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Qui dit compétences inconnues ne dit pas symptômes…

Filiatio#22-031Outre le travail d’Hugo Horiot, il est heureux de constater que les récits de personnes autistes se sont multipliés depuis le milieu des années 90. Néanmoins, bien qu’une place grandissante soit accordée au compte-rendu de l’expérience subjective de l’autisme, à travers l’analyse d’autobiographies, de divers écrits et témoignages de personnes autistes, il reste nécessaire de préciser que seul un infime pourcentage de celles-ci parvient à s’exprimer. En nous référant aux témoignages recueillis, nous pouvons supposer que l’influence de l’environnement social et culturel peut être tout à la fois un tremplin ou un frein important à leur évolution.

À côté de cela, notre dossier n’avait pas la prétention de démontrer que l’autisme est un don mais plutôt de souligner qu’il peut être un mode de communication particulière auquel il est nécessaire de s’atteler différemment qu’à nos modes de communication coutumiers. Dans ce sens, il demeure intéressant de souligner que certains autistes peuvent exceller dans certaines tâches, même non répétitives, grâce à une forte capacité de concentration qui en font parfois de réels « experts autodidactes ». D’autres possèdent une excellente capacité de discrimination, par exemple en détectant plus facilement une forme dans un contexte distrayant, un motif musical au sein d’un morceau de musique ou de bruit par exemple. Ils possèdent parfois des capacités particulières d’apprentissage ou des formes différentes d’analyse des problèmes (avec dans ce cas la mobilisation d’aires différentes du cerveau). Enfin, et certains spécialistes l’expliquent de la sorte, ils ont peut-être toujours l’impression qu’il y a un problème à résoudre.

Par ailleurs, il est également intéressant de signaler que divers mouvements pour les droits de la personne autiste revendiquent l’épanouissement dans les singularités propres plutôt que la contradiction systématique de ceux-ci. Certaines équipes scientifiques travaillent sur cette dimension et la documentent, comme c’est le cas à l’Université de Montréal de Laurent Mottron et Michelle Dawson qui, plutôt que de percevoir l’autisme comme une « différence », développent « un regard différent sur l’autisme ».

Nous clôturerons provisoirement ce dossier sur ces quelques phrases magnifiques d’Hugo Horiot : « Le monde n’aime pas les rêveurs : ils doivent être surpuissants et beaucoup plus malins que la moyenne s’ils veulent y trouver leur place. Sinon ils n’auront aucune chance et finiront dans la benne à ordures. Voici le sort qui m’est réservé si je continue à rêver, ou du moins si cela se voit. Seulement, sans mes images et mon rêve, je suis mort. Un pantin mort. Dont les fils seront tirés par un manipulateur secret qui s’occupe de rêver pour les autres. C’est ça qu’ils veulent : détruire les images que j’ai dans la tête pour m’imposer leur « rêve » à eux. Leur sombre songe dont je ne veux pas faire partie. Figurant du rêve général et formaté, ça ne m’intéresse pas. Ce sera sans moi et moi sans vous. » (1)

 

POUR ALLER PLUS LOIN

« Les récits de personnes autistes : une analyse socio-anthropologique »
Brigitte Chamak
https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-00214253/document
Histoire de l’autisme
par Jacques Hochmann
Éditions Odile Jacob

Lire la suite du dossier réalisé par David Besschops: Autisme(s): Tous les petits princes sont-ils cannibales ?

Dossier paru dans Filiatio #22 – Janvier/février 2016, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

(1) L’empereur c’est moi, d’Hugo Horiot (extrait)

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