, voire une intimité de plus en plus importante – ce qui, matériellement, signifie des chambres de plus en plus équipées – sans cesser pour autant de profiter des plaisirs de la sociabilisation qui nécessitent un espace commun. Le tout sous un même toit.

De nos jours, dans les structures familiales où les parents sont séparés et les familles recomposées, les enfants ne vivent plus nécessairement de manière sédentaire dans une maison familiale mais deviennent soit nomades, transitant de la maison d’un parent à l’autre, soit doublement sédentaires – dans les cas d’hébergement égalitaire qui génèrent deux foyers familiaux. Dans ces espaces de vie où a lieu l’apprentissage des relations affectives et où ils construisent leurs identités, les enfants ont besoin de se sentir accueillis. Il est clair que cet accueil ne correspond plus à celui que nous ont offert nos parents à une époque où ils tapissaient nos chambres de couleurs enfantines et installaient quelques loupiottes ou autres objets susceptibles de nous émouvoir ou de nous rassurer. Aujourd’hui, les enfants qui transitent d’une maison à l’autre véhiculent aussi avec eux une conception différente de ce qu’est un univers familial et de ce qu’ils en attendent pour s’y sentir bien.

filiatio20-def-025À Filiatio, au début de cette année, nous nous sommes posé la question du rôle joué par les outils et techniques de communication actuels dans les dynamiques relationnelles des familles dissociées. Aujourd’hui, nous nous demandons si les dynamiques de ces familles dissociées influent sur nos manières de concevoir notre habitat. De nos jours, quantité d’enfants cohabitent avec des inconnus, c’est-à-dire des adultes autres que leurs parents – leurs beaux-parents, et d’autres enfants – leurs demi-soeurs ou demi-frères… Dans ce contexte, comment les lieux d’habitation doivent-ils être adaptés afin que chacun s’y retrouve ? Cela se traduit-il par une manière nouvelle d’appréhender l’espace habitationnel ? L’habitat tel qu’il est conçu par nos sociétés contemporaines offre-t-il une alternative apaisante à ces cohabitations ou est-il au contraire un facteur de problèmes relationnels ? Qu’en est-il des constructions identitaires de nos rejetons dans cet univers où nous ne leur donnons pas nécessairement la place dont ils ont besoin pour grandir ou celle que l’on voudrait leur accorder ? À ces nombreuses interrogations, nous avons tenté d’apporter un point de vue ou des réponses au travers des témoignages variés que nous avons recueillis. Architecte, sociologue, gérant d’agence immobilière ou parent, ils sont quelques-uns à avoir éclairé notre lanterne et alimenté notre réflexion.

(1) Notons que d’après les paléontologues, les hommes préhistoriques élisaient peu ou pas du tout domicile dans les grottes parce que les conditions ne s’y prêtaient pas forcément. En effet, toutes les régions ne bénéficiaient pas d’un relief comportant des grottes ou abris sous roches. Parfois les grottes étaient déjà occupées par des animaux (comme les ours par exemple…).Et si l’on retrouve plus souvent des habitats dans les grottes qu’en plein air, c’est tout simplement que les sites « abrités » sont plus faciles à repérer que les autres car les préhistoriens savent où chercher et que les sites en plein air sont souvent très mal conservés du fait de leur exposition aux intempéries.

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Partant du postulat que l’évolution de la société pourrait être un facteur influant sur les progrès matériels et techniques, nous avons formulé l’hypothèse que les modifications que connaissent les familles d’aujourd’hui avaient un impact sur leur façon d’envisager l’habitat. À ce propos, nous avons rencontré Pierre Mons qui exerce le métier d’architecte depuis plus de trente ans. Il pose sur les gens qui font appel à ses compétences un regard lucide, empreint d’empathie et de bienveillance. Sans être marié, il vit en couple et est père de deux enfants.


filiatio20-def-031Habiter + être = habitant

Beaucoup de parents séparés s’interrogent sur les conséquences identitaires du « nomadisme » que la séparation impose à leurs enfants. Changer régulièrement de foyer perturbe-t-il la construction identitaire ? Ne perd-on pas le contact avec sa propre unicité quand on n’a plus UNE maison, mais deux… voire trois ou quatre, quand les couples se recomposent ? Peuvent-ils encore être eux-mêmes, ces enfants et ces ados qui, après l’école, déclarent « je vais chez mon père/ma mère » et non plus « je rentre chez moi » ?

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filiatio20-def-033D’être à habiter – un mouvement perpétuel

Au sortir de ce dossier et des nombreuses rencontres et recherches qu’il aoccasionnées, nous constatons que l’impact des nouvelles moutures familiales sur l’habitat n’est pas aussi perceptible que ce qu’on aurait pu supputer. Changer l’habitat pour l’adapter aux familles d’aujourd’hui demeure un concept qui n’a affleuré la pensée que de quelques professionnels directement liés par des métiers ayant trait soit à l’habitat soit à la famille.

 

Dossier paru dans Filiatio #20 – septembre/octobre 2015, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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