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Scolarité alternée ?

 

Alternance 7 + 7

Sébastien (17 ans), Lucas (14), Aurore (12) et Lucie (9) vivent en alternance égalitaire dans les foyers recomposés de leurs parents, distants de 50 km. Les deux aînés fréquentent une école proche du domicile paternel, les deux plus jeunes, une école proche du domicile maternel… Un des parents nous raconte en quoi cette “résidence alternée en ex-famille doublement recomposée” impacte la scolarité de ses enfants.

“Notre alternance est dite “égalitaire” mais reste très inégalitaire pour le suivi des enfants, donc exacerbe les différences éducatives. Exemple : je fais respecter les règles scolaires par principe, alors que mon ex discute ouvertement le bien-fondé des décisions des enseignants, traite les devoirs par-dessus la jambe… Les enfants sont en porte-à- faux permanent. Ca ne facilite pas leur parcours.

Alors ils louvoient. En primaire, ils s’adaptent. En secondaire, ils utilisent la situation à leur avantage, en disant à chaque parent ce qu’il a envie d’entendre pour pouvoir faire ce qu’ils veulent. Un de mes fils a dit à mon ex qu’il étudiait mieux chez moi, pour revenir ici pendant “sa” semaine… En fait, ce n’est pas pour étudier, c’est parce qu’il ne se sent pas bien là-bas. Quand je le trouve à la maison, je préviens mon ex, qui laisse faire… Donc voilà, ils « profitent » un peu de la situation pour travailler le moins possible… puis le bulletin arrive, et oblige tout le monde à constater – un peu tard – qu’il y a un problème…

Pour nos enfants, l’alternance engendre beaucoup de trajets : nos grands se lèvent à 6h et rentrent à 18h les semaines paires, pareil pour les petites les semaines impaires… Et des difficultés diverses : transport incessant de toutes leurs affaires, perte de contact avec leurs copains-copines une semaine sur deux, frais scolaires payés des mois en retard quand c’est mon ex qui doit s’en occuper, impossibilité de suivre des activités extra-scolaires parce mon ex ne peut pas les y emmener…

Un avocat m’a dit un jour : “la scolarité, c’est déjà un sujet de conflit pour des parents qui s’entendent bien… alors quand ils ne s’entendent pas…”. Il avait raison. En alternance, on est obligé de suivre la scolarité à deux, mais sans ligne directrice commune, les embûches deviennent des obstacles et le travail des enfants en prend un sacré coup…”

Alternance 3,5 + 3,5

Mattéo et Laura ont 8 et 7 ans., et vivent eux aussi en résidence égalitaire : ils passent une demi-semaine avec chaque parent. Voici le témoignage de l’un d’eux.

“C’est en médiation qu’on a décidé de faire comme ça, parce que ça nous semblait plus facile de gérer chacun certains jours de la semaine, toujours les mêmes, au lieu de devoir faire tout une semaine, et rien la semaine suivante. Donc, chacun s’occupe des devoirs pendant “ses” jours, peut voir les profs chaque semaine, et pour le reste, je me charge du cours d’aïkido le lundi, et mon ex les emmène à la piscine le jeudi. Ca fait deux ans que ça dure, et ça marche très bien, tout le monde est content. Comme on ne perd jamais le contact très longtemps, c’est facile de rester connecté à ce qui se passe à l’école – d’autant que les activités en classe sont souvent rythmées par semaine : la liste de mots, c’est toujours le mardi, amener un objet inconnu, c’est toujours le vendredi, etc. Au début, je ne croyais pas que ça marcherait, mais je dois admettre que ça m’a permis de suivre tout ça de plus près qu’avant la séparation.”

L’avis du prof

Filiatio s’est adressé à une enseignante, pour lui demander si, d’après son expérience, la “double résidence” des enfants alternants engendrait plutôt des problèmes ou plutôt des rééquilibrages entre parents. Voici sa réponse.

“L’avocat cité par le premier parent met le doigt sur une des grandes réalités du monde scolaire : l’école prend tellement de place aujourd’hui qu’elle devient l’endroit où toutes les différences vont se trouver confrontées. Même dans des familles unies, il y aura très souvent des divergences de vues quant à la scolarité des enfants : méthodes, horaires, options … Et il y aura là aussi les stratégies pratiquées par les enfants : faire signer l’un plutôt que l’autre, dire une chose à l’un, une autre chose à l’autre.

Qui plus est, très souvent, les parents ne sont pas préparés à ce que leur enfant devienne parfois assez soudainement un adolescent, à ce que pendant quelques années il ne soit plus si docile, qu’il boude les apprentissages scolaires, oublie les consignes et cultive le désordre. Il n’y a pas que dans les familles séparées qu’on s’arrache les cheveux au moment des bulletins. Il me semble que la séparation des parents et les difficultés d’organisation qui y sont liées font parfois oublier à tous les protagonistes que l’éducation d’un adolescent n’est jamais simple. Il ne faudrait pas que les enfants des couples désunis en arrivent à ne se définir que comme tels. Il me semble souvent utile de relativiser un peu l’impact de “l’éducation de l’autre parent” dans les difficultés scolaires et de se rappeler comment on était soi-même à l’âge des grands bouleversements hormonaux.”

Article paru dans notre dossier: Séparations, recompositions… Et l’école dans tout ça ?

Dossier réalisé par Céline Lambeau

Illustrations : Alain Maes

Dossier paru dans Filiatio # 16 / Novembre-Décembre 2014, abonnez-vous ou téléchargez gratuitement ce numéro.

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